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Billet de blog 6 déc. 2021

Identité française ? Invitation au débat

Qu'est-ce que cette "identité française" dont d'aucuns regrettent sa perte, sa disparition, son oubli, sa dilution dans la mondialisation ou dans une Europe qui la noie, son "effacement" (cf Michel Onfray) ? Qu'est-ce que la "Grandeur" de la France, qu'est-ce que ses "Valeurs" ? Qu'est-ce donc qui a fait de la France du passé avoir été un "phare" dans le monde ?

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Un article et un livre attirent mon attention aujourd'hui : un article-entretien de Sylvain Tesson, titré « La France ? Comment faire l’unité de ce foutoir ? Par la mémoire, la langue et le rêve », et un livre posthume de Jean Daniel "Réconcilier la France" - tous deux tournant autour de cette question de l'"identité nationale" ou de qu'est-ce que la France ou qu'est-ce être Français aujourd'hui, semblant être l'une des grandes préoccupations actuelles, tombant justement avant les prochaines élections de 2022.

Qu'est-ce donc que cette "identité française" dont d'aucuns regrettent sa perte, sa disparition, son oubli, sa dilution dans la mondialisation ou dans une Europe qui la noie, son"effacement" (cf Michel Onfray) ? Philippe Sollers, lui, parle de "dévastation en cours"...

Qu'est-ce donc que la "Grandeur" de la France, qu'est-ce que ses "Valeurs" ? Qu'est-ce donc qui a fait de la France du passé avoir été un "phare" dans le monde ? 

Mais ce billet propose un débat sur... l'authenticité ou ce qui est véritable.

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Alors que la question de l’identité nationale hante donc le débat public, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson nous livre sa vision du pays.

Le début de cet article commence donc ainsi :

"Pour Sylvain Tesson, la France est d’abord une langue, menacée aujourd’hui par le «volapük cyber-mercantile», le globish, et l’inclusivité des nouveaux Trissotin. Ce sont aussi des paysages dont la variété extraordinaire est unique au monde. Pour endiguer l’enlaidissement du pays, l’écrivain plaide pour une «écologie culturelle», qui mettrait en son centre la beauté et se soucierait autant de la défense de la nature que de celle des arts. Contre la muséification de l’Hexagone et son ouverture à tous vents, l’écrivain voyageur plaide pour la France comme un roman qu’il convient de poursuivre." ...

Quant au livre de Jean Daniel, Babélio le résume ainsi :

« Je ne pardonnerai jamais à ma famille, la gauche, d’avoir abandonné la nation aux nationalistes, l’intégration aux xénophobes et la laïcité aux communautaristes. » Déplorant qu’un débat mal mené sur l’identité nationale ne cesse de déchirer la France, Jean Daniel partage dans ce livre posthume sa conviction que la nation française ne survivra qu’en retrouvant le sens de son histoire : la démocratie s’enracine dans un territoire, la France fabrique des Français avec les étrangers et la laïcité est le combat même de la République. Mais face à cette ambition retrouvée se dresse un triple défi : l’immigration, l’Union européenne et la mondialisation. Conviant au fil des pages Renan, Michelet ou Braudel, Tocqueville, Lévi-Strauss ou Sartre, Barrès, Camus et Malraux, Jaurès, Blum, souvent Mitterrand, mais, avant tous, de Gaulle, Jean Daniel revient dans le style d’un mémorialiste sur les grands événements de l’histoire de France. Quand, apaisée avec ses racines chrétiennes, elle était fidèle à sa Révolution qui l’arrimait à l’Europe et à l’Universel. Quand, aussi, elle était meurtrie par la collaboration de Vichy, le drame de l’Algérie et l’offensive de l’islamisme. Aujourd’hui, pour réconcilier la France, rien ne lui paraît plus urgent que maîtriser l’immigration pour rétablir l’intégration et combattre les racismes tout en réaffirmant la laïcité."

Mais combien sommes-nous, aujourd'hui en France, Français de "vieille souche" comme on dit, depuis toujours naturalisés, ou Français d'origine étrangère (mais ne sommes-nous pas tous en France, plus ou moins d'origine étrangère ?), ou encore "étrangers" vivant en France, à nous préoccuper de cette question identitaire, alors que notre pays est avant tout, actuellement, préoccupé par le Covid ou par son pouvoir d'achat ? 

Cependant, puisque cette question de notre identité semble hanter des esprits, essayons de la définir. 

La France, ses clochers, ses calvaires, ses cathédrales - pensons à "Notre Dame" dont l'incendie a bouleversé le monde entier - la France "fille aînée de l'Église" comme on parlait encore d'elle il y a quelques décennies -; la France et ses fêtes traditionnelles (Noël, Pâques, le 14 juillet et son soldat inconnu), et ses châteaux, de Versailles ou du pays de la Loire, et son Mont saint-Michel - ; ses monuments historiques donc - son Pont neuf à Paris, son Arc de Triomphe et son Sacré-Coeur de Montmartre, ses anciennes Halles, son quartier populaire de Belleville - ; La France, sa capitale donc et ses Champs-Élysées (Paris hélas aujourd'hui complètement saccagé), et son Panthéon et ses femmes nouvelles promues (Simone Veil, Joséphine Baker) sans oublier son quartier latin et sa Sorbonne de mai 68 ou son vieux Paris du Marais, et son musée du Louvre et sa Joconde  ; la France encore et ses paysages si magnifiquement variés, de la Bretagne, en passant par la Vendée, l'Alsace, les Cévennes ou la Provence (que les éoliennes viennent aujourd'hui enlaidir ou jusqu'à perturber les pâturages) ; ses plages encore sauvages de l'Atlantique ou ses Alpes enneigées ; sa langue surtout devenant aujourd'hui du "franglish" ou du "goubli-boulga" sans parler de cette inaudible écriture inclusive (et rappelons-nous cette si juste et belle phrase de Michel Serres : « Ce n'est pas rien, le vocabulaire. Oublier sa langue, c'est perdre son âme.»), car qui peut prononcer cette phrase : "Cher.e.s lecteur.rice.s, déterminé.e.s", en en faisant entendre son sens ?...; la France et ses écrivains donc, si célèbres - France, pays des Lumières et ses "grands hommes" ou femmes célèbres aux renommées mondiales -, Victor Hugo, Napoléon, Rimbaud, Proust, Céline, ses rois, Louis XIV, et de Gaulle, et Louise Michel, Tocqueville, Aristide Briand, Jules Ferry, Levi-Strauss, Jaurès, Debussy, Monet, Courbet, Picasso, Cézanne, Le Corbusier, Ousmane Sow, Rabelais, La Fontaine, Montaigne, Balzac, Voltaire, Albert Camus, Sartre, Aragon, Gide, Breton, Colette, Georges Bataille, Alain Rey et son renommé Petit "Robert", et Modiano, et Sollers, et la langue de Molière..., pour ne citer qu'eux ; Paris encore, et ses bords de Seine ou de la Marne et ses guinguettes au bord de l'eau ; la France encore et sa gastronomie traditionnelle dont on disait que c'était la meilleure cuisine au monde, mais menacée aujourd'hui par une nourriture "malbouffe" à la sauce ketchup - cuisine et ses vins et son "Château d'Yquem"renommé, son foie gras de Noël ; et puis sa mode (Dior)... Mais parlons aussi de son humour au travers de ses comédies cinématographiques célèbres ("Un éléphant, ça trompe...") ou son "Pierrot le fou" de Godard ou son "Le fleuve" de Renoir, et de Claude Chabrol et sa "bourgeoisie" ; et de ses humoristes à se tordre de rire (Desproges, entre tant d'autres) ; et de ses chanteurs chantés dans le monde entier, de Brassens à Johnny, Serge Gainsbourg, Juliette Gréco, Barbara, Léo Ferré, Souchon, Nougaro, Trenet, Edith Piaf, Lavilliers, Yves Montant, et Jacques Brel et ses "les bourgeois, c'est comme les cochons"..., sans oublier Yvette Horner -; parlons aussi de ses immenses acteurs ou comédiens, Charlotte Rampling, Alain Delon, Depardieu, Belmondo (le Magnifique), de Funès, Bourvil, Catherine Deneuve, Luchini, Michel Serrault, Isabelle Huppert, Audrey Tautou, Adjani, Michel Piccoli, Louis Jouvet, Gérard Philippe, Noiret, Michel Bouquet, Jean Rochefort, Jeanne Moreau, Jacques Weber, Sami Frey, sans oublier Michel Audiard et ses dialogues... Et n'oublions pas Zinédine Zidane et Michel Platini, nos héros du foot ! ...Mais la France, c'est indéniablement son Histoire surtout, si contrastée, allant de sa Révolution française et sa "Déclaration des Droits de l'Homme" à ses années des Trente Glorieuses - la France, terre d'asile, la France et sa devise "Liberté, Égalité, Fraternité" -, sa République laïque -, mais aussi ses guerres sanglantes - voir la Commune de Paris, et ses sombres dérives colonialistes, sa guerre d'Algérie - donc son histoire que certains retiennent en priorité...

..., et toute cette France-là coule dans nos veines, à n'en pas douter...

Mais pourquoi donc, aujourd'hui, revendiquer là, pour certains, que ce sont des "Valeurs" qui feraient d'elle sa "Grandeur", aujourd'hui disparues ou en voie de disparition (Michel Onfray parle même d'"effondrement" de notre civilisation occidentale, et surtout de "transhumanisme") ?

Ne voilà donc-t-il pas la question ?

Faut-il donc voir là aujourd'hui - dans cette recherche à tout prix de renouer avec notre passé dit "glorieux" -, une mégalomanie ? Ou est-ce que, depuis quelques trente ans, l'on aurait glissé vers un oubli de notre passé ou que l'on aurait dénié ? (Et pourquoi donc ?)...

Mais ne faut-il pas plutôt rechercher ce qui, dans ce qu'on appelle nos valeurs et ce qui en ferait une grandeur, ce qui s'apparenterait ou relèverait réellement du vrai, du juste, de ce qui est véritable ou de l'authentique - de l'authenticité donc -, et l'authentique n'est-ce pas l'Homme qui "est", étant resté un humain, le corps vivant et "présent" avec ses cinq sens, et dont la "voix" vive ou vivante, lorsqu'il parle, est reconnaissable à l'oreille, en comparaison avec les "morts-vivants" d'aujourd'hui qui ont donc perdu leur Humanité, et qui s'expriment presque tous en un blabla généralisé ?

Un vivant, cela s'entend, il a une parole libre, personnelle, inventive...

Et c'est la parole, la vraie, qui fait l'Homme. Une parole de bon sens et le bon goût, que l'Homme français aurait perdue...

Mais allons encore plus loin pour parler de cette authenticité ou de ce qui est véritable dont ce billet veut traiter :

Les Mémoires de Saint-Simon - pour moi l'un des plus grands écrivains français par la qualité de son écriture, d'un réalisme et d'un style d'une sobriété exemplaire, que l'on pourrait presque qualifier de parfait - et n'est-ce pas là ce qu'on appelle les "Lumières" ? - ne sont-elles pas la preuve d'une valeur authentique, ayant pu précisément être une lumière dans le monde ?

Mais un film comique et potache tel que "Le gendarme de Saint-Tropez", n'est-il pas aussi authentiquement de l'humour populaire de référence ?

Si Charlie Chaplin a eu une telle renommée dans ses "Temps modernes" ; si Shakespeare, Léonard de Vinci sont si unanimement salués pour leurs oeuvres, n'est-ce pas justement que ces oeuvres ont une portée universelle ?

Hélas, aujourd'hui, tout ce que l'on essaie de réhabiliter comme valeurs authentiques de la France du passé, est fait de façon artificielle ou tape à l'oeil, parce que précisément sous l'oeil des caméras de notre Société du Spectacle qui n'a donc plus rien d'authentiquement vrai.

Parce que ce n'est pas seulement la République française et sa devise, son école libre de Jules Ferry, sa laïcité depuis Aristide Briand ou l'abolition de la peine de mort, depuis Badinter, qui fait d'elle une valeur universelle, mais bien aussi tout ce qui, de culturel, aura marqué les esprits, qui s'est exporté dans le monde entier...

Peut-on en effet parler de valeur, lorsque l'on évoque aujourd'hui une émission TV telle que "Touche pas à mon poste" de Cyril Hanouna ?...

La véracité de la parole, parlée ou écrite, quand on sait encore lire Saint-Simon et ses Mémoires ou la parole magnifique et si vivante d'une Fatou Diome, se battant pour ne retenir de la France que ses justes combats, ou l'écriture si magnifiquement vivante et créative de Mohamed Mbougar Sarr et son roman La Plus Secrète Mémoire des hommes, prix Goncourt 2021, où il est précisément question de "mémoire"... le bon sens et le bon goût... n'est-ce pas là ce qu'il nous faut rechercher pour tenter de comprendre ce qui fait aujourd'hui cette question de notre identité perdue - de notre Humanité perdue qui est aussi, ne l'oublions pas, issue de la France chrétienne depuis des siècles. Car il est certain que la France, historiquement chrétienne, donc avec son message de salut universel, a contribué à ce que Jean Daniel appelle sa "vocation". Et c'est cela pour moi sa vraie valeur proprement humaine, et j'adhère donc à ce qu'écrit Jean Daniel, lorsqu'il parle de la "vocation" universelle de la France -

- cette France d'aujourd'hui noyée dans la mondialisation et son CAC40 et ses GAFAM et sa "Science" pensant tout résoudre - sa technique, technologie, son monde dorénavant numérique - science pensant même pouvoir résoudre ou réparer notre environnement pollué par le plastique et le Glyphosate, ou même pouvoir contrer le réchauffement climatique - la France d'aujourd'hui dirigée par les banques - France devenue essentiellement mercantile, c'est-à-dire matérialiste, marchande, avide et cupide... -, et tout cela faisant notre "stress national", comme l'écrit si justement le psychanalyste Jacques-Alain Miller... 

Car quant à moi, peu m'importe une certaine "Grandeur" de la France, mégalomaniaque, même si elle ne m'est évidemment pas indifférente ; car ce qui m'importe le plus, si l'on veut parler de valeurs, c'est l'Humanité de l'Homme, lorsqu'il est resté un être vivant, à la voix et à la parole restée audible, authentique. Et n'est-ce pas précisément chez les étrangers de l'immigration récente - et je veux parler là spécialement des étrangers Africains, le plus souvent animistes, dont j'ai toujours remarqué à l'oreille que leur parole est restée vive et créatrice -, que l'on rencontre aujourd'hui le plus de personnes ayant gardé une âme et pouvant AUSSI apporter à la France et à notre jeunesse aujourd'hui si désorientée, un renouveau ou une ré-évolution ?

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