Nous ne pouvons pas laisser mourir Ali Mohammed Al-Nimr

Nous ne pouvons pas laisser mourir Ali Mohammed Al-Nimr

Pour éviter la décapitation puis la crucifixion de ce jeune homme, le chroniqueur du Point.fr attend un comportement exemplaire et ferme de la France.

Par Charles Consigny

Ali Mohammed Al-Nimr doit vivre, assure Charles Consigny. De nombreux groupes de soutien ont vu le jour sur les réseaux sociaux.

Ali Mohammed Al-Nimr est ce jeune Saoudien qui a été condamné à mort en Arabie saoudite et dont la sentence doit être exécutée cette semaine. Une condamnation à mort est toujours barbare, toujours l'expression d'un archaïsme. Les États américains qui la pratiquent encore se couvrent quotidiennement de honte. Que l'on condamne à mort un assassin, c'est déjà barbare ; mais que l'on condamne à mort un garçon de vingt-et-un ans qui n'a commis aucun crime, c'est disqualifiant. On lui reproche d'avoir participé à une manifestation contre le régime, d'être chiite et d'être le neveu d'un opposant virulent au pouvoir en place : rien de tout cela ne justifie sa condamnation.

Puisque l'Arabie saoudite est un « partenaire privilégié de la France au Moyen-Orient », la France doit donner de la voix pour empêcher ce crime d'État. Les temps ont changé. De la même manière que nous ne pouvons plus regarder les migrants se noyer dans la Méditerranée sans rien faire, de la même manière que nous avons l'obligation morale d'apporter notre aide au peuple syrien en exode, nous ne pouvons pas détourner le regard devant le sort qu'un pays « ami » réserve à ce jeune homme. Comment exprimer d'un côté notre dégoût du ridicule Daesh et rester silencieux face à l'inhumanité des autorités saoudiennes ?

Coresponsables de la mort d'un jeune homme

Le président de la République doit renvoyer l'ambassadeur d'Arabie saoudite en France et ordonner la suspension de toute relation entre les deux pays, les relations d'ordre diplomatique et politique comme les relations économiques, jusqu'à la libération d'Ali Mohammed Al-Nimr. Les hommes d'affaires qui continueraient imperturbablement leur business avec les pouvoirs publics saoudiens, les diplomates propres sur eux qui se laisseraient expliquer cette décision ignoble par leurs homologues, pour venir ensuite justifier leur propre inaction, bref tous ceux qui viendront expliquer que « c'est plus compliqué que ça », éternel argument des lâches, seront coresponsables de la mort d'un jeune homme. Nous n'avons pas à nous ingérer dans les affaires d'autres États souverains sur leur territoire, nous devons nous occuper de nos ressortissants en priorité, nous devons respecter les croyances et les traditions, les spécificités, les histoires et les cultures, mais nous sommes ce qui reste de la France et, à ce titre, nous ne devons aucune espèce de considération ou de réserve à l'endroit de la sauvagerie, que notre rôle est de combattre partout dans le monde.

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