COVID-19 : ACCALMIE OU ILLUSION ?

Six mois après le début de la pandémie dans notre pays, le 02 mars dernier, le peuple sénégalais aurait tant aimé être convaincu de cette accalmie dans la progression de la pandémie, dont les autorités gouvernementales font état.

Bilan de la gestion du COVID-19, après six mois, au Sénégal Bilan de la gestion du COVID-19, après six mois, au Sénégal

Six mois après le début de la pandémie dans notre pays, le 02 mars dernier, le peuple sénégalais aurait tant aimé être convaincu de cette accalmie dans la progression de la pandémie, dont les autorités gouvernementales font état. Et ce, d’autant plus, qu’elle n’aurait été que la suite logique du conseil des ministres du 05 août 2020, qui avait décidé d’œuvrer pour une application plus diligente des mesures barrières. 

MOTIFS POSSIBLES DE SATISFACTION

Il est indéniable, que le renforcement du respect des gestes barrières a coïncidé, au niveau des statistiques officielles, tout au moins, avec une légère baisse de nombre de cas positifs et de décès ainsi qu’une augmentation des cas de guérison par rapport au mois de Juillet. 

 

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Mieux, malgré l’augmentation, en août, du nombre de tests, le taux de positivité a décru de 10,94% à 8,19%. Cela devrait constituer un motif d’encouragement pour tous ceux, qui sont en train de se battre pour stopper ou ralentir la progression de la pandémie.

Cela est d’autant plus surprenant qu’on s’attendait plutôt à une explosion du nombre de cas et de décès, en raison de deux évènements survenus fin juillet – début août, à savoir la fête de la Tabaski et les funérailles d’une éminente figure religieuse nationale.

La Tabaski, est en effet connue comme étant un instant privilégié donnant lieu à d’innombrables regroupements familiaux dans toutes les localités, à travers le pays, tandis que les funérailles du saint homme ont drainé des foules immenses de disciples, dont certains venus de la sous-région ouest-africaine.

HIATUS ENTRE LES CHIFFRES ET LA RÉALITÉ

Au moment où les chiffres officiels indiquaient une amélioration de la situation épidémiologique, on a constaté une flambée des cas communautaires, disséminés sur toute l’étendue du territoire national et un nombre constant de cas graves variant entre 40 et 50.

Cela montre toutes les limites des statistiques annoncées quotidiennement, qui peinent à renseigner sur l’évolution réelle de la pandémie. On note une persistance et même une aggravation des zones d’ombre, en raison de la parcimonie avec laquelle, les tests sont faits depuis l’adoption des nouveaux algorithmes de dépistage.

Dans ces conditions, la décentralisation du dépistage, annoncée en grandes pompes, même si elle a le mérite de la proximité, ressemble, à s’y méprendre, à du bluff, car ne permettant pas d’augmenter la quantité de tests, ni de raccourcir les longs délais de prélèvements, dans les grandes villes, tout au moins. 

Ce faisant, on cherche surtout à masquer le refus délibéré (ou l’incapacité) de tester certains cas-contacts abusivement catalogués comme devant être forcément négatifs, sous prétexte, qu’ils ne présenteraient aucune co-morbidité ou seraient âgés de moins de 50 ans.

Cette stratégie irrationnelle se traduit par un relâchement dans le traçage des cas-contacts et dans le diagnostic post-mortem de certains décès dus à la COVID-19, accentuant les risques de propagation à large échelle du coronavirus.

De plus, les insuffisances dans le traçage des contacts couplées au nombre indéterminé de cas asymptomatiques rendent hasardeuse toute tentative de calcul du taux de reproduction ou nombre moyen de cas secondaires provoqués par une personne infectée.

Il y a également d’autres facteurs qui remettent en cause la représentativité nationale des chiffres annoncés quotidiennement par le gouvernement. La tendance baissière du nombre de cas positifs est directement corrélée à celle du nombre de tests réalisés, le taux de positivité tournant autour de 10% (hormis la réserve faite précédemment pour le mois d’août). Il est également fait état de refus de dépistage dans certaines régions du pays traduisant la persistance du déni de la COVID-19.

POUR UN OBSERVATOIRE DES DONNÉES ÉPIDÉMIOLOGIQUES

En définitive, même s’il faut saluer une amélioration de la compliance des citoyens, concernant l’application des gestes-barrières, grâce aux mesures dissuasives initiées par le gouvernement, rien ne prouve que la situation épidémiologique se soit améliorée.

L’exigence de rigueur scientifique doit se faire plus pressante dans nos pays, non seulement, à cause des lacunes dans la détermination des causes de décès, mais aussi du fait des nombreuses formes asymptomatiques rencontrées chez les jeunes, qui constituent l’écrasante majorité de la population. 

C’est pour cette raison, qu’il est urgent de mettre en place un observatoire indépendant de suivi des données épidémiologiques de la pandémie, en y associant les communautés.

Toujours dans la même veine, on ne peut que saluer l’annonce faite par la Directrice Générale de la Santé, du lancement imminent d’une enquête de séroprévalence, qui en combinaison avec d’autres indicateurs et un échantillonnage judicieux, permettra de jauger du niveau réel de la prévalence de la COVID-19, dans notre pays.

C’est seulement alors, que nous pourrons accepter sans rougir, les compliments du think tank américain, dénommé Centre d’études stratégiques et internationales, rapportés par le magazine américain USA Today[i].

 

Dr Mohamed Lamine LY

Médecin spécialisé en santé publique

 

 

[i] Senegal's quiet COVID success: Test results in 24 hours, temperature checks at every store, no fights over masks (article paru dans l’édition du 06 septembre 2020 de USA Today)

 

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