LA CHUTE DU MUR DE BERLIN N’A PAS RENDU NOTRE PLANÈTE PLUS SÛRE.

La disparition du mur de Berlin a servi de révélateur à l’hégémonie désastreuse de l’impérialisme occidental sur un monde devenu unipolaire.

Trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin Trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin

Construit en août 1961, le mur de Berlin était considéré par les dirigeants est-allemands, comme solution ultime pour endiguer les menées subversives des puissances occidentales contre le premier ”état socialiste sur le sol allemand”.

Qu’aurait été la physionomie du monde après la deuxième guerre mondiale, sans ce mur, tant décrié par la propagande occidentale, qui le caricaturait comme un rideau de fer, retenant les peuples est-européens en otage ?

Les pays africains et asiatiques auraient-ils pu se libérer de la tutelle coloniale ?

Il est permis d’en douter et cela, d’autant plus qu’aujourd’hui, trente après sa chute, censée inaugurer une ère de paix et de concorde, les peuples du monde entier cherchent de nouveaux remparts contre les conséquences néfastes des politiques impérialistes.

L’ALLEMAGNE TOUJOURS DIVISÉE

30 ans après la chute du mur de Berlin, l’Allemagne reste plus que jamais divisée. Si les familles se sont retrouvées et si les citoyens sont théoriquement devenus plus libres de leurs mouvements, les inégalités sociales entre classes et groupes de populations persistent se sont même accentuées.

On note, par exemple, que comparativement aux anciens Länder de l’Ouest, les citoyens de l’ex-RDA souffrent davantage de chômage, disposent de moins de revenus et sont moins pourvus en équipements automobiles.

Pour ce qui est de l’héritage culturel et idéologique, on note une résurgence de valeurs conservatrices, voire réactionnaires, notamment sur les questions touchant à la religion, au statut de la femme et à l’amitié entre les peuples.

On a également assisté à une remise en cause de certains avantages, dont bénéficiaient les citoyens est-allemands, à savoir la gratuité des soins, la scolarité obligatoire de dix ans pour tous, l’emploi et le logement garantis à tous, sans oublier le maintien des prix des denrées de première nécessité à un très faible niveau...

Depuis la chute du mur, on a pu observer les difficultés énormes rencontrées par les femmes est-allemandes à trouver du travail ou à conserver leurs emplois, victimes de préjugés machistes, les qualifiant de moins productives. Il y a aussi eu la suppression du congé annuel de maternité (Babyjahr), privant beaucoup de femmes en âge de procréer des joies de la maternité et responsable d’une baisse importante de la fécondité, au lendemain de la réunification allemande.

Des phénomènes, jusque-là inconnus ou très marginaux, typiques des sociétés capitalistes, ont fait leur apparition comme les mendiants, les sans-abris, les agressions racistes par les skinheads et autres groupes racistes...

Si le coût social de la réunification, tant glorifiée, a été aussi élevé, c’est bien parce qu’elle a été pilotée de bout en bout par la bourgeoisie ouest-allemande. Pour parvenir à ses fins, elle a mis sur pied une agence fiduciaire dénommée Treuhandanstalt, qui chapeautait 8.500 entreprises industrielles, 22.000 sociétés de service (banques, assurances, commerces, maisons d'éditions, etc.), et 1,7 million d'hectares de terres agricoles et forestières.

Sans l’aval des citoyens et des élus vivant dans les nouveaux Länder de l’Est, qui n’ont pas été consultés,  elle a procédé à une privatisation sauvage des biens du peuple est-allemand (ex-RDA), après la réunification du pays.

La gestion opaque de cet organisme conçu par les esprits retors de la CDU va donner lieu à des pratiques douteuses, permettant aux amis politiques de Kohl, de grands industriels ouest-allemands, de réaliser de somptueuses transactions. Il y a également eu des scandales, de triste mémoire, dont le plus emblématique aura été le dossier Elf-Leuna, qu’instruira la célèbre juge Eva Joly.

Refusant d’entendre les recommandations pertinentes de personnalités comme Oskar Lafontaine, les politiciens ouest-allemands choisiront de faire table rase du passé est-allemand et faire une marche forcée vers l’annexion pure et simple de l’ex-RDA.

LA MONTÉE DES PÉRILS AU NIVEAU GLOBAL

Que valent alors les leçons d’humanisme et de morale de la part de ces pays occidentaux, qui n’ont cessé de diaboliser le système est-allemand présenté comme une dictature infâme ?

Force est de constater que ces champions autoproclamés des libertés et de la défense des droits de l’homme étaient davantage obnubilés par le fait de faire main basse sur les entreprises et terres est-allemandes et d’imposer leurs recettes libérales plutôt que de tirer des leçons utiles des expérimentations de changement social mises en œuvre dans les ex-pays socialistes.

Depuis la disparition progressive du camp socialiste, les Etats-Unis et leurs alliés semblent dicter leurs lois au reste du monde, jusque dans une période récente avant que la Russie ne commence à se rebiffer.

Les interventions militaires au Moyen-orient, en Asie et en Afrique ont généré l’exclusion, la xénophobie, l’intolérance et le terrorisme, remettant en cause l’existence de plusieurs États (Lybie, Syrie, RDC et même le Mali..etc.).

Mais plus grave, même au sein de l’Europe, aujourd’hui théoriquement débarrassée du ”spectre du communisme”, les partis fascistes défaits par l’URSS et tenus en respect, durant toute la période dite de la coexistence pacifique, connaissent un regain de popularité.

 Ainsi, au niveau de l’Allemagne, le fascisme connaît un essor préoccupant avec la montée en puissance de l’AfD (Alternative für Deutschland), due à des clivages sociaux persistants entre l’Est et l’Ouest, se traduisant par la perte de vitesse de partis traditionnels comme le SPD, la CDU et la CSU. Au niveau de pays comme l’Autriche ou l’Italie, des forces d’extrême droite sont même parvenues au sommet de l’État.

Le renforcement des forces d’extrême droite est à mettre en rapport avec l’incapacité de la droite classique à résorber les effets de la crise économique de 2008 et à résoudre les enjeux liés aux phénomènes migratoires, qui se sont amplifiés ces dernières années.

Il y a aussi la faillite du système de représentation démocratique, qu’illustrent à merveille l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, de Jair Bolsonaro au Brésil, sans oublier le Brexit.

Non, notre planète n’est pas devenue plus sûre, après le 9 novembre 1989. Loin d’être le primum movens de la tension internationale, le mur de Berlin n’était qu’un épiphénomène découlant de l’agressivité de l’impérialisme mondial, qui n’a eu cesse de déstabiliser le camp socialiste et de combattre les mouvements de libération nationale et sociale.

Sa disparition a servi de révélateur à l’hégémonie désastreuse de l’impérialisme occidental sur un monde devenu unipolaire.

 

Dr Mohamed Lamine LY

Souvenirs de Berlin

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.