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Billet de blog 3 nov. 2021

Qu'elle est jolie la république bourgeoise !

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, l'évasion fiscale, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées...

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Le 30 septembre 2021, Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, a été condamné à une année de prison ferme pour "financement illégal de campagne électorale". C'est le maximum prévu par la loi ! Rappelons que Nicolas Sarkozy a déjà été condamné en première instance le 1er mars 2021 pour "corruption et trafic d'influence» à trois ans de prison dont un ferme dans le cadre «des écoutes de Paul Bismuth". En sept mois seulement, l'ancien président de la République a été condamné deux fois à de la prison ferme dans deux affaires différentes. C'est historique ! Plusieurs autres affaires attendent encore Nicolas Sarkozy devant les tribunaux. En même temps, l'ancien chef de l'Etat a reçu d'innombrables soutiens y compris du pouvoir en place. Car dans cette république bourgeoise que certains qualifient " d'exemplaire" et "d'irréprochable", plus on est condamné pour affaires de corruption et plus on est soutenu ! On peut même gagner les élections tout en étant un homme politique corrompu jusqu'à la moelle comme ce fut le cas d'Alain Juppé ou de Patrick Balkany par exemple. Car la corruption, les scandales financiers, l'évasion fiscale, les privilèges et autres affaires, sont intimement liés au fonctionnement même du système capitaliste qui les produit et reproduit de manière permanente.

La condamnation à deux reprises de Sarkozy n'est que l'arbre qui cache la forêt. Le nombre d'hommes politiques impliqués, à un degré ou à un autre, dans les affaires est impressionnant. Il est tout simplement impossible d'établir une quelconque liste exhaustive des scandales politico-financiers qui secouent régulièrement tous les échelons de l'Etat. Sans remonter jusqu'aux diamants centrafricains de Giscard, on peut citer à titre d'exemples seulement quelques noms de dirigeants politiques empêtrés, à un titre ou à un autre, dans des affaires : Alain Carignon, Alain Juppé, Jérôme Cahuzac, Patrick Balkany, Claude Guéant, Serge Dassault,Thomas Thévenoud, François de Rugy, Richard Ferrand, Jean-Paul Delevoye, Charles Pasqua, François Léotard, François Fillon, Jacques Chirac etc. etc. Il ne s'agit là que de quelques exemples qui ne doivent pas masquer le caractère récurrent et structurel de la corruption qui règne dans les plus hautes sphères de l’État. Les institutions de cette république bourgeoise non seulement sont complices de ces agissements, mais permettent et favorisent la multiplication des opportunités de corruption et des scandales en tout genre. Et toutes les déclarations et les gesticulations autour de "la moralisation de la vie publique", de "la nécessité d’une lutte implacable contre les dérives de l’argent, de la cupidité et de la finance occulte", de "la transparence de la vie publique", de "la lutte contre la grande délinquance économique et financière" etc. ne sont que des mensonges pour leurrer et endormir les citoyens (1).

Même lorsqu'ils sont condamnés, les puissants ne sont pour ainsi dire (presque) jamais incarcérés. Les lois sont faites de manière telle qu'ils arrivent à échapper à la prison. Il faut dire aussi que parfois ceux qui les écrivent ou sont censés veiller à leur application sont les mêmes qui les détournent. Ainsi, Nicolas Sarkozy, Françis Fillon, Jérome Cahuzac par exemple, tous condamnés à de la prison ferme, n'ont pas été incarcérés. Ajoutons que malgré toutes les preuves apportées par les enquêtes journalistiques ou par le Consortium international des journalistes d’investigation sur la fraude et l'évasion fiscale publiés depuis 2013 comme (Offshore Leaks (2013), Lux Leaks (2014), Panama Papers (2014), Bahama Leaks (2016), Football Leaks (2016), Money Island (2017), Malta Files (2017), Paradise Papers (2017), Dubaï Papers (2018), FinCEN Files (2020), OpenLux (2021) Pandora Papers (20121), les hommes politiqués concernés comme Jean-Marie Le Pen(2)... Dominique Strauss-Kahn, entre autres, restent intouchables. Alors que les paradis fiscaux continuent à prospérer un peu partout dans le monde à la grande satisfaction des puissants, Nicolas Sarkozy, ironie de l'histoire, nous disait en 2009 " il n' y a plus de paradis fiscaux " et "Nous avons mis fin au scandale des paradis fiscaux" (2) !

On peut adopter les lois que l’on veut contre la corruption, l'évasion fiscale, les affaires et les privilèges, mener toutes les enquêtes possibles, on peut même diminuer et limiter leur importance, mais on ne peut pas les éliminer. Car leur existence et celle du capitalisme sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que l’on ne peut supprimer l’une sans éliminer l’autre. Les lois et les mesures prises pour lutter contre la corruption ne sont que des paravents derrière lesquels la bourgeoisie dissimule ses forfaits. Le problème n’est donc pas l’existence de la corruption, des scandales financiers, des affaires et autres privilèges, mais celle du capitalisme qui les engendre. Il y a eu dans le passé des scandales, il y a aujourd’hui des scandales et il y aura dans l’avenir d’autres scandales tant que ce système existe. Le véritable scandale, c’est le capitalisme lui-même.

Mohamed Belaali

Le Blog de Mohamed Belaali

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(1)https://www.elysee.fr/francois-hollande/2013/04/10/declaration-de-m-francois-hollande-president-de-la-republique-sur-les-decisions-prises-par-le-gouvernement-en-matiere-de-moralisation-de-la-vie-politique-et-de-lutte-contre-la-fraude-fiscale-a-paris-le-10-avril-2013

(2)https://www.lopinion.fr/video/actu/quand-nico

las-sarkozy-se-felicitait-en-2009-fin-paradis-fiscaux-100139

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