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Billet de blog 17 septembre 2025

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L'assassinat politique de Charlie Kirk est une aubaine pour l'extrême droite.

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2025 nous a réservé de belles surprises et son lot de crises (géo)politique d’une gravite inouïe dans le monde. Dans un élan d’optimisme évanesçant, je me réjouis des circonstances de la mort de Charlie Kirk, incarnation de l’extrême droite fasciscante, viriliste, MAGA. Il s’est attaqué aux minorités sexuelles et raciales, n’a épargné aucun réfugié dans son discours sur fond de glorification d’une vision étriquée de la chrétienté qui prend une dimension politique. Un coup assené au cou d’une violence inouÏe pour en faire un martyr, glorifié, adoubé, mystifié et encensé par la presse pataugeant dans une forme de bienpensance. La violence politique constitue l’instrument ultime de celles et ceux qui sont dépossédés de faire entendre leur voix afin d’arriver à promouvoir une idée, un message politique, quel qu’il soit. Il n’est pas banal même dans une Amérique violente d’assister à l’assassinat politique en direct d’une figure de l’extrême droite radicale chrétienne, partisane du MAGA. Ce qui me sidère ? C’est le décorum et la boîte à chagrin fraîchement et soigneusement préparés en termes de commentaires politiques sur les réseaux sociaux et autres déclarations pour souffler sur les braises, disqualifier cette gauche trop laxiste pourtant farouchement opposée au port d’armes. Donald Trump en profite vicieusement pour détourner l’attention du public de son mandat présidentiel catastrophique et de ses déconvenues gravissimes et dramatiques sur le plan géopolitique. On l’aura bien compris, Charlie Kirk, à peine emmené en salle d’autopsie pour constate son décès fera l’objet de reportages sensationnalistes à vocation fascisante à l’heure de la post-vérité. Son passé et ses convictions racistes, misogynes, homophobes, xénophobes, versant dans un complotisme déstabilisant n’ont pas été particulièrement soulignées par la presse qui salue son courage et son audace. L’audace et le courage c’est finalement le populisme identitaire chrétien MAGA des Blancs virilistes et masculinistes, probablement nostalgiques d’une ère où les racisés étaient affligés par les lois ségrégationnistes.

 Cette vague de frénésie et de réactions empreintes de circonlocutions pédantes et de fausse empathie ne sont que le moyen d’assurer l’amplification et une meilleure absorption des idées extrêmes, obsédées, obnubilées par les minorités, lesquelles, inscrites dans un rapport de force asymétrique, ne peuvent pas répondre avec autant de force et de vigueur à la lumière de la concentration des médias aux mains d’ultrariches servant une idéologie néolibérale bien huilée qui se marie bien avec les idéologies d’extrêmes.
Charlie Kirk a eu à la naissance le privilège blanc. Il n’est finalement que le réceptacle d’expériences, de socialisations, de chocs biographiques qui en font un personnage abominable en termes de positionnements politiques. S’il mérite la mort?  Ma réponse est sans ambages et sans détour, à l’affirmative.  Cet assassinat politique est courageux et il devait avoir lieu. Face aux brimades, aux humiliations, au mépris qui peut tuer lentement et symboliquement en infligeant aux requérants d’asile un traitement contraire au respect fondamental des droits humains. Les  sans-papiers sont désormais dans des prisons sophistiqués entourées d'aligators... Dans une Amérique ensauvagée qui n’envisage même pas la voie de la rédemption après l’ethnocide amérindien, l’impérialisme l’ayant conduit à détruire bon nombre de pays, les lois Jim Crow de ségrégation raciale, l’esclavage et la traite négrière occidentale sans parler des bavures policières qui découlent du racisme structurel, Charlie Kirk mérite certainement la mort. Je me réjouis que cela se fasse d'une façona aussi traumatisante pour ses partisans, attachés viscéralement au 2ème amendement de la constitution américaine. Face aux agressions pléthoriques des minorités et la défaillance de l'Etat de droit assurant leur protection, l'assassinat politique de Charlie Kirk est une excellente nouvelle. Une voix minable qui s'est éteinte, que je ne regretterai pas, que je ne pleurerai pas, que je ne déplorerai pas. Du haut de son privilège blanc, hétéro et cisgenre, il se permet, et c’est d’une facilité honteuse, de casser du sucre sur le dos de celles et ceux que l’on invisibilise dans la sphère politico-médiatique.


 L'Amérique est ce pays bien arrogant un peu comme la France, un peu amnésique, un peu trop atteint d’alzheimer, ou plutôt en position de pouvoir et de puissance pour réécrire l’histoire. Ce sont bien les lions qui écrivent l’histoire et non pas les pauvres petites gazelles massacrées par les prédateurs. Les sphères médiatiques résonnent comme des caisses de diffusion de beaux principes imbibés de bien-pensance sur l’impertinence de la violence politique, la nécessité de dialoguer avec le principe du contradictoire ainsi que la nécessité de respecter la liberté d'expression et les opinions contradictoires à l’heure de la post-vérité avec une surmédiatisation de ceux qui portent l’idéologie de la haine. 

Sans violence politique et désobeissance civile, les droits des femmes seraient inexistants. Ceux et celles des minorités sexuelles et religieuses. Sans parler des mouvements décoloniaux lors du grand mouvement de décolonisation des nations africaines et asiatique du joug de la domination coloniale européenne. Face à la l'injustice crasse, la radicalité s'impose. La violence est légitimée et même encouragée.

Ce qui m’amène à élaborer une réflexion plus aboutie sur la condition humaine et sa nature viciée, égoïste et individualiste dans systèmes capitalistes globalisés et ultralibéraux.
Sa mort c’est une belle histoire, celle d’un fervent défenseur du deuxième amendement pour le port d’armes, qui a fini par en être un « simple dommage collatéral » de l’utilisation des armes à feux. Piégé à son propre jeu, sa mort c’est le triomphe de ses incohérences, de ses illogismes et la victoire de tous et toutes qui ont été brimés, infériorisés, piétinés, malmenés par ses discours conservateurs de réactionnaire blanc viriliste et masculiniste.

Le plus inquiétant c’est de voir les orientations et les ordres du jour sur le plan médiatique ainsi que les intérêts qu’elles portent pour certains sujets de prédilection pour assurer une meilleure stigmatisation de la population. Où sont les honneurs pour les combattants amputés, éborgnés dans des guerres contre l’injustice ? Où sont les considérations et l’attention médiatique portés sur le féminicide d’une femme courageuse et audacieuse ayant eu le courage d’en découdre avec son agresseur ? Où sont les militants racisés qui crient à l’homonationalisme, la racialisation des corps et tirent la sonnette d’alarme sur l’aggravation alarmante des inégalités raciales et sociales de ce pays ? Où sont les distinctions civiles pour ses héros du quotidien que peuvent être parfois les médecins, les aides-soignantes, nos assistants sociaux, nos associations non corrompues pour lutter contre les inégalités quelles qu'elles soient, engagées en faveur des causes nobles ? L’attribution de mentions honorifiques est un choix politique qui cherche à asseoir une idée, une conception de l’intérêt général et extensivement une vocation idéologique. Il s’agit là de l’occasion parfaite et rêvée pour Donald Trump de s’attaquer à cette gauche laxiste et aux discours lénifiants. Il est surprenant de voir l’instrumentalisation de sa mort, et donc d’un acte de violence politique, comme un élément justifiant un durcissement des politiques d’immigration, de diabolisation de la gauche et comme un instrument de stigmatisation des minorités raciales, sexuelles et religieuses (les musulmans en particulier).

Cette mort ce n’est ni la première, ni la dernière. Je me souviens de l’assassinat de Philippine qui permettait aux fémonationalistes de déverser une haine sans nom sur les migrants englobant l’ensemble de la population immigrée comme si elle devait être tenue pour responsable collectivement pour un acte ignoble perpétré par un étranger. La même dynamique s’enclenche aussi avec ravivement de l’homonationalisme puisque l’homophobie est exotisée et ne serait que l’apanage des arabes, noirs, non-blancs dans ce pays.

En guise de conclusion, la vérité est sanctionnée par le pouvoir, médiatique et économique en l’occurrence. Elle se construit politiquement, socialement, cognitivement et collectivement ainsi qu’intellectuellement et pragmatiquement. Elle se sanctionne par des logiques d’influence, de pouvoir financier et politique. J’aimerais juste rappeler une citation de notre cher Foucault : la vérité n’est ni stable, ni univoque, ni absolue.

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