La France sous le régime de Macron

Dans la France d'aujourd'hui, la prise de pouvoir par la révolution est écartée. Les grands partis de gauche et les syndicats préfèrent se plier aux règles du jeu parlementaire. Ils témoignent de l'ampleur de l'intégration capitaliste. Ils sont réduits à gérer conjointement avec le pouvoir un capitalisme qui les a totalement domestiqués...

 

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Dès son élection en 2017, Macron annonçait clairement dans son discours au Congrès qu'il était déterminé à incarner le rôle d'un président qui va user de tous les pouvoirs que lui confère la Constitution (1). Précisons que celle-ci, qui porte encore dans ses entrailles les stigmates de l'Ancien régime, attribue au président de la République des pouvoirs très étendus (2). Et si de surcroît le président dispose d'une majorité à l'Assemblée nationale, ses pouvoirs deviennent tout simplement exorbitants. Sur le plan pratique et politique, le président de la République possède quasiment tous les pouvoirs. Il concentre ainsi entre ses mains non seulement le pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, mais aussi l'appareil répressif de l’État (armée, police, tribunaux, prison etc.). Sur le plan idéologique, malgré leur apparente autonomie, il détient également les grands médias, les instituts de sondage, le système scolaire etc. Car il est le représentant d'une classe sociale, la bourgeoisie, dont le président n'est en réalité qu'un servile serviteur. Sa mission fondamentale est d'assurer l'ordre de cette classe et faire prospérer ses affaires économiques « quoi qu'il en coûte».

Pour servir ses maîtres, Macron va user et abuser de tous ces pouvoirs. Immédiatement après son intronisation, il lance des attaques rapides, brutales et historiques contre tous les progrès sociaux et politiques arrachés de haute lutte par des générations successives. Il faut dire aussi que ces progrès étaient déjà bien malmenés par les gouvernements précédents. Mais pour Macron et les siens, il faut aller au bout de ce qui reste encore des services publics, de la protection sociale, des minima sociaux, du droit du travail, de la sécurité de l'emploi etc.

Sur le plan des libertés individuelles et collectives, Macron installe, à travers la législation et la technologie la plus sophistiquée, la surveillance et le contrôle généralisés de la population par la police. Jamais celle-ci n'a été aussi bien dotée en moyens technologiques modernes que sous Macron : reconnaissance faciale, vocale et d’odeur, algorithmes prédictifs, drones, vidéosurveillance, caméras-piétons, "Mobil'IT", analyse automatisée des réseaux sociaux etc (3).

La rationalité technologique au service de la répression ! En s'appropriant la technologie, le régime de Macron s'organise pour dominer toujours plus efficacement.

Le 2 décembre 2020, trois décrets renforçant le Code de la sécurité intérieure sur le traitement des données ont été publiés. Ils étendent considérablement les possibilités de fichage des opposants politiques et de leurs proches (4). La répression et la domination envahissent ainsi toutes les sphères de l'existence privée et publique.

Et lorsque les conflits sociaux éclatent et s'aiguisent, Macron n'hésite pas à recourir à l'appareil répressif de l’État. Et plus la contestation est profonde et menace l'ordre établi, plus la violence devient intense et brutale. Le Mouvement des Gilets jaunes est un exemple éloquent à cet égard. Il faut terroriser les contestataires par des châtiments corporels d'un autre âge : mains arrachées, yeux crevés, visages défigurés, crânes fracassés etc (5). L'ordre bourgeois doit régner !

Mais cela ne suffit pas. Il faut en plus de cette répression sauvage et de ce processus destructeur du progrès social et des libertés fondamentales toujours en cours, enrichir encore et encore cette classe qui a porté brutalement Macron au pouvoir. Un véritable hold-up va être organisé sur la richesse de la nation. L'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est supprimé et remplacé par un simple impôt sur la fortune immobilière (IFI). Celui-ci, contrairement à l'ISF, ne prend pas en compte les  placements financiers, l'épargne et les autres valeurs mobilières (6).

Un autre cadeau de Macron aux plus riches est l'instauration de la « Flat Tax », impôt forfaitaire de 30% sur les revenus du capital : «Les 1% les plus aisés concentreront 44% du gain permis par la mise en place d'une flat tax sur les placements financiers, selon les estimations du gouvernement transmises au rapporteur de la Commission des finances du Sénat. À cela, il faut ajouter les 3,6 milliards d'euros d'économie que cette frange de la population réalisera grâce à la fin de l'ISF» (7).

L'impôt sur les bénéfices des entreprises va passer de 33 % à seulement 25 % en 2022.

La proposition de loi relative à la sécurité globale prévoit dans son titre II le renforcement du rôle du «secteur de la sécurité privée» ouvrant ainsi la voie à la privatisation et à la marchandisation de la police (8). C'est un énorme cadeau offert par Macron aux patrons des entreprises de sécurité privées.

D'autres décisions encore plus violentes pour les plus démunis viendront allonger cette liste de mesures en faveur des puissants. On ne peut rien donner aux uns sans prendre aux autres. La misère sociale et ses terribles conséquences sur les masses des travailleurs ne feront que croître. Que faire ?

 

Dans la France d'aujourd'hui, la prise de pouvoir par la révolution est écartée. Les grands partis de gauche et les syndicats préfèrent se plier aux règles du jeu parlementaire. Ils témoignent de l'ampleur de l'intégration capitaliste. Ils sont réduits à gérer conjointement avec le pouvoir un capitalisme qui les a totalement domestiqués alors même que la situation des masses des travailleurs ne cesse de se dégrader. Le Mouvement des Gilets jaunes est aussi, dans une certaine mesure, une révolte contre cette attitude des directions des partis et des syndicats. Dès le début de cette immense colère populaire, ces directions lui ont honteusement tourné le dos. Mais le Mouvement malgré sa grandeur n'a jamais réussi réellement à se structurer, même s'il a senti la nécessité de s'organiser (Assemblée des assemblées), pour pouvoir mener une véritable lutte politique. L'exemple des Gilets jaunes comme d'ailleurs celui de mai 1968, entre autres, montrent bien que sans une direction vraiment révolutionnaire déterminée à assumer une lutte de classe contre classe, aucun changement radical capable de renverser toutes les conditions sociales n'est possible. Les réformes économiques, sociales et politiques, aussi nécessaires soient-elles, ne font en dernière analyse que perpétuer l'asservissement général engendré par le système.

 

Mohamed Belaali

Le Blog de Mohamed Belaali

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(1)https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2017/07/03/discours-du-president-de-la-republique-devant-le-parlement-reuni-en-congres

(2)https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur#titre3

(3)https://www.laquadrature.net/2020/11/19/la-technopolice-moteur-de-la-securite-globale

(4) https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042607323

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042607387

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042607266

 

(5)http://www.belaali.com/2019/11/gilets-jaunes-une-annee-de-combat-et-d-espoir.html

(6)https://www.journaldunet.fr/patrimoine/guide-des-finances-personnelles/1194867-ifi-2021-calcul-seuil-bareme-de-l-impot-sur-la-fortune-immobiliere/

(7)https://www.latribune.fr/vos-finances/impots/fiscalite/flat-tax-ifi-jackpot-pour-les-1-les-plus-riches-755922.html#:~:text=Le%20rapport%20pr%C3%A9cise%20que%20les,euros%20par%20an%20par%20m%C3%A9nage.

(8)https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3452_proposition-loi.pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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