Pour accueillir Greta Thunberg, un festival d'outrance et de médiocrité

La venue de la jeune activiste suédoise en France aurait pu être l'occasion d'engager une discussion nationale sur les causes de la crise climatique, et les solutions pour y remédier. Elle a été le théâtre d'une succession d'interventions politiques et médiatiques profondément désolantes.

Greta Thunberg se rend aujourd'hui à l'Assemblée Nationale. Greta Thunberg, l'adolescente qui a inspiré l'organisation de grèves climatiques partout dans le monde, rassemblant des millions de jeunes. Greta Thunberg, la jeune suédoise de 16 ans, devenue porte-parole d'une génération ne demandant qu'à être entendue avant qu'il ne soit trop tard. 

Depuis qu'elle sillonne l'Europe pour rencontrer nos dirigeants, son seul et unique objectif est de transformer l'urgence climatique en urgence politique. Greta Thunberg souhaite que la crise climatique soit traitée comme telle, qu'elle occupe le centre des débats et des préoccupations de toutes et tous. Il s'agit, après tout, de notre survie. 

Avec sa venue en France, j'aurais aimé entendre parler de justice climatique. J'aurais aimé que l'on discute de solutions concrètes pour mitiger l'urgence climatique. J'aurais voulu que l'on se focalise sur la diminution des émissions de CO2, que l'on propose des idées novatrices pour sauver la biodiversité. J'aurais aimé que l'on questionne les origines du bouleversement climatique, que l'on s'interroge sur les fondements du système qui détruit la vie sur Terre. J'aurais voulu qu'en France, on commence à transformer l'urgence climatique en urgence politique.

C'était sans compter sur la nullité d'une grande partie de notre classe politico-médiatique. 

Voilà des jours que des personnalités de droite s'acharnent sur Greta Thunberg. 

 

La NASA craint que la Terre ne se transforme en étuve, mais nos députés s'insurgent qu'une adolescente suédoise décide d'arrêter l'école.

Le mois de juin 2019 a été le plus chaud jamais enregistré, mais il est primordial de souligner que Greta Thunberg est un "gourou apocalyptique", une "fée clochette" et que "son visage n'affiche jamais la moindre empathie". 

Le permafrost fond 70 ans plus tôt que prévu, mais leur définition du courage politique, c'est de boycotter le discours d'une jeune fille de 16 ans. 

Comble de l'hypocrisie, certains prétendent vouloir écouter l'avis des scientifiques plutôt que la voix d'une jeune activiste.

Mais Greta Thunberg ne cesse de répéter qu'elle ne fait que relayer les cris d'alarme de ces mêmes scientifiques.

Mais 12 000 scientifiques germanophones, 1560 scientifiques néo-zélandais et 224 scientifiques britanniques la soutiennent ouvertement.

 Mais lorsque 15.000 scientifiques ont alerté sur l'état de notre planète, le silence de nos députés était assourdissant. 

 

Ce sont ces voix, ces chiffres, ces discours que j'aurais voulu entendre. Mais comme d'habitude, le paysage politique et médiatique a été dominé par l'outrance et la médiocrité. Parce qu'il en faut un paquet, d'outrance et de médiocrité, pour traîner une adolescente autiste dans la boue pendant des jours. C'est tellement outrancier, tellement médiocre d'utiliser l'humiliation publique d'une enfant comme distraction contre une réelle réflexion sur les origines de la crise climatique.

Et ce qui me désole le plus, c'est que ça marche. 

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