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Billet de blog 30 août 2021

Comparaison entre le mouvement des Gilets jaunes et celui des anti-passe sanitaire

Samedi après samedi, les manifestations contre le passe sanitaire se succèdent et se ressemblent. On dirait que c'est le Mouvement des Gilets jaunes qui se reproduit. Mais comme tout le monde le sait, l'histoire ne se répète pour ainsi dire jamais à l'identique.

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Samedi après samedi, les manifestations contre le pass sanitaire se succèdent et se ressemblent. On dirait que c'est le Mouvement des Gilets jaunes qui se reproduit. Mais comme tout le monde le sait, l'histoire ne se répète pour ainsi dire jamais à l'identique. Si les ressemblances entre le mouvement actuel et celui des Gilets jaunes sont nombreuses, ils restent néanmoins profondément différents.

L'importance et l'originalité du Mouvement des Gilets jaunes résident d'abord dans son existence même. Il s'agit d'une immense colère contre la situation économique et sociale d'une large frange de la population. C'est une révolte contre cette politique de paupérisation ultra-libérale menée tambour battant par les gouvernements successifs. La radicalité du Mouvement n'est que le corollaire de la brutalité des politiques économiques et sociales imposées par la minorité d'exploiteurs à l'immense majorité de la population. C'est un rejet massif non seulement de ces politiques, mais aussi du président de la République serviteur zélé de la classe dominante. C'est une magnifique résistance à l'une des plus brutales et des plus féroces bourgeoisie au monde.

La révolte des Gilets jaunes conteste toute la politique du régime macronien alors que le mouvement anti-pass ne porte que sur un aspect de cette politique à savoir la politique sanitaire. Le combat des Gilets jaunes n'est pas seulement pour améliorer momentanément les conditions d’existence des travailleurs, des salariés, bref de tous les exploités pour rendre la société capitaliste supportable, mais de lutter pour une autre société : "Conscients que nous avons à combattre un système global, nous considérons qu'il faudra sortir du capitalisme" (1). Au-delà des revendications économiques légitimes, la lutte des Gilets jaunes est un combat politique de classe contre classse. "Macron démission" scandent les manifestants tous les samedis. Dès les premières manifestations, les Gilets jaunes sont allés crier leur colère et leur indignation sur les lieux même du pouvoir. "Emmanuel Macron oh tête de c. on vient te chercher chez toi" chantaient à pleins poumons les Gilets jaunes. Leur combat ne se limite donc pas seulement à des revendications immédiates mais s'attaque aussi aux conditions dans lesquelles les injustices de classe se reproduisent. Les Gilets jaunes ont compris que derrière cette injustice et cette dégradation générale des conditions de vie que subissent les classes populaires, se cache la classe des oppresseurs qui a hissé brutalement Macron à la tête de l'Etat. "Macron, robin des rois", "président des riches" ou encore "Rends l’ISF d’abord !" clament les Gilets jaunes.

Le combat des Gilets jaunes est donc à la fois économique, social et politique. Le Mouvement anti-pass, tout en s'opposant à l'autoritarisme de Macron, a mis en exergue parmi ses priorités une conception égoïste de la liberté. Point ici de justice sociale, de pauvres, de riches et de leur affrontement."Liberté, liberté" scandent les manifestants. Il s'agit en fait de la liberté individuelle opposée à celle de la société. Comme disait Marx c'est "la liberté de l'homme considéré comme monade isolée, repliée sur elle-même. (,,,) c'est-à-dire un individu séparé de la communauté, replié sur lui-même, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant a son arbitraire privé.(...). Elle fait voir à chaque homme, dans un autre homme, non pas la réalisation, mais plutôt la limitation de sa liberté" (2).

Comme avec les Gilets jaunes, les directions syndicales ont assisté, encore une fois, en spectratrices au Mouvement anti-pass. Elles se sont contentées de dénoncer le pass sanitaire par des déclarations et des communiqués laissant le soin à leurs militants de participer à titre personnel aux manifestations. Toutefois ici et là, des syndicalistes, des unions locales et des fédérations sont présents dans les manifestations avec leurs propres mots d'ordre : contre le pass sanitaire mais aussi la nécessité de la vaccination, de la levée des brevets ou encore les moyens pour l'hôpital public. Mais cela ne suffit évidemment pas à affronter l'extrême droite et les courants obscurantistes de tout genre revigorés par la crise du capitalisme et qui instrumentalisent la défiance, la peur et la colère d'une partie de la population contre la gestion irresponsable et criminelle de la pandémie par le gouvernement. A l'inverse du Mouvement des Gilets jaunes, certains leaders d'extrême droite comme François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan ou encore Florian Philippot ont rapidement et facilement pris leur place dans les manifestations actuelles.

La base des centrales syndicales doit lutter contre ses propres directions pour lui imposer un plan de bataille unitaire avec celles et ceux qui tous les samedis luttent non seulement contre le pass-sanitaire, les idées d'extrême droite, mais aussi contre la politique du pouvoir en place. Il faut que le mouvement ouvrier pèse de tout son poids et prenne la direction de ces manifestations afin de les orienter vers un combat politique et non seulement sanitaire.

Le Mouvement anti-pass ne semble pas, pour l'instant, inquièter outre mesure Macron contrairement aux Gilets jaunes qui ont osé défier son pouvoir quasi-monarchique et l'ont même, un moment, fait vaciller. Effrayés par ce soulèvement populaire, Macron et la classe dirigeante n'ont pas hésité à mener une véritable guerre contre les Gilets jaunes. Même l'armée a été appelée à la rescousse. Les Gilets jaunes sont probablement le Mouvement le plus réprimé dans l'histoire récente de la France :

  • 2 décès,

  • 24 éborgné·es,

  • 5 mains arrachées (3),

  • Des milliers de blessés,

  • Une violence judiciaire inédite.

Le Mouvement des Gilets jaunes dépasse le cadre étroit des revendications spécifiques contrairement à celui des anti-pass. Il s'inscrit dans une perspective beaucoup plus large, celle d'un combat contre les injustices de classe et la misère sociale.

Mohamed Belaali

Blog M Belaali

(1)https://www.giletsjaunes-coordination.fr/wp-content/uploads/2019/06/ada-appel-de-la-2e-assembleee-des-assembleees-des-gilets-Jaunes.pdf

(2)https://www.marxists.org/francais/marx/works/1843/00/km18430001c.htm

(3)https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan

voir également l'étude menée auprès des CHU de France et publiée dans la revue scientifique «The Lancet» montre une forte hausse du nombre de personnes éborgnées avec les LBD depuis la révolte des Gilets jaunes : https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(19)31807-0/fulltext )

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