Quelques idées politiques en vogue et la nécessité de les combattre

 «Être radical, c’est saisir les choses à leur racine. (…) Cette critique aboutit à l’impératif catégorique de renverser toutes les conditions sociales dans lesquelles l’homme est un être avili, asservi, abandonné, méprisable » (*). K. Marx

capitalisme-4-1

       Sur le plan idéologique, le capitalisme et la classe qui le porte produisent avec un certain succès un ensemble   d'idées et de conceptions dans le but de tromper les masses populaires et d'anéantir toute idéologie de combat et   d'émancipation notamment celle développée par Marx et Engels. Il s'agit pour la bourgeoisie non seulement de   démoraliser la classe des travailleurs, mais surtout de la désarmer en la privant de ses instruments idéologiques   qui lui permettent de résister et de lutter efficacement contre toute sorte d'exploitation et d'oppression. Pour la   classe dirigeante, il faut absolument inculquer aux larges masses de la population que la révolution est un   formidable anachronisme, que le socialisme a définitivement échoué et que le capitalisme reste l'horizon ultime   de l'humanité. Ces idées ainsi que bien d'autres, indispensables pour perpétuer l'ordre établi, sont répandues essentiellement par les médias, les instituts de sondages, les intellectuels, les experts, les industries culturelles etc. Face à ces attaques, il est nécessaire pour toutes celles et ceux qui se battent contre le capitalisme, ennemi de l'homme et de la nature, de lutter contre cette idéologie de la classe dominante, portée et diffusée également par tous les opportunistes de « gauche » malheureusement.

La négation de la lutte des classes fait partie de ces idées répandues par la classe dirigeante. Le but ici est de remplacer ce combat politique de classe contre classe par des revendications et des actions éparpillées, isolées, corporatistes et séparées les une des autres; ce qui les rend particulièrement inefficaces. Les luttes par exemple contre les inégalités, le racisme, les discriminations, le sexisme, la destruction de notre planète, l'exclusion etc.etc. sont menées sans lien avec le capitalisme qui les produit. Celui-ci est ainsi mis à l'abri de toute critique pour mieux assurer les privilèges des puissants. Or il est illusoire de vouloir résoudre valablement ces problèmes importants sans remettre en cause le système lui-même. Car l'inégale répartition des richesses, l'écologie...sont d'abord les conséquences des rapports sociaux de classes au sein d'un système économique déterminé. Il ne faut pourtant pas être d'une grande perspicacité pour comprendre que la destruction systématique de notre planète par exemple est intimement liée à cette course effrénée au profit qui caractérise le capitalisme. On ne peut résoudre raisonnablement ces problèmes graves qu'en s'attaquant aux causes qui les engendrent et non à leurs conséquences : «plus on va parler des changements climatiques dans les médias, moins on va expliquer leurs causes et plus on va parler de leurs conséquences. Or quand on traite des causes, on peut en venir assez vite à des explications structurelles relevant de l’ordre social, et donc politique — ce qui n’est pas le cas avec les conséquences du problème (...)Tant que l’écologie ne sera pas pensée d’abord comme une lutte idéologique contre le capitalisme, elle aura toujours le souffle un peu court» (1).

L'invention par la bourgeoisie du concept de «développement durable» participe de cette même entreprise de manipulation des masses. Celui-ci est ainsi défini comme un développement qui permet «de répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de satisfaire les leurs» (2). Ce développement appelé aussi « soutenable » est créé  justement pour soutenir et faire durer un système, le capitalisme, premier et dernier responsable de la destruction de la nature. Grâce à sa puissance économique, la classe dominante impose sa vision écologique du monde : faire du profit tout en faisant croire qu’elle travaille à la sauvegarde des intérêts des générations actuelles et futures. Là encore les entreprises, petites et grandes, les gouvernements, les collectivités locales, les ONG, l’Union Européenne, l’ONU et ses institutions etc. tentent, chaque jour qui passe, de nous convaincre que le salut de notre planète passe par le développement durable. Séminaires, colloques, conférences, rencontres internationales, forums, expositions, bref des manifestations en tout genre et en tout lieu se multiplient à travers la planète pour promouvoir le développement durable. Le Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD) qui regroupe 200 entreprises internationales participe lui aussi au « développement durable par la croissance économique, l’équilibre écologique et le progrès social » (3). Global 100, un cabinet américain de conseil en investissement spécialisé dans la gestion des risques non traditionnels, sélectionne et classe les 100 multinationales les plus engagées dans le développement durable (4). Ses rapports sont publiés à l’occasion du forum économique mondial de Davos.

«L'humanitaire», un autre concept à la mode, est lui aussi instrumentalisé pour mieux cacher aux citoyens le véritable responsable des malheurs des Hommes, le capitalisme. L’humanitaire ne fait que soulager, dans le meilleur des cas, momentanément la détresse humaine. Mais quelques soient sa forme et ses acteurs, il sert souvent de prétexte et de couverture à des visées hégémoniques et impérialistes. Il est au service du capital et des classes dominantes. La plupart des ONG humanitaires dépendent financièrement de leurs propres États, des instances européennes comme le service d’aide humanitaire de la Commission Européenne (DG-ECHO) ou des institutions internationales. Faire de l'humanitaire dans un système inhumain est une illusion pour ne pas dire une absurdité (5).

L'illusion démocratique contribue également à cette gigantesque escroquerie idéologique selon laquelle en dehors de la démocratie bourgeoise point de salut. La démocratie parlementaire est présentée par les classes dominantes comme la clef de tout changement, capable de réaliser les aspirations les plus profondes de l’immense majorité de la population. Or elle n’est en réalité qu’un paravent à la domination économique et, partant, politique. La démocratie est toujours une démocratie de classe. La démocratie dans l'absolu, la démocratie en général n'existe nulle part. Ce qui existe réellement c'est la démocratie de la classe qui domine économiquement et politiquement. Elle l'utilise comme instrument idéologique pour servir ses propres intérêts. Doit-on déduire de tout cela qu'il ne faut pas utiliser le parlementarisme bourgeois ? Absolument pas. Il faut utiliser cette forme de démocratie transitoire sans pour autant exagérer le résultat final de cette participation électorale. Car les intérêts de classes sont irréconciliables. Il ne s’agit pas seulement de réformer ou d’améliorer la société capitaliste pour la rendre supportable, mais de l’abolir.

Les classes dirigeantes ont intérêt à propager les idées, les conceptions et les pratiques qui servent leurs intérêts et perpétuent leurs privilèges. Elles ont réussi à faire croire, notamment à ceux qui ont objectivement intérêt à changer radicalement leurs conditions d’existence, que la révolution appartient désormais au passé et que la fin de l’Histoire est une réalité des temps modernes. Pourtant, la révolution tant haïe par ces classes, n’a jamais été aussi légitime et aussi nécessaire que maintenant. Aucun remède ni aucune thérapie ne sont en mesure de guérir notre monde de cette maladie mortelle, le capitalisme.Toutes les demi-mesures, toutes les réformes et toutes les luttes catégorielles etc. etc., si elles ont contribué à améliorer provisoirement la situation des esclaves modernes que sont les salariés, restent insuffisantes. Continuer sur la voie tracée par une minorité d'exploiteurs capitalistes ne peut mener qu' au chaos, à la barbarie et à la destruction de l’Homme et de la nature.

Mohamed Belaali

----------------------------------------

(*) K Marx « Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel »

(1)https://www.revue-ballast.fr/jean-baptiste-comby/

(2) Définition de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le Rapport Brundtland): https://www.diplomatie.gouv.fr/sites/odyssee-developpement-durable/files/5/rapport_brundtland.pdf

(3)https://www.wbcsd.org/

(4)http://www.corporateknights.com/reports/global-100/

(5)http://www.belaali.com/article-l-humanitaire-au-service-du-capital-49296435.html

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.