Encore à propos de la «souffrance» animale (2)

Mais si, en aucun cas ce billet n'a pour objet de nier ou minimiser ce que les humains peuvent faire subir aux animaux, quand ils les maltraitent (...), ce billet a cependant pour objet d'amener à réfléchir sur ces termes de « souffrance », « sentiment » et « conscience », pour ce qui concerne nos amis les bêtes.

BILLET MODIFIÉ

(Les premiers commentaires sont venus, suite à la première publication que j'ai donc beaucoup modifiée).

------------------------------

A propos de la « souffrance » animale

À cause de graves maltraitances que les hommes infligent à des animaux, dans des abattoirs par exemple, et surtout du fait que l'on prend enfin conscience que tout animal est un être vivant et doué de sensibilité, l'on parle actuellement beaucoup de « souffrance animale », cependant que d'aucuns dénoncent notre société devenant « animaliste » .

Qu'en est-il donc de cette question de la souffrance ?

Si un animal souffre, c'est-à-dire s'il éprouve une certaine « épreuve », lors d'une chasse à courre par exemple (j'en ai été le témoin, de ce que le cerf, la langue pendante, se battant pour sa vie, peut éprouver à la fin d'une chasse à courre, c'est-à-dire « éprouve dans sa chair)  »), peut-on cependant à proprement parler de « souffrance », comme l'on peut parler de la souffrance humaine ? Ne devrait-on donc pas seulement dire « éprouve dans sa chair », et non pas « souffre » ?

Parler de « souffrance animale » n'est-ce donc pas projeter « nos propres sentiments » sur l'animal, ou de l'anthropomorphisme ?

Peut-on en effet parler de la souffrance animale comme de la souffrance humaine ? Ces termes de « souffrance » et de « sentiment », pour un animal sont-ils adéquats ?

Pour essayer d'éclairer cette question, ne faut-il pas s'interroger d'abord sur ce qu'est un « sentiment », et sur les « sentiments » des animaux ?

Car que pouvons-nous connaître des « sentiments » des animaux ?

Car qu'est-ce que « souffrir », qu'est-ce que la « souffrance » ?

« Souffrir » c'est éprouver, ressentir, subir, supporter, endurer. Ce peut être aussi tolérer (« souffrez, Madame, que... »). Mais si un animal peut en effet « souffrir » (éprouver) une « peine » ou une douleur, peut-on cependant dire qu'il est « dans la peine » ou qu'il a du chagrin ?

Peut-on dire qu'un animal est dans « l'affliction », le tourment, la peine, le chagrin ?

En vénerie, à la fin d'une chasse à courre, un cerf peut se « taper » dans un bosquet (terme de vénerie) et « retenir son sentiment », c'est-à-dire retenir son « odeur » (sa « présence »), pour que les chiens ne le sentent plus.

Et, au Jardin des Plantes à Paris, j'ai assisté à une scène, où un lion étant en train de copuler avec sa lionne, dans sa cage derrière des barreaux, et parce que des touristes s'amusaient à le prendre en photo et rire de la scène, le lion a fini par envoyer un grand coup de pisse vers ces touristes indiscrets et indélicats. Peut-on alors parler là d'une certaine « conscience » de l'animal, qui aurait agi pour se venger et humilier à son tour ces touristes irrespectueux ?

Ce lion ayant eu là une réaction telle, que l'on puisse croire à des sentiments pour ainsi dire identiques à ceux d'un humain, peut-on cependant parler là de « conscience » ? 

Et il y aurait aussi ou encore mille autres exemples de chiens qui « sourient » ou pleurent (ce fut le cas du chien labrador de mon père, qui avait des larmes, à qui il ne manquait que la parole), ou qui, heureux, remuent de la queue, ou même de chats dont on peut parfaitement voir une certaine réjouissance quand ils vous regardent en remuant les oreilles, et de mille autres scènes d'animaux montrant leurs bonnes ou mauvaises humeurs.

Pourtant, même chez les mammifères les plus évolués, les animaux ne pourront jamais rendre compte par la parole de ce qu'ils ressentent, seule preuve de ce que l'on appelle la « conscience » ou pensée réfléchie, c'est-à-dire le fait de « savoir » et de pouvoir en parler.

Quand donc l'on parle de « conscience », il faudrait se mettre d'accord sur ce que signifie ce mot. Pour moi, la vraie conscience (prise de conscience) ne peut venir que d'une pensée réfléchie. Or, les animaux n'ont pas de pensée réfléchie.

En tous les cas, en aucun cas l'on ne peut dire qu'un loup attaquant un agneau le ferait « souffrir », car faire souffrir est le propre de l'homme qui agit intentionnellement, alors que chez l'animal il n'y a aucune intention.

Selon moi, donc, l'on ne peut pas, à proprement parler ni de « sentiment » ni de « souffrance » ni de « conscience » - ces termes étant pour moi inadéquats.

Et pour finir, pour ceux qui vont maintenant jusqu'à refuser de tuer tout animal pour sa chair, je voudrais parler des Massaïs, en Afrique de l'Est, qui, pour de temps à autre se nourrir de sang dont ils ont besoin pour leur protéine, font un trou dans le cou de leurs chèvres, laissant ainsi couler le sang de l'animal dont ils se nourrissent. Et cela pour dire qu'entre l'homme et l'animal, peut exister, et même si l'homme tue l'animal, une relation très proche, et d'un très profond respect. Cela a toujours été le cas chez les vrais paysans d'autrefois.

Mais si, en aucun cas ce billet n'a pour objet de nier ou minimiser ce que les humains peuvent faire subir aux animaux, quand ils les maltraitent - et l'on se doit aujourd'hui de dénoncer haut et fort des maltraitances dans des abattoirs, ou le sort qui est réservé à tous ces poulets élevés en batteries ou autres élevages de porcs abominablement entassés, sans espace -, ce billet a cependant pour objet d'amener à réfléchir sur ces termes de « souffrance », « sentiment » et « conscience », pour ce qui concerne nos amis les bêtes, et donc, par là même, de nous amener à réfléchir sur nos sentiments personnels que nous aurions aujourd'hui tendance à projeter sur eux.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.