Le crépuscule de l'Union européenne

L'invasion du Nord de la Syrie par la Turquie a mis au grand jour l'impuissance de l'Union européenne. Pendant que le Sultan Erdogan massacre les Kurdes syriens, trahis par Donald Trump, l'Union ne fait qu'aboyer. Et comme dit un proverbe oriental «le chien qui aboie ne mord pas»

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L'invasion du Nord de la Syrie par la Turquie a mis au grand jour l'impuissance de l'Union européenne. Pendant que le Sultan Erdogan massacre les Kurdes syriens, trahis par Donald Trump, l'Union ne fait qu'aboyer. Et comme dit un proverbe oriental «le chien qui aboie ne mord pas». Ses Etats membres se sont simplement engagés à «adopter des positions nationales fermes concernant leur politique d’exportation d’armements vers la Turquie» (1) , voilà qui va effrayer et arrêter Erdogan dans son offensive militaire ! L'Europe est ainsi réduite à assister en spectatrice, une fois encore, à ce conflit majeur qui déchire le Moyen-Orient. Elle se contente honteusement de verser des millions à Erdogan pour empêcher les réfugiés victimes de la guerre de venir frapper à sa porte. Les crises politiques récentes et anciennes ont démontré avec éclat que l'Union européenne telle qu'elle à été construite reste un acteur négligeable sur la scène internationale. Tiraillée entre les intérêts de sa propre bourgeoisie et son allégeance servile aux Etat-Unis, la vieille Europe ne sait plus sur quelle pied danser. Les raisons de cette impuissance et cette décadence son nombreuses. En voici quelques unes des plus importantes.

L'Union européenne est d'abord une construction non démocratique et toutes les institutions qui gravitent autour d'elle sont un exemple éloquent de ce déni de démocratie. L'Union européenne a systématiquement rejeté avec force et mépris la volonté des peuples exprimée démocratiquement à plusieurs reprises. Les peuples danois, français, néerlandais et irlandais ont rejeté par référendum le traité de Maastricht et le traité de Lisbonne en 1992, en 2005 et en 2008. Mais cette volonté populaire a tout simplement été ignorée. Sa réaction épidermique et agressive contre les résultats du référendum du 5 juillet 2015, où le peuple grec a rejeté par une majorité écrasante (61,31 %) les nouvelles mesures d'austérité, montre combien il lui est insupportable d’accepter le moindre processus permettant aux peuples de s'exprimer. Tous les référendums ont été perdus par l'Union européenne. Dès qu'elle donne la parole aux peuples, la réponse est invariablement la même : NON ! 

La plupart des décisions de l’Union européenne sont prises dans l’ombre pour ne pas dire dans l’obscurité la plus totale. Les négociations qu’elle a menées avec les États-Unis pour conclure un accord de libre échange (Trans-Atlantic Free Trade Agreement ou TAFTA) ou celles menées avec le Canada (Le Comprehensive Economic and Trade Agreement ou CETA) sont, entre autres, des exemples éloquents de cette opacité. Les intérêts qu’elle défend sont en totale contradiction avec ceux des peuples. L’ Union se présente ainsi comme un pouvoir indépendant et au-dessus des citoyens. Elle est l’ennemie des peuples et de la démocratie. La démocratie du capital reste un concept creux sans contenu réel utilisé par la classe dominante comme instrument idéologique au service exclusif de ses propres intérêts.

A ce fonctionnement non démocratique, s'ajoutent des politiques économiques menées par l'Union européenne communément appelées politiques d'austérité : baisse des coûts salariaux, des dépenses publiques, du pouvoir d'achat, lutte contre l'inflation, privatisation, déréglementation du marché du travail etc. Il s'agit en fait d'une vaste escroquerie dont l'objectif consiste, à travers notamment des mécanismes monétaires et budgétaires complexes, à confisquer les richesses des peuples pour les transférer aux plus riches. Les conséquences de ces politiques, non seulement sont dramatiques pour les plus démunis et se répercuteront probablement sur plusieurs générations, mais n'ont pas permis à l'Europe de sortir du marasme économique dans lequel elle se trouve aujourd'hui. Une comparaison rapide des taux de croissance depuis 2009 avec les autres puissances économiques montre que l'Europe reste la seule zone de décroissance : Chine +139%, Inde +96%, Etats-Unis +34%, Europe -2% ! (2). Les prévisions pour 2019 et 2020 restent sombres. Selon la Commission européenne «Les prévisions concernant le PIB de l'UE restent inchangées, à 1,4 % en 2019 et 1,6 % en 2020» (3).

Les citoyens européens notamment à l'Est se désespèrent de plus en plus des cette situation économique désastreuse. Ces pays qui rêvaient autrefois de la prospérité de l'Ouest, déchantent aujourd'hui et se jettent, trompés par leurs propres bourgeoisies, dans les bras des régimes autoritaires et fascisants. La Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie, la Bulgarie, la Pologne, la Lettonie mais aussi l’Autriche ont étalé au grand jour leur désaccord avec Bruxelles en refusant de signer à Marrakech le Pacte mondial de l’ONU sur les migrations s'alignant de facto sur la position américaine (4). Le groupe de Visegrad constitué de quatre pays d’Europe centrale ( la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie) assume ouvertement son hostilité à l'Union européenne et se sent plus proche de Washington que de Bruxelles (5). 

Un autre exemple, parmi tant d'autres, montrant que l'Europe ne fait pas le poids face à la puissance américaine, les relations de l'Union européenne avec l'Iran. L'Europe se comporte vis à vis des Etats-Unis concernant l'Iran comme le vassal envers son seigneur. Dès que Trump s'est retiré de l'accord nucléaire iranien le 8 mai 2018 en rétablissant du même coup les sanctions contre la République Islamique d’Iran, les entreprises européennes ont immédiatement quitté ce pays de peur de se voir refuser l'accès au marché américain. Précisons également que les Etats-Unis sont le seul pays au monde qui disposent d'un outil juridique, économique et diplomatique qui leur permet de sanctionner toutes les entreprises qui vont à l'encontre de leurs intérêts ; c'est l'extraterritorialité du droit américain. Cette guerre économique contre l'Iran sanctionne en fait l'impuissance de l'Union européenne malgré la gesticulation de ses dirigeants (6).

L'élargissement de l'OTAN aux pays de l'Est dont le seul objectif est de s'approcher le plus possible de la Russie, montre à quel point l'Europe, pour la défense de ses citoyens, est soumise au bon vouloir des américains. Mieux encore, l'invasion du Nord de la Syrie par la Turquie (membre de l'OTAN) pour écraser les kurdes avec l'aval des américains et sans tenir aucunement compte de l'Europe, est un signe concret montrant que les Etats-Unis sont loin de vouloir envoyer leurs GI mourir pour l'Europe. Macron parle de faute lourde de l'OTAN : «Je considère que ce qui s’est passé depuis plusieurs jours est une faute lourde de l’Occident et de l’Otan dans la région et cela affaiblit notre crédibilité pour trouver des partenaires sur le terrain qui se battront à nos côtés en pensant qu’ils sont protégés durablement et ça interroge aussi le fonctionnement de l’Otan» (7) . Jacques Attali va encore plus loin en affirmant que «L'Otan est mort. Nous sommes seuls. Les Américains ne risqueront plus la vie d'un GI sur le sol européen» (8) .

Une construction non démocratique, totalement dépendante de l'impérialisme américain, qui mène des politiques économiques exclusivement au service des plus riches, quasi inexistante sur la scène internationale, voilà à quoi ressemble l'Union européenne aujourd'hui. Il est donc grand temps de commencer l'édification d'une autre Europe, celle du progrès, de la prospérité et de la paix entre les peuples. Il faut briser cette construction méprisante et arrogante qui nous condamne à l'austérité perpétuelle. Il est urgent de changer de bord et de marcher vers la construction d'une Europe nouvelle.

Mais les contradictions entre les intérêts des peuples et ceux des institutions européennes n’exploseront pas d’elles-mêmes. Il faut que les peuples de l'Europe prennent conscience de l'urgence du changement. Cependant même la conscience la plus lucide, reste impuissante tant qu’elle ne s’appuie pas sur des forces sociales organisées et déterminées à mener ce combat jusqu’à son terme. Seule la classe ouvrière, négation vivante de l’ordre établi de part sa position dans le processus de production, a objectivement intérêt à se préparer à cette lutte que lui impose le capital. Même laminée par le chômage et étranglée par la bureaucratie des directions syndicale, cette classe n’a d’autres choix que de se dresser contre la dictature du capital si elle ne veut pas que sa situation matérielle déjà dégradée ne s’aggrave encore davantage. Mais ce combat de longue haleine ne peut-être mené efficacement que dans l’unité de l’ensemble des travailleurs.

Mohamed Belaali

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(1)https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/14/syrie-l-union-europeenne-condamne-l-operation-militaire-turque_6015457_3210.html

(2)https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/croissance-depuis-2009-chine-139-inde-96-etats-unis-34-europe-2-809418.html

(3)https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_19_3850

(4)http://www.rfi.fr/europe/20181209-pacte-onu-migrations-marrakech-desengagement-ue-canada-trump

(5) https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/12/le-groupe-de-visegrad-allie-de-donald-trump-en-euro

Voir aussi : https://visegradpost.com/fr/2016/10/24/duda-et-orban-contre-le-sovietisation-de-bruxelles/

(6)https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/DENEAULT/58987

(7)https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN1WX1SI-OFRTP

(8) https://mobile.francetvinfo.fr/replay-radio/8h30-fauvelle-dely/video-offensive-turque-en-syrie-l-otan-est-mort-estime-jacques-attali_3646939.html#xtref=android-app://com.google.android.googlequicksearchbox/https/www.google.com

 

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