Aux origines de l’antisémitisme

Aux origines de l'antisémitisme en France depuis le moyen âge, sens du mot "juif", arguments religieux, arguments actuels, méthodes de propagande utilisées.

Article complété et mis à jour (18/04/2019) - A lire en pdf

Saint Louis et les Juifs

(voir le chapitre IV de Saint Louis, par Henri Wallon, 1878)

Face à l’augmentation récente des actes antisémites, il convient de se référer à l’historique de ces actes dans notre pays. Le port de l’étoile jaune est généralement associé à Hitler et à la seconde guerre mondiale, mais il a été institué en France par Louis IX (saint Louis, 1214-1270). Avant lui, son père Louis VIII leur avait interdit l’usure, son grand-père, Philippe II Auguste les avait expulsés et avait fait saisir leurs biens, ainsi que le fera après lui son petit-fils, Philippe le Bel (1268-1314).

Le mot « juif » n’a pas le même sens selon qu’il désigne une religion, le judaisme, ou une origine ethnique : les descendants du peuple juif qu’Hitler voudra éliminer au XXème siècle.

A l’origine, les persécutions des juifs reposaient sur des arguments religieux et visaient donc le judaïsme : peuple déicide pour les catholiques qui identifient Jésus Christ à Dieu, peuple hérétique pour les catholiques et les musulmans considérant leur seule religion comme « vraie » et qualifiant les autres d’hérétiques, puis des arguments financiers, relativement à l’argent qu’ils prêtaient avec intérêt.

Ces arguments émanaient, en France, du roi et de l’Eglise, laquelle a persécuté ensuite les juifs pendant des siècles à travers l’inquisition. Ces persécutions étaient donc officielles et institutionnalisées, et les autorités qui les pratiquaient les utilisaient généralement pour dépouiller les juifs, les expulser, leur infliger des traitements indignes ou les tuer, ceci non pas en fonction de crimes effectifs et démontrables qu’ils auraient commis, mais d’actes imaginaires et d’intentions qu’on leur prêtait.

De nos jours, les arguments religieux n’ont plus lieu d’être dans un pays laïc: aucun commissariat ni aucun tribunal n’acceptera de considérer sérieusement une plainte pour « déicide » ou pour « hérésie ».  Quant aux arguments économiques et financiers, interdire le prêt avec intérêt que pratiquent aujourd’hui toutes les nations et l’ensemble du système bancaire aurait pour effet de déstabiliser l’ensemble du monde financier et économique mondial.

En revanche, il existe des législations en matière de justice financière auxquelles sont soumis tous les citoyens et toutes les entreprises, sociétés, établissements financiers, etc. : tout citoyen qui s’estime lésé par quiconque peut alors déposer plainte. Si monsieur Untel commet une escroquerie, quelle que soit son origine ou sa religion, il risque de se retrouver au tribunal.

Pour ce qui est des juifs, ils peuvent accéder à tous les métiers et professions, comme tout un chacun, de même que tout un chacun peut aujourd’hui choisir de travailler dans le monde de la finance.

En conséquence, les raisons évoquées pour justifier ces persécutions dans le passé n’ont plus lieu d’être de nos jours. Les interdits sur lesquelles elles reposaient alors n’ont plus cours, ils reposaient sur la notion de crime sans victime et sont aujourd’hui dépourvus de légitimité dans un Etat de droit.

Les arguments actuels

Émanant pour la plupart de groupes idéologiques donnés, ils reposent sur des accusations de vouloir contrôler le monde de la finance et asservir les autres pays. Autrement dit, sur une volonté de domination.

Cette thèse s’est répandue à partir du Protocole des Sages de Sion, un faux publié d’abord en Russie, puis traduit en plusieurs langues et diffusé par les milieux antisémites, dans lequel les juifs et les francs-maçons étaient censés comploter pour conquérir le monde. Il fut utilisé par Hitler comme outil de propagande pour justifier l’élimination des juifs.

Ceci dit, si nous considérons les faits, Hitler les a accusés de ce qu’il planifiait de faire lui-même, et de ce qu’il a fait en déclenchant la seconde guerre mondiale : envahir d’autres pays et les asservir. Autrement dit, il a utilisé ce faux pour détourner l’attention des foules en désignant à leur vindicte un ennemi qui ne les menaçait pas, ceci afin de commettre lui-même les crimes dont il les accusait.

De nos jours, les mêmes arguments sont repris contre les juifs, mais aussi contre d’autres groupes désignés comme étant la source de problèmes dans lesquels ils n’ont strictement rien à voir : ainsi les migrants, accusés d’augmenter le chômage : en ce qui me concerne, pour autant que ce que j’ai pu en constater pour avoir été au chômage un certain nombre de fois durant ma carrière professionnelle en dents de scie (infirmière), je sais parfaitement que les raisons de ces périodes d’activité  hachées n’ont pas le moindre lien avec les migrants, mais avec des décisions et des structures économiques conçues pour créer ce chômage, par des gens que nous connaissons pour les avoir élus et qui font partie de notre paysage politique.

Pour ce qui, est des juifs, en matière d’escroqueries financières, ils n’ont pas non plus de rapport avec  celles que je constate à mon propre niveau de la part de toutes les sociétés qui les pratiquent actuellement en s’introduisant  d’autorité dans nos existences sans que nous les ayons sollicitées.

Qu’il y ait des gens qui complotent pour prendre le pouvoir, je suppose qu’il en existe dans tous les pays : la volonté de dominer les autres est inhérente à une structure de relation basée sur des rapports de domination-soumission, et elle me semble malheureusement la chose au monde la mieux partagée. A part quelques rares pays comme le Costa Rica qui n’a pas d’armée et utilise son argent en fonction des besoins du pays, dans l’éducation, l’environnement, etc., les autres rivalisent de chétiveté les uns envers les autres, même entre alliés théoriques, il n’y a pas de coups bas qu’ils ne se font pas!

Avec en toile de fond les mêmes préjugés, idées fausses, et procès d’intention basés…….. sur rien d’effectif, qui permettent de commettre envers l’autre les crimes dont on l’accuse, en les justifiant par des arguments dit « moraux », sur la base de critères de permis et d’interdits qui n’ont plus cours de nos jours.

Ces critères dépassés, et de nos jours illégitimes, sont sans rapport avec les actes des gens visés, autrement dit, ils reposent sur la notion de crime sans victime, qui permet de s’en prendre à des gens qui n’ont fait de tort à personne, afin de leur infliger ce dont on les accuse, et qui est dépourvue de légitimité depuis 1789.

Ainsi, les persécutions commises actuellement, causent, elles, des préjudices effectifs et démontrables aux gens qui les subissent. Elles sont générées par des comportements juridiquement condamnables, et qui sont effectivement condamnés quand ils sont jugés.

Celui qui est en cause ici n’est pas le persécuté, mais le persécuteur : les actes qu’il commet, ainsi que les raisons qu’il emploie pour les justifier l’engagent lui, et non les gens auxquels il s’en prend en leur attribuant une culpabilité fictive, qui n’existe que dans son esprit.

Les méthodes de propagande

Mais, au-delà des comportements, ce qui est également en cause ici n’est pas seulement ce qui est décrit ci-dessus, mais également les méthodes de propagande, basées sur le mensonge et la manipulation, sans lesquelles les gens qui commettent des crimes réels ne se sentiraient pas autorisés à les commettre et ces persécutions ne se matérialiseraient pas dans le monde réel.

Or nous constatons tous les jours de telles propagandes et manipulations. Ce qui est en question ici est la colonisation de notre espace mental. C'est pourquoi prétendre au niveau des mots "lutter contre l'antisémitisme" ou contre tout autre fléau similaire visant d'autres catégories de boucs émissaires désignés, sans mettre de limites légales fermes à ceux qui utilisent de tels procédés qui auraient dû disparaître à la Libération, voire en les utilisant soi-même à d’autres niveaux, ne me parait ni sincère ni efficace.

Et si la question était : qui n’est pas juif ?

En ce qui concerne les persécutions des juifs relatives à leur origine ethnique, elles sont également dépourvues de légitimité en France de nos jours, tout comme les persécutions et discriminations visant quiconque sur la base de son origine ethnique, quelle qu’elle soit.

Pour ce qui est des différents sens du mot juif :

  • Il est possible d’adopter la religion juive sans descendre du peuple juif,
  • Il est possible de descendre du peuple juif sans adhérer au judaïsme,
  • Il est possible de se faire traiter de « sale juif » sans avoir le moindre lien avec la religion ou le peuple du même nom, sur la seule base de sa profession.

Si nous nous reportons à l’origine de la religion chrétienne et à ses principaux acteurs, il ressort de plusieurs sources qu’après la disparition de Jésus, les juifs furent persécutés en Israël même et que beaucoup s’expatrièrent. Ainsi, Marie de Magdala, sainte Marie-Madeleine, fut expédiée hors du pays en bateau, avant d’amerrir sur nos côtes méditerranéennes. Suite à quoi elle s’installa et y vécut jusqu’à sa mort.

Il est peu probable qu’en arrivant elle ait fait état de son origine et de son histoire, dans un pays dont la plupart des gens n’avaient jamais entendu parler de Jésus et à une époque où le christianisme n’existait pas encore en tant que religion constituée et reconnue officiellement. De ce fait, elle a très probablement cherché à s’intégrer dans son pays d’accueil et à y mener une vive vivable.

Vu son âge, elle a également probablement fondé une famille, ainsi que les autres juifs arrivés en France avant elle,  à son époque, puis après elle.

En conséquence, depuis le nombre de générations qui se sont succédées au fil des siècles, il est également très probable qu’une  partie des citoyens actuels de ce pays soient leurs descendants, sans avoir la moindre connaissance ni conscience de leurs origines ethniques réelles.

Dans ce cas, si des juifs connaissant leur ascendants peuvent se qualifier de tels, les autres n’ont aucun élément objectif sur lequel affirmer qu’ils ne le sont pas. La seule réponse fondée qu’ils peuvent faire à la question « Etes-vous juif ? » est, en l’absence d’élément susceptible de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse, « Je n’en sais rien. ».

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