Et maintenant, on fait quoi?

Un appel à la réflexion face à la crise que nous traversons. En ces temps de confinement, nous pouvons prendre le temps de déconstruire nos croyances nocives, pour mieux penser l'après.

Une amie a écrit ce texte, simple et accessible, pour appeler à la réflexion face à la crise que nous traversons. Je le publie aujourd'hui sur mon blog.

 

Il me semble que le confinement nous donne du temps et de la matière pour réfléchir. Il est aujourd'hui temps de réfléchir. Il sera bientôt temps de se rassembler et d’agir. Ensemble, avec espoir et détermination. Sans vouloir être alarmiste, il va falloir s’unir et vite.

Déconstruire ses croyances nocives

Sans qu’on ne l’ait vraiment collectivement décidé, l’humanité s’est organisée pendant des millénaires autours des concepts de hiérarchie, de propriété et de contrôle. Au point qu’aujourd’hui, la quasi-totalité de la nature sauvage terrestre a disparu et ce qu’il en reste appartient à quelqu’un ou même à quelque chose (entreprise ou état). Nous croyons que nous sommes maîtres de la nature, alors que nous en faisons partie. Cette croyance nocive nous mène à des absurdités : des gens crèvent de faim pendant que d’autres crèvent d’obésité et de malbouffe. Nous croyons tellement en la puissance absolue de « l'économie », que nous oublions que ce n'est qu'une invention. Nous parlons constamment de croissance sur une planète finie comme si les ressources étaient infinies...

 

Pour commencer à penser autrement il est essentiel de comprendre que les inégalités sociales, les inégalités entre les hommes et les femmes, le racisme, le capitalisme et ses conséquences sur le climat découlent d’un seul et même concept absurde et mortifère : la hiérarchisation du vivant. Le Covid 19, si petit qu'il soit, vient nous rappeler que la vie et la mort ne sont pas question de hiérarchie.

Ce concept de hiérarchie est tellement admis, tellement répandu qu’on oublie que c’est seulement un concept, une croyance. Déconstruire une croyance c'est commencer à s’en libérer. Ce modèle vertical, pyramidal, nous a mené à une organisation sociétale absurde et mortifère. Pour un changement de paradigme, il est urgent de penser autrement. 

Il me paraît donc important, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, de s’organiser le plus possible de manière horizontale. Commençons dès maintenant, à nous méfier de tout rapport hiérarchique. Méfions-nous de nous-même aussi, de notre propre tendance à vouloir être le chef ou à vouloir décider pour le groupe. Soyons le plus inclusif possible, que ce soit en termes de genres, de couleurs de peau, de religions ou de classes sociales... La diversité des points de vue, la capacité d’écoute et l’ouverture d’esprit sont indispensables à tout changement profond. Ça paraît simple et naïf dit comme ça, mais quand on essaye de l'appliquer vraiment on réalise bien vite que ce n'est pas si évident.

Déconstruire nos réflexes de hiérarchie est un début. Mais il y a tout un tas d’autres notions à déconstruire pour pouvoir avancer vraiment. Ces concepts sont liés entre eux et liés à l’idée de hiérarchie : méritocratie, travail, économie et finance.

La finance et la spéculation, déconnectées des valeurs du monde réel, sont devenues des sortes de divinités toutes puissantes. Elles n'existent que parce que nous y croyons et décidons qu'elles existent. Afin de « rassurer les marchés » nous inventons de nouveaux métiers absurdes pour financer des choses dont nous n’avons pas besoin. La publicité surfe sur notre mal-être, nos complexes et nos névroses pour nous vendre des objets censés nous rendre heureux. Notre organisation sociale, par manque de remise en question profonde, est désormais absurde. Nous avons oublié qu'il ne tient qu'à nous de changer de croyances. Nous avons intériorisé comme étant la norme une organisation sociétale aux conséquences inacceptables.

Remettre en question ces concepts permet de se construire une boussole interne, pour avancer vers une évolution positive de nos sociétés.

Pour pouvoir réfléchir, il est nécessaire de se réapproprier les mots, de ne pas utiliser les expressions des communicants perfides qui brassent du vide. Par exemple, un lieu n’est pas « sous vidéo protection », il est sous surveillance. On ne gagne pas « sa vie » on gagne de l’argent. La « tolérance zéro » c’est de l’intolérance. Les minimas sociaux ne coûtent pas « un pognon de dingue », l’évasion fiscale si.

Et non, nous ne sommes pas « en guerre » ! On ne combat pas un virus avec des tanks, des mitraillettes ou des bombes. Le confinement, ce n'est pas la guerre. Face au Covid 19, la violence n'est d'aucune utilité. Nous avons besoin d'intelligence, de patience, de solidarité. L'utilisation du mot « guerre » n'est qu'une stratégie politique de bas étage pour mieux faire passer des mesures liberticides et détricoter (durablement ?) le droit du travail. Face à ces stratégies de nos dirigeants, il est nécessaire de pouvoir penser avec les mots justes.

On ne peut pas réfléchir efficacement si on laisse les politicards vider les mots de leur sens. Se réapproprier les mots permet de clarifier ses idées et de ne pas se laisser berner par les mensonges.

Par exemple le chômage : le chômage en tant que tel, le fait qu’il y ait moins de travail, est-ce vraiment un problème ? Nous nous inquiétons du taux de chômage, sans jamais nous réjouir qu’il y ait moins à faire. Nous avons oublié que les machines et le progrès technique devaient nous libérer du travail pénible. Il était prévu et même souhaitable que les humains aient moins de travail !

Le chômage n’est un problème que parce que nous avons oublié qu’avoir moins à faire n’est pas un problème en soi. Le problème c’est la répartition très inégale du travail et des richesses. Si chaque adulte travaillait 20h par semaine, nous aurions largement ce qu’il faut pour tous.

Le but n’est pas d’inverser la courbe du chômage mais de comprendre ce que la courbe représente, d’où vient le chômage et pourquoi il est tout à fait normal qu’il y en ait de plus en plus quand les machines sont de plus en plus performantes et sophistiquées. Ce qui est inquiétant ce n’est pas qu’il y ait moins de travail mais qu’on produise toujours plus sans se soucier du coût humain et environnemental.

Si nous étions réellement en démocratie, nous pourrions décider collectivement d’interdire l’obsolescence programmée et la publicité dans les espaces publiques. Cela entrainerait une baisse de la consommation, et donc de la production, ce qui devrait être une bonne chose dans un monde aussi pollué que le nôtre. Mais nos « représentants » nous disent que ce serait terrible car cela provoquerait du chômage. Ils n’ont de cesse de parler de plein emploi et de croissance comme des disques rayés.

Que faire pour dépasser les notions de travail et de chômage ? Comment les penser autrement ?

Il est aberrant qu’on élise encore des dirigeants qui prétendent que la croissance est la solution ultime quand il n’y a qu’une seule et unique planète vivable pour notre espèce. Une planète dont les ressources ne sont pas infinies.

Mais nos pantins de « représentants » politiques continuent à s’agiter et leurs modèles économiques sont devenus leurs divinités, leurs chimères, des concepts vidés de sens auxquels ils continuent de croire par égoïsme, par lâcheté, par flemmardise intellectuelle. La main invisible d’Adam Smith n’existe pas et n’a jamais existé, pas plus que la concurrence pure et parfaite. Pourtant, ils n’ont de cesse de prendre des mesures pour « ne pas inquiéter les marchés ». Tous ces concepts n’ont que la véracité qu’on leur prête, l’argent a la valeur qu’on lui donne et les gens de pouvoir n’ont que le pouvoir qu’on leur accorde, qu’on leur laisse nous prendre.

La finance et l’économie libérale ne sont pas indispensables à la survie humaine. L’eau, l’air, les forêts, les océans, la couche d’ozone, les savoirs et les savoir-faire nous sont indispensables.

Sommes-nous réellement assez lâches pour laisser détruire de tout ça ? Sommes-nous suffisamment stupides pour continuer à croire des mensonges aussi grossiers ?

Il est temps de réaliser que nous n’avons pas besoin des multinationales ni des politiciens. Ils ont besoin de nous. Ils n’existent plus en tant que tels si nous les ignorons. Nous existons toujours s’ils nous ignorent. Et ils nous ignorent, quand ils ne sont pas en train de nous mentir. Alors, qu’avons-nous vraiment à perdre à changer de croyance, à imaginer autre chose, à faire autrement ?

Aujourd’hui, nous savons ce qui arrivera si nous continuons ainsi : réchauffement climatique, désertification, famine, exode de masse et sans doute guerre civile, violence de classe exacerbée, confiscation des ressources par ceux qui ont les armes… Un beau programme.

 Mais face au danger du Covid 19, nous avons choisi, collectivement, de nous confiner pour protéger les plus fragiles. En très peu de temps, les associations se sont organisées pour loger les personnes à la rue et des actes de solidarité fleurissent partout. L'activité mondiale a diminué et avec elle les émissions de CO2. Nous nous sommes prouvés à nous même que nous étions capables de réagir et vite.

Les soignantes et soignants, qui ont dénoncé depuis des années le manque de moyens, qui ont expliqué et réexpliqué qu'on ne peut pas organiser l'hôpital comme une entreprise, sont aujourd'hui dans une situation affreuse à cause de nous. Nous qui ne sommes pas allés manifester avec eux. Nous qui avons élu des pantins grotesques. Il n'est pas pertinent de chercher des coupables précis et de montrer du doigt. Les responsables c'est nous tous en tant que société. Nous avons détourné le regard, nous avons laissé faire. Ne recommençons pas. Promettons-nous de ne plus faire les mêmes erreurs. Organisons-nous. Protégeons-nous les uns les autres.

Faisons-le intelligemment, sans se voiler la face : il ne s'agit pas de « sauver » le monde. Personne ne porte le poids du monde sur ses épaules et nous ne sommes pas des super-héros. La position du héro exige des sacrifices. Les soignants aujourd'hui en font les frais. Ce ne sont pas des héros mais des êtres humains, qui ont besoin de moyens financiers. Des êtres humains qui devraient être partie prenante des décisions concernant l'hôpital publique. On ne peut pas s'organiser de façon humaine et viable si on laisse les commandes à des élites déconnectées de la réalité quotidienne.

Outre les soignants et soignantes, nous réalisons aujourd'hui que les personnes qui aux yeux des puissants « ne sont rien » sont en fait celles sans qui rien n'est possible : éboueurs et éboueuses, personnel d'entretien des hôpitaux, caissières et caissiers, chauffeurs routiers, livreurs et livreuses, agriculteurs et agricultrices... Un fait que nous ne pouvons plus ignorer aussi facilement qu'avant : nous ne sommes rien sans eux.

S’unir pour construire autre chose paraît donc la stratégie la plus logique aujourd'hui.

Prendre conscience de tout cela, c’est déjà faire un grand pas. Pour nourrir cette prise de conscience, pour l’alimenter, pour développer ses ramifications, il paraît nécessaire de se renseigner, d’apprendre, d’être curieux, de chercher à comprendre. Pour prendre des forces. Parce que le savoir, la réflexion et l’intelligence sont des ressources puissantes, gratuites, extensibles et transmissibles à l’infinie.

Cessons de croire aux mensonges de la méritocratie et n’ayons plus jamais honte d’être pauvres. La honte doit changer de camp.

Il est encore temps de se battre ensemble contre la privatisation de tout, de l’école, de l’hôpital, de l’eau et du vivant, ensemble contre un ultra libéralisme dévergondé qui pollue, dérègle le climat et tue massivement. Se battre ensemble pour une vie qui vaut la peine d’être vécue. Pour chacun et chacune selon les modalités qui conviennent localement. Pour tous et toutes, partout.

Pour l'instant donc, mettons à profit ce confinement. Nous sommes nombreux à avoir, enfin, du temps pour réfléchir. Que souhaitons-nous ? Que pourrons-nous faire, après ?

Je me sens bien seule et désemparée face à cet « après ». Que se passera-t-il à la sortie du confinement ? Comment pouvons-nous éviter de refaire les mêmes erreurs ? Sur nos murs, dans le monde entier, on peut lire : « we can't return to normal, because the normal that we had was precisely the problem » « No volveremos a la normalidad porque La normalidad era el problema » « Nous ne reviendrons pas à la normale, parce que notre normalité était justement le problème. »

Si on ne veut plus de ce qui était « la normale », alors que met-on en place ? Et comment ? Je n'ai pas de réponse miracle, pas de solutions toutes faites. J'ai tout au plus des pistes de réflexions. Mais je veux vous dire que je suis là. Et je veux croire que nous sommes nombreux à vouloir autre chose. Et vous ? Vous avez des idées ? Des plans ?

Aujourd'hui, on apprend, on échange, on réfléchit, on se prépare et on fomente des lendemains meilleurs. Et après ?

 

Mélanie

le 14 avril 2020

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