La France déteste les femmes

Pauline Harmange écrit «Moi les hommes, je les déteste», et voilà qu'on s'insurge et qu'on veut faire retirer son essai de la vente. Comme si la France, elle, ne détestait pas fondamentalement les femmes.

La France déteste les femmes.

Elle les déteste tant qu'elle est incapable de condamner des agresseurs sexuels sans salir leurs victimes, leurs copines ou leurs sœurs.

Elle les déteste tant qu'elle préfère leur cracher dessus. Elle préfère les harceler en meute. Elle préfère les humilier violemment et systématiquement plutôt que de regarder sa culture du viol dans les yeux.

Elle les déteste tant qu'elle les laisse mourir. L'année dernière, elle en a laissé mourir 152.

Elle les déteste tant qu'elle nomme un violeur au ministère de l'Intérieur, sans aucune forme de honte.

Elle les déteste tant qu'elle glorifie et césarise les hommes qui les violent et les détruisent.

La France déteste le corps des femmes.

Elle les déteste tant qu'elle le verbalise à la plage, que ses seins soient découverts ou que ses cheveux soient voilés.

Elle les déteste tant qu'elle lui bloque l'entrée des musées, pour un hijab ou pour un décolleté.

Elle le déteste tant qu'elle lui interdit d'étudier, s'il n'est pas "habillé normalement". Comme si cette 'norme' n'était pas fondamentalement sexiste, raciste et islamophobe.

La France déteste les femmes qui portent le voile.

Elle les déteste tant qu'elle les empêche de s'instruire. Qu'elle les empêche de courir. Qu'elle les empêche d'accompagner les sorties scolaires de leurs enfants. Qu'elle les empêche de chanter. Qu'elle les empêche de parler.

Elle les déteste tant qu'elle transforme tous leurs moments d'expression en actes de bravoure. Alors que partager des recettes de cuisine à la télévision ne devrait pas demander du courage.

Elle les déteste tant qu'elle les traîne dans la boue quotidiennement sur les plateaux télé, sans avoir la décence de leur accorder le moindre droit de réponse.

Oui, la France déteste les femmes.

Mais nous nous affranchissons chaque jour un peu plus de votre haine. En nous soutenant, en nous aimant, en nous organisant. La révolution arrive. Bientôt, nous serons libres.

 

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