Pour ceux qui cherchent, intéressés par la psychanalyse : deux livres

"Dieu, l'amour et la psychanalyse" (Bayard)

et "Peut-on croire à l'amour ?" (Le Passeur)

du psychanalyste Jean-Pierre Winter

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Extrait :

«  Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni tout ce qui est à ton prochain. » (Ex 20,17)

Cet ultime Commandement ne se situe plus dans le régime de l'interdit, mais dans celui du tabou.

La question qui est au cœur de ce dixième Commandement, c'est celle de la perversion. Les pervers savent qu'ils sont pervers comme ils savent que leur discours est immoral. Ils se savent immoraux et amoraux. Quelquefois ceux qui oeuvrent dans le registre de la perversion masochiste (ce qui suppose un déni de ce qui vous fait jouir) adoptent le discours de la victime, ce qui les rend redoutables. Mais la plupart des pervers sont tout à fait prêts à admettre qu'ils sont en dehors de la moralité ordinaire. Ils mettent au contraire en avant leur singularité, leur jouissance et dénoncent la tiède morale générale. Dans le séminaire Encore, Lacan définit le pervers comme « celui qui n'ajoute pas d'âme à sa conduite », qui n'y ajoute pas de morale. Par son âme-oralité, il se distingue du névrosé qui souffre de la transgression morale et peut le payer d'une angoisse térébrante.

Ce dernier Commandement nous rappelle que la moralité ne porte pas sur nos actes mais sur notre rapport à la pensée, à l'envie, au désir, à la convoitise.

Le pervers, c'est celui qui occupe indûment la place du maître. De ce point de vue, on peut dire que « ne convoite pas... » signifie : « ne fais pas de la jouissance de l'autre le modèle de ton désir. Laisse-le à sa jouissance et occupe-toi de la tienne si tu ne veux pas être menacé d'avoir à prendre la nuit pour le jour. »

Convoiter le bien du prochain, c'est lui attribuer le phallus. C'est s'imaginer que c'est lui qui l'a et que si on parvenait à le lui prendre, on pourrait en faire le même usage que lui. Or lui voler son bien n'est pas équivalent à lui voler son désir. Ce Commandement, comme les autres, interdit tout simplement ce qui n'est pas possible : Ne t'épuise pas à essayer de conquérir l'impossible, parce que personne n'a rien à y gagner. N'essaie pas de vivre le désir de l'autre à sa place, comme si tu étais sans désir et que seul le désir de l'autre pouvait animer l'absence de désir que tu imagines être la tienne, alors que c'est toi qui lui as attribué le phallus.

« Arrêtez donc d'imaginer que chez l'autre il y a ce qui vous manque. »

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Dieu, l'amour et la psychanalyse. Pages 138-143

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