« la représentation de soi-même » « la présence »

S’entendre parler, avoir le retour du son de sa voix, avoir « la représentation de soi-même », habiter son corps, qu’est-ce que cela signifie en réalité ? Car éprouver c’est souffrir, c’est ressentir, sentir, supporter, endurer, connaître.

S’entendre parler, avoir le retour du son de sa voix, avoir « la représentation de soi-même », habiter son corps, qu’est-ce que cela signifie en réalité ?
Il s’agit là de l’image de soi, cette image de soi « réfléchie », lorsque l’on se voit ; que l’on se sent, se ressent, s’entend respirer, sent sa propre odeur ; que l’on s’éprouve, éprouve donc son corps, des pieds à la tête, dans son intégralité ou sa plénitude et que l’on éprouve ses sentiments et ses émotions et ses joies et ses tristesses, et les lieux dans son corps où cela se manifeste (ses « nœuds », quand on est « noué » ou « ulcéré », ou notre cœur même, c’est-à-dire son siège qui se situe au niveau de l’estomac, quand on est « écoeuré » et avec parfois des « hauts le cœur », ou sa rage dedans, par exemple).

Car éprouver c’est souffrir, c’est ressentir, sentir, supporter, endurer, connaître. C’est éprouver dans sa chair l’amour, la tendresse, l’affection, la compassion ; éprouver la haine, la pitié, l’envie, la jalousie, l’animosité, la rancœur, la colère, la morbidité ; ou l’enchantement ou la grâce, le désespoir ou la joie de vivre… Mais éprouver ou ressentir tout cela en soi, et pouvoir en parler…
Et éprouver sa faim et sa soif, sentir son goût, donc goûter, savourer, et flairer les odeurs, et éprouver sa soif de vivre ou sa lassitude ou sa désespérance ; et ressentir ses pulsions, éprouver ses humeurs sombres, comme celles qui peuvent nous réjouir ; sentir sa vitalité ou sa fatigue et ses douleurs, ses blessures, ses meurtrissures ; éprouver son désir…
Ainsi en est-il de notre corps et notre cœur devenus vivants ; ainsi sommes-nous devenus des vivants…

Et l’on se trouve donc là, présents et en présence de ce qui nous entoure. Et même si le réel est une réalité qui, presque à chaque instant nous échappe, même si donc nous n’avons conscience de ce réel que lorsque nous y prêtons attention, notre corps présent, notre présence est dorénavant établie et bien réelle : nous nous éprouvons effectivement bien vivants, le corps chaud vivant qui respire et transpire, ou parfois transi de froid – mais les sentiments qui nous animent, bien vivaces - ; nous nous sentons donc vivre ; nous « vivons ». Et cette vie en nous qui nous anime, n’en sommes-nous pas uniquement les dépositaires, les témoins et les passeurs ?…

Une présence corporelle ou image de soi donc, qui a son aura ou son halo de lumière, la manifestation de son champ d'énergie ou de sa force vitale – les chakras étant associés au terme d’aura -, représentée par l’auréole chez les saints.   

Or, n’est-il pas question, dans la Bible, de l’homme créé à l’image de Dieu ?
« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. » (Genèse 1, 27).  
Et n’est-il pas question dans l’évangile de saint Jean, du corps comme d’un Temple sacré ? : « Mais il parlait du temple de son corps. » (Jean, 2, 21). Et « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? » (1Chorinthiens : 3,16).

Et qu'en est-il du : Et le Verbe se fait chair ? Et de : Ceci (cette parole) est mon Corps ?

Mais l’homme contemporain, matérialiste et se proclamant résolument athée, ne considère souvent son corps, comme seulement fait d’organes dont il est seul propriétaire et pouvant être livré à la science.
« Le coeur n'est qu'une pompe et non le lieu des sentiments et de la pensée. », dira quelqu’un. Mais quand on éprouve ses sentiments et ses émotions et si l'on nous annonce une mauvaise nouvelle concernant quelqu’un que l’on aime, notre coeur se serrant, est-ce que notre coeur n'est toujours qu'une « pompe » ?
Et qu’est-ce donc qu’avoir du cœur ?

Alors qu’est-ce que l’âme en effet, sinon ce qui nous anime ?

Et l'on voudrait donc réduire nos "organes", donc notre corps, à de la chair sans âme ?

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« Quelque chose se déploie, se tient en soi-même et ainsi s’expose. Autant dire est. « Être », cela veut dire au fond (..), déployer sa présence »

                                                              Martin Heidegger

« Les dieux sont ceux qui regardent vers l’intérieur, dans l’éclaircie de ce qui vient en présence. »

                                                   Heidegger - Parménide, 1942-1943

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