Je suis de gauche et j'ai besoin d'espoir

Lettre ouverte d'une électrice de gauche à celles et ceux qui représentent ses idées. Préparez-vous, organisez-vous et unissez-vous. Nous n'avons plus le temps de vous supplier de vous rassembler.

À celles et ceux qui font la gauche, 

Je suis de gauche, viscéralement. Je suis de gauche depuis toujours, pas par idéalisme mais par conviction profonde. Je suis de gauche par amour de la justice, qu'elle soit économique, sociale ou environmentale. Je suis de gauche et j'ai appris qu'en France, on ne m'offrait comme armes de survie politique que la colère ou la déception . La résignation, même. 

J'en ai assez d'être en colère. Je suis épuisée. Épuisée de m'époumoner contre des lois racistes et liberticides. Épuisée de m'insurger contre les innombrables saillies médiatiques d'hommes de pouvoir médiocres. Épuisée d'observer l'impunité dont jouissent les violeurs. Épuisée de m'habituer aux mensonges de notre président. Épuisée d'imaginer le second tour Macron-Le Pen qu'on nous prépare grossièrement depuis des mois. Je n'en peux plus du désespoir politique. 

C'est d'autant plus exténuant que les défis qui nous attendent sont énormes, et que la gauche est la mieux placée pour les affronter. C'est la gauche qui depuis des années alerte sur les dangers de la crise climatique. C'est la gauche qui avait prévu la catastrophe qui vient. C'est la gauche qui lutte contre les dérives du néolibéralisme sauvage, responsable des crises économiques qui se multiplient. C'est la gauche qui condamne le démantèlement de la santé publique, désormais incapable de faire face aux pandémies. C'est la gauche qui incarne l'espoir. 

Pourtant, politiquement, la gauche est inaudible. Les manifestations pour le climat, contre les violences policières, pour l'égalité des genres rassemblent des centaines de milliers de personnes. Mais la gauche est timide. Les injustices et la détresse explosent, et la gauche ne s'organise pas. 

Les sondages et les appels au rassemblement sont clairs: les électeurs et les électrices de gauche ont besoin d'espoir. Nous avons besoin d'une gauche solidaire, forte et unie. D'une gauche audacieuse, qui propose et qui refait rêver. D'une gauche qui fait front contre les fascismes qui montent et qui se normalisent. Bref, nous avons besoin d'une gauche à la hauteur. 

Je suis une électrice de gauche, pas une militante ni une encartée. Je n'y connais rien aux dynamiques internes des partis politiques. D'ailleurs comme beaucoup de gens de gauche, j'essaye de m'en tenir éloignée, par méfiance du pouvoir et par lassitude des luttes intestines. Ce que je sais en revanche, c'est qu'à l'aube de l'élection présidentielle, préférer la division et le silence à l'unité et à l'action, ça n'est plus seulement lâche, c'est grave. C'est un abandon politique. Un abandon de vos valeurs, un adandon de votre électorat. Surtout, un abandon des personnes les plus vulnérables de nos sociétés, celles qui sont tous les jours un peu plus broyées par les politiques actuelles. Celles qui ont déséspéremment besoin de vous.   

Je suis de gauche et je voudrais m'enthousiasmer pour l'avenir. Je suis de gauche et j'ai besoin d'espoir. Rendez-le nous.

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