« Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir »

« Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir »

Un collectif de personnalités, parmi lesquelles la ministre de la culture Françoise Nyssen, Jean-Luc Godard et Ken Loach, lance dans « le Monde » un appel à la libération du cinéaste ukrainien.

LE MONDE | 12.08.2018 à 21h47 • Mis à jour le 12.08.2018 à 22h14 |

https://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/08/12/il-faut-agir-vite-pour-ne-pas-laisser-oleg-sentsov-mourir_5341828_3232.html

Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov est détenu dans la colonie pénitentiaire de Labytnangui, dans la péninsule de Yamal, au nord de la Sibérie.

Tribune. Artisans de l’image et de l’imaginaire, les cinéastes nous émeuvent et nous émerveillent, capturent notre époque et nous captivent. Par leurs œuvres, ils partagent leurs regards et éveillent les nôtres. Ils font entendre leurs voix – des voix parfois dissidentes : partout dans le monde, elles constituent des contre-pouvoirs essentiels, construisent de nouvelles pensées. La diversité d’opinions, les débats, désaccords et discussions qu’alimentent les artistes sont une chance pour la démocratie, pour la liberté, pour le progrès.

Lire aussi :   Oleg Sentsov en danger de mort après trois mois de grève de la faim

Parce que l’art ne connaît pas de frontières, parce que l’art est universel, les droits de ceux qui le font vivre devraient l’être également. La liberté d’expression et la liberté de création ne sauraient s’arrêter là où commence la dissidence. Pourtant, aujourd’hui, un cinéaste se meurt parce qu’il est dissident. Menacé à cause de ses idées, comme Vassili Grossman, Soljenitsyne et bien d’autres sous le régime communiste.

Oleg Sentsov est détenu en Russie depuis plus de quatre ans. Sa condamnation à vingt ans de réclusion par un tribunal militaire russe, au terme d’un procès qui n’a manifestement pas respecté les droits de la défense, est une violation du droit international et des normes fondamentales de la justice. Son seul « tort » réel ne serait-il pas d’avoir manifesté sa liberté d’expression ? Son seul « crime » ne serait-il pas de pouvoir exprimer son engagement politique à travers son art ?

Enfermé au nord de la Sibérie dans des conditions effroyables et inhumaines, il aurait perdu près de 30 kg depuis le début de sa grève de la faim, il y a maintenant près de trois mois. Alors que son état de santé semble se dégrader dangereusement de jour en jour, il faut agir. Et il faut agir vite.

L’éditorial :   Urgence pour le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov

Atteinte à la liberté de pensée et de création

Ne pas agir, ce serait laisser Oleg Sentsov mourir. Ce serait renoncer à nos valeurs et à nos principes, renoncer à ce que nous défendons et à ce que nous sommes. Ce serait tolérer qu’on peut être tué pour ses idées, ses opinions, ses prises de position. Le traitement dont il est l’objet est une atteinte à la liberté de pensée et à la liberté de création.

Nous ne pouvons l’accepter. Il devient urgent et nécessaire pour la Russie de trouver une solution non seulement humanitaire mais aussi politique à cette situation. Non seulement la France – le président Emmanuel Macron a émis plusieurs propositions auxquelles le président Poutine s’est engagé à répondre –, mais l’ensemble de la communauté internationale, de l’Union européenne à l’ONU, doit se mobiliser pour Oleg Sentsov et pour obtenir des réponses.

Les artistes du monde entier savent pertinemment que le président russe a le pouvoir d’arrêter cette tragédie humaine et démocratique. Partout dans le monde ; dans le monde du cinéma, de la culture mais bien au-delà, une mobilisation internationale doit se faire entendre pour défendre ce cinéaste. Au nom de la liberté artistique et de la liberté d’expression, nous appelons à nouveau à la libération immédiate d’Oleg Sentsov.

La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), La Société civile des auteurs multimédia (SCAM), La Société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs (ARP), La Société des réalisateurs de films (SRF), L’Association des réalisateurs et réalisatrices francophones (ARRF, Belgique), Le Théâtre du Soleil

Premiers signataires/first signatories :
Dominique Abel (Belgique), Marie Amachoukeli (France), Jean-Pierre Améris (France), Antonin Arnold (Haïti), Yvan Attal (France), Jacques Audiard (France), Christophe Barratier (France), Nicolas Bary (France), Lucas Belvaux (Belgique), Julie Bertuccelli (France), Bertrand Bonello (France), Gilles Bourdos (France), Guillaume Brac (France), Patrick Braoudé (France), Claire Burger (France), André Buytaers (Belgique), Dominique Cabrera (France), Thomas Cailley (France), Laurent Cantet (France), Christian Carion (France), Camille de Casabianca (France), Olivier Casas (France), Chad Chenouga (France), Laurent Chevallier (France), Malik Chibane (France), Jean-Paul Civeyrac (France), Clément Cogitore (France), Jean-Louis Comolli (France), Antony Cordier (France), Catherine Corsini (France), Costa-Gavras (France), David Cronenberg (Etats-Unis), Emmanuelle Cuau (France), Jean-Pierre Dardenne (Belgique), Emilie Deleuze (France), Dante Desarthe (France), Antoine Desrosières (France), Alice Diop (France), Evelyne Dress (France), Amat Escalante (Mexique), Joël Farges (France), Philippe Faucon (France), Léa Fehner (France), Dan Franck (France), Thomas Gilou (France), Delphine Gleize (France), Jean-Luc Godard (France/Suisse), Fabienne Godet (France), Miguel Gomes (Portugal), Yann Gonzalez (France), Fiona Gordon (Canada), Romain Goupil (France), Emmanuel Gras (France), Lucas Guadagnino (Italie), Robert Guédiguian (France), Joana Hadjithomas (Liban), Rachid Hami (France), Mia Hansen-Love (France), Michel Hazanavicius (France), Christoph Hochhäusler (Allemagne), Christophe Honoré (France), Agnès Jaoui (France), Thomas Jenkoe (France), Pierre Jolivet (France), Sam Karmann (France), Vergine Keaton (France), Lodge Kerrigan (Etats-Unis), Cédric Klapisch (France), Héléna Klotz (France), Jan Kounen (France), Gérard Krawczyk (France), Pierre Lacan (France), Alexandre Lança (France), Eric Lartigau (France), Sébastien Laudenbach (France), Michel Leclerc (France), Louis-Do de Lencquesaing (France), Sébastien Lifshitz (France), Ken Loach (Angleterre), Jean Marbœuf (France), Nathalie Marchak (France), Tonie Marshall (France), Patricia Mazuy (France), Agnès Merlet (France), Anne-Marie Miéville (Suisse), Radu Mihaileanu (France/Roumanie), Jonathan Millet (France), Nadir Moknèche (France/Algérie), Ariane Mnouchkine (France), Dominik Moll (France), Cristian Mungiu (Roumanie), Olivier Nakache (France), Françoise Nyssen (France), Nakache Safy Nebbou (France), Rithy Panh (Cambodge), Héloïse Pelloquet (France), Antonin Peretjatko (France), Thierry de Peretti (France), Christian Philibert (France), Nicolas Philibert (France), Martin Provost (France), Katell Quillévéré (France), Lola Quivoron (France), Brigitte Roüan (France), Jaime Rosales (Espagne), Christophe Ruggia (France), Nicolas Saada (France), Mahamat Saleh Haroun (Tchad), Jean-Paul Salomé (France), Pierre Salvadori (France), Riad Sattouf (France), Pierre Schoeller (France), Céline Sciamma (France), Abderrahmane Sissako (Mauritanie), Bertrand Tavernier (France), Joachim Trier (Norvège), Justine Triet (France), Margarethe von Trotta (Allemagne), Jaco Van Dormael (Belgique), Régis Wargnier (France), Frederick Wiseman (Etats-Unis), Rebecca Zlotowski

.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.