de la transparence

BERTRAND SPAREN-DEGLACE, LE COMPTABLE (*)
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Bertrand Sparen-Deglace est comptable, et sur son bureau ce matin, une lettre émanant conjointement des ministères des Finances et de l’Intérieur est arrivée. Rapidement il l’a ouverte. Une lettre au sujet de cette loi qui commande à tous dorénavant une transparence totale.
Le comptable est donc chargé de remplir cette obligation de désormais transmettre aux Impôts, des dossiers dûment remplis, qui donneront autant de renseignements qu’il faut concernant ses clients.
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Bertrand Sparen - perplexe -, s’interroge en se grattant la tête :
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- Si l’on doit être transparents, serait-ce que l’on nous soupçonnerait de ne pas être clairs, pour ne pas dire être fumeux ?...
… Etre transparents, ne plus rien avoir à cacher, et percés du regard - devant tout dire de soi ?... Mais jusqu’où être ainsi tenus de se dévoiler ?...
Et devrait-on alors aussi être filmés - notre vie retransmise en direct - ainsi mis à nus et forcés de nous confesser devant tous - à charge d’abord de décliner chacun à son tour son identité ; obligés de répandre notre vie passée présente de par le menu et dans tous ses détails face à plusieurs caméras montrant tout en gros plans ; contraints de dire toute la vérité et rien que la vérité de tous nos faits et gestes et de nos moindres pensées ?...
Des être transparents, comme à travers une vitre : hommes fantômes (comme calques), le regard cristallin, et qui devrions établir et certifier - pour ne pas dire avouer en nous justifiant - donc priés d’être comptables envers l’Etat - de l’intégralité de ce que nous devrions être…, ce qu’il nous faudrait être ? …des êtres intégraux : hommes sans lacune, sans faille, ou carrément remplis (bondés) ; hommes et femmes achevés, terminés…, finis ?
Et si ce n’était alors véritablement être déshérités…, dés être, intégralement ?
La désintégration ?...
Mon Dieu, la déshérence !
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Mais qui donc d’ailleurs, se demande maintenant Bertrand (devenant quelque peu soupçonneux), a donné l’ordre un jour, qu’il fallait que l’on soit ?...
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Et l’homme comptable – Deglace -, soudain devient sombre ... Son regard se voile ... Son humeur s’obscurcit.
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- Que toute la lumière soit, je trouve ça louche, songe-t-il.
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Agnès de Kergorlay


(*) Extrait de "Portrait de "France" - Traits de caractères"

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