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Billet de blog 13 novembre 2015

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« Le fils de Saul » : Une leçon de cinéma et d’Histoire

Le texte qui suit est le premier paragraphe du dernier chapitre du livre de Jorge SEMPRÚN « Une tombe au creux des nuages ». (1)« Il n’y aura bientôt plus de survivants ou de témoins directs de l’extermination qui eut lieu dans les camps nazis. Cette évidence démographique appelle deux conséquences. La dernière mémoire des camps est la mémoire juive, pour la simple raison qu’il y eut des enfants déportés. La mémoire juive doit donc prendre à son compte la mémoire des déportés résistants, toute la mémoire des camps. Seule la littérature peut endosser cette mémoire à l’adresse des générations suivantes. Et la rendre vivante à nouveau, comme l’a récemment fait Yannick Haenel avec son livre Jan Karski. (2) »

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le texte qui suit est le premier paragraphe du dernier chapitre du livre de Jorge SEMPRÚN « Une tombe au creux des nuages ». (1)

« Il n’y aura bientôt plus de survivants ou de témoins directs de l’extermination qui eut lieu dans les camps nazis. Cette évidence démographique appelle deux conséquences. La dernière mémoire des camps est la mémoire juive, pour la simple raison qu’il y eut des enfants déportés. La mémoire juive doit donc prendre à son compte la mémoire des déportés résistants, toute la mémoire des camps. Seule la littérature peut endosser cette mémoire à l’adresse des générations suivantes. Et la rendre vivante à nouveau, comme l’a récemment fait Yannick Haenel avec son livre Jan Karski. (2) »

Par là même, Jorge SEMPRÚN donne en quelque sorte un « blanc seing » aux jeunes écrivains d’aujourd’hui pour se saisir de cette effroyable et atroce période afin que, tout en respectant les faits, parce qu’ils n’ont pas de mémoire personnelle, ces auteurs reconstituent cette mémoire des camps mais de façon plus objective. Dominique VIART salue le choix narratif de ses contemporains : « Parce qu’il leur est interdit d’exploiter les horreurs de l’Histoire au profit du romanesque ce qui serait scandaleux, ils montrent dans leur écriture  un souci éthique très fort, le respect d’une « morale de la forme », comme disait Barthes. Ils sont passés de l’ère du soupçon à l’ère du scrupule ». (3)

À lire ces lignes, nous pourrions penser que seule la littérature peut rendre compte, se saisir de l’horreur, l’abjection, l’ignominie de la « Solution finale ». 

 Un film apporte le démenti à cette affirmation. « Le fils de Saul : au cœur de la solution finale », film hongrois de László Nemes, retrace avec un respect pour l’Histoire et l’Humain et des images d’une pudeur extrême, utilisant le floutage pour celles qui pourraient être les plus dérangeantes, l’ensemble souligné par une bande son où les hurlements des kapos et des SS, le bruit des coups de matraques fait ressentir et accentue la terreur omniprésente, parvient à décrire sans jamais céder au voyeurisme ce que fut l’abomination de cette tentative d’éradication du peuple juif.

 Des acteurs remarquables, visiblement pénétrés de leur rôle, une qualité de l’image et des plans ponctuant une narration qui emmène les protagonistes vers une fin inéluctable. Peu de dialogues, les images parlent, hurlent au regard du spectateur. Le « Processus industriel » imaginé pour tuer un maximum d’ « unités » en un minimum de temps, récupérer tout ce qui pouvait être utile à « l’effort de guerre allemand » puis remettre en état les lieux pour le prochain gazage ; tout ce que Monsieur Le Pen a appelé « Un détail de l’Histoire » se déroule sous nos yeux.

 Un film d’une immense portée qui a obtenu le grand prix du Festival de Cannes et qui passe dans un circuit confidentiel. L’image filmée est-elle moins supportable ou plus dérangeante que celle suggérée par les mots ?

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  1. « Une tombe au creux des nuages. Essais sur l’Europe d’hier et d’aujourd’hui » CLIMAT Un département des éditions Flammarion

  2.  « Jan Karski. Mon témoignage devant le monde. Histoire d’un État clandestin » – Robert Laffont
  3. Il s’agit de : Jonathan Littell, « Les bienveillantes » ; Yanick Haenel, « Jan Karski » ; Fabrice Humbert, « L’Origine de la violence » ; Laurent binet, « HHhH »

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