Qu'est-ce que le corps pour la psychanalyse ? "Le mystère du corps parlant".

Jean-Pierre Winter : "Le mystère du corps parlant"

https://www.youtube.com/watch?v=xwWsGc0VQOk

"Le mystère du corps parlant" © Jean-Pierre Winter

 

La verge :

"Celle-ci a des rapports avec l'intelligence humaine. Et parfois elle possède une intelligence en propre. En dépit de la volonté qui désire la stimuler, elle s'obstine et agit à sa guise. Ce mouvement, parfois sans l'autorisation de l'homme, ou même à son insu - soit qu'il dorme, soit à l'état de veille -, et elle ne suit que son impulsion. Voilà un organe qui, tout en étant lié à l'intelligence, ne suit que son impulsion.

Souvent l'homme dort, et elle veille... Et il arrive que l'homme soit réveillé et elle dort... Maintes fois l'homme veut se servir d'elle, qui s'y refuse... Maintes fois elle le voudrait et l'homme le lui interdit... Il semble que cet être a une vie et une intelligence distincte de celle de l'homme et que ce dernier a tort d'avoir honte de lui donner un nom ou de l'exiler en cherchant constamment à couvrir et à dissimuler ce qu'il devrait orner et exposer avec pompes comme un officiant."

                                                                                                                  Léonard de Vinci

 

"Georg Groddeck est le premier à s'être posé la question des rapports énigmatiques entre le corps et la parole.

Quand on parle en psychanalyse du rapport du corps et du langage, quand on s'interroge sur cette question énigmatique entre toutes...

...entre la pensée et la maladie...

Concept du "ça" :

Groddeck est celui qui pose que la distinction de l'âme et du corps, est uniquement une distinction de mots, et pas une distinction d'essence ; que le corps et l'âme sont quelque chose de commun ; qu'il s'y trouve un "ça", une force par laquelle nous sommes vécus cependant que nous croyons vivre. 

Cette formulation est presque la même que celle de Lacan quand il affirme que ce n'est pas l'homme qui fait le symbole mais le symbole qui fait l'homme, et que du coup nous sommes parlés plutôt que parlants.

Le "ça" fonctionne donc à la fois comme le Dieu, au sens de Spinoza, et l'appareil du langage de Lacan. (13:32). Pour Groddeck, il suffit de remplacer Dieu par langage, pour revenir à ce qui fonde le parlêtre.

Dans "Du langage", Groddeck dit que "le langage est la condition fondamentale du rapport humain."

Le langage se différencie du verbe en ceci que le signifiant ne nous veut pas que du bien. Tous les actes, les pensées et les sentiments, même l'amour et la haine, même Dieu et la nature, dépendent du langage. Considérer maintenant le frein qu'exerce le langage sur notre culture, les liens inextricables par lesquels il garotte nos pensées et nos actes.

Lacan dit qu'il ne peut pas dire toute la vérité, parce que les mots y manquent.

Groddeck dit que sa parole ne le rend nullement capable de dire la vérité.

Le langage ment, il doit mentir. C'est dans l'être du langage de mentir, de falsifier. C'est dans l'être de l'homme. Mais c'est dans l'être de l'homme de falsifier cette inexactitude.

Le réflexion de l'homme, qui lui est véritablement propre, n'a pas de mot. Elle est souterraine et inconsciente. Et la lutte de l'énergie formatrice avec cette nature muette, constitue la vie intérieure de l'homme. Ce qui est proprement humain ici c'est l'intérieur muet qu'on appelle âme. Cet intérieur muet est celui d'où s'originent la peinture, la musique, toutes les formes d'art, mais aussi - hypothèse -, les maladies organiques. C'est ce que Groddeck appelle l'énergie formatrice, c'est le langage avec lequel nous avons un rapport de lutte. Le langage qui est source de vie mais qui nous tue et qui nous rend malades.

Groddeck avance donc l'hypothèse qu'il se pourrait bien que certains cancers soient des équivalents de grossesses liées aux théories sexuelles refoulées.

L'énigme du corps parlant restera énigmatique...

Mais comment se fait-il qu'il y ait la possibilité, à partir d'un corps, de parler ? Que la parole puisse s'inscrire dans le corps, ou que le corps puisse habiter le langage ? Le langage nous précède.

Freud met l'accent sur l'effet du langage sur le corps. Et à propos de gens qui doutent de l'efficacité d'une thérapie par la parole, que par ailleurs ces même gens ne doutent en aucun cas par exemple du fait qu'avec des mots on peut faire rire ou pleurer, que l'on peut pousser quelqu'un au désespoir, l'angoisser, avoir simplement par la parole toutes sortes d'effets.

Alors évidemment, à l'imagerie médicale neurologique d'aujourd'hui, quand par des mots vous poussez quelqu'un au désespoir ou vous le poussez à rire, ça doit bien faire des petits trucs qui bougent et qui s'allument, qui ont des couleurs, mais ce n'est pas parce que ça bouge et fait des couleurs que la personne se met à rire..., c'est bien parce que la personne lui a dit quelque chose qui l'avait fait rire." (33')

 

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