Les vraies raisons de l’éjection d’un dissident contrepéteur. Par Joël Martin

Dénigrement ?

Propos injurieux ?

Mensonges ?

Diffamation ?

La « rédaction de Mediapart » varie dans ses versions successives des motifs de cette éjection, versions pratiquement toutes dépourvue d’exemples précis.

Alors qu’il lui suffit de se référer à son Grand Chef.

Il a tout dit dans sa réponse auto-sélectionnée à mon billet sur la livraison de La Fouine à la justice.

Je n’en donne ici que les extraits particulièrement accusateurs. Mais on peut jouir de l’intégrale en allant ici :

http://blogs.mediapart.fr/blog/joelmartin/290114/mediapart-balance-un-lanceur-dalerte

La réponse directoriale est facile à reconnaître : elle est toute bleue et, ô surprise, elle a été sélectionnée par Mediapart.

Voici donc ces extraits que j’entrecoupe de commentaires.

« Chers tous, les faits sont simples, connus de "La Fouine" avec lequel s'entretient régulièrement Fabrice Arfi et compris du Canard Enchaîné qui s'est refusé à en tirer les conclusions délirantes de Joël Martin. »

Formulation tendancieuse. Je n’ai rien conclu, mais conjecturé que Mediapart n’avait rien à refuser aux autorités alors qu’il est sous la menace d’un redressement fiscal. Je suis très loin d’être le seul à m’être fait cette réflexion. Beaucoup de commentaires sur plusieurs fils vont dans ce sens. Sûrement des gens en proie au même délire collectif… Quant au « Canard », qui se serait « refusé à en tirer etc. », je suis impatient de lire l’article du volatile mentionnant ce refus car je ne l’ai pas vu passer. Edwy Plenel a sûrement une référence précise pour être aussi affirmatif. Cela dit, un journaliste du « Canard » m’a déclaré qu’il estimait dans cette affaire, « les procédés de Mediapart discutables » Enfin le soi-disant « faux-procès » est largement repris par nombre de commentateurs dans le fil :

http://www.mediapart.fr/journal/france/180514/un-ancien-agent-de-tracfin-condamne-pour-son-blog-sur-mediapart?onglet=commentaires

Voici quelques exemples de commentaires dont on peut retrouver les auteurs sur le fil :

« Aussi contraint qu'il l'était par la loi, Mediapart aurait pu, aurait dû soutenir Olivier Thérondel dès le départ, à la réquisition de l'identité... Peut-être que judiciairement l'affaire aurait tourné autrement... En tout cas ça méritait d'essayer... »

 « Entièrement d'accord avec vous. Une erreur (éthique) de Mediapart. »

« Je maintiens que Mediapart a manqué de courage sur cette affaire, a manqué du vouloir de dire "Non" à la réquisition. »

« Médiapart reconnait avec honnêteté le rôle qu'il a joué dans cette affaire en livrant l'identité d'Olivier à la justice. Il nous dit aussi ne pas avoir le choix du point de vue du droit, ce qui est exact. Il est cependant regrettable que Médiapart n'aie pas revendiqué la légitimité de la désobéissance civile pour refuser de répondre à l'injonction de la justice, légitimité qu'il revendique par ailleurs en s'étant auto-appliqué le taux de TVA super-réduit auquel la presse papier a droit. »

C’est moi qui ai souligné. Nous sommes au cœur du problème. Edwy Plenel proclame haut et fort qu’il faut savoir dire « NON ! ». Mais il applique ce principe de façon sporadique. Il dit NON pour la TVA, mais pas pour livrer La Fouine. Il est vrai que dire NON à la TVA de 20% peut lui rapporter de l’argent alors que dire NON aux réquisitions de la justice risque de lui en coûter. Sous cet éclairage factuel, les proclamations vibrantes d’Edwy Plenel sur la désobéissance civile apparaissent comme relevant de la posture et de l’affichage. D’autant que la « livraison » a été exécutée avec un étrange empressement. Dans ce contexte, la contrition tardive d’Edwy Plenel au procès de La Fouine est apparue à beaucoup comme un « rattrapage aux branches » de surcroît abondamment médiatisé. Je repose donc la question : pourquoi Edwy Plenel n’a-t-il pas écrit au moment ou il a livré La Fouine ce qu’il a déclaré bien plus tard au procès ?

Edwy Plenel continue ainsi son réquisitoire :

« Pour autant, je ne suis pas dupe de l'attitude de dénigrement systématique envers Mediapart choisie par l'auteur de ce billet qui a décidé, depuis quelques mois, de s'en prendre à votre journal avec la plus grande mauvaise foi et la plus forte virulence, qu'il s'agisse de la TVA hier (alors même que dans ce combat légitime Le Canard Enchaîné nous a soutenus), de Jérôme Cahuzac avant-hier (qu'il a défendu jusqu'au bout contre toute évidence) ou de "La Fouine" aujourd'hui (pour lequel il nous fait un faux procès). »

Quelques remarques sur ce paragraphe.

Je ne dénigre pas systématiquement Mediapart puisque je le soutiens dans l’affaire Bettencourt en dénonçant l’iniquité du jugement forçant le site à éradiquer toute trace des enregistrements. Je soutiens aussi Mediapart en dénonçant le procès inique intenté par Dassault. Je l’ai d’ailleurs écrit à Edwy Plenel qui m’a adressé ses remerciements. En revanche, j’ai exprimé mon désaccord avec le combat pour la TVA à 2,1% pour la presse en ligne. C’est une opinion. Le Canard Enchaîné a-t-il soutenu Mediapart dans ce combat ? Je ne m’en souviens pas, c’est possible et Edwy Plenel va sûrement retrouver le ou les articles du Volatile allant dans ce sens. Je vois les copains du « Canard » demain et je leur demanderai. En particulier, je leur demanderai s’ils ont soutenu Edwy Plenel dans sa démarche de se faire justice soi-même.

Concernant La Fouine, j’ai répondu plus haut.

Concernant Cahuzac, là encore Edwy Plenel raconte les choses de bien curieuse façon. Je n’ai pas « défendu Cahuzac jusqu’au bout contre toute évidence ». J’ai défendu la présomption d’innocence, déclaré constamment que si la culpabilité était établie, Cahuzac devait être puni, et une fois cette culpabilité établie, j’ai écrit : « Bravo Médiapart ! ».

Exactement comme « Le Canard ».

Voici un article de Louis-Marie Horeau paru le 29 avril 2014 :

« Cela frise l’obsession. Une nouvelle fois, dans le documentaire « Jeu d’influences », Fabrice Arfi, journaliste à « Mediapart », se lamente. Au début de l’affaire Cahuzac, « Le Canard » est resté en retrait. Et il a écrit après les premiers articles : « On attend les preuves ». Aujourd’hui, chacun sait que « Mediapart » avait raison : le ministre du Budget était un gros menteur et il avait bien un compte en Suisse.

Alors « Le Canard » avait tort ? « On attend les preuves » ne veut pas dire que l’information est fausse. Mais avec un enregistrement sonore, pas encore expertisé, et le témoignage changeant d’un opposant politique, le dossier n’était pas étayé. Surtout pour lancer une accusation de ce calibre.

À ce moment de l’enquête, Arfi le sait, tout était fragile, incertain et parasité par des informations qui se sont révélées bidon comme la prétendue villa à La Baule ou le riad de Marrakech.

D’ailleurs, les preuves étaient tellement convaincantes que le patron de « Mediapart » a pris une initiative inédite dans l’histoire de la presse : alors que Cahuzac reprenait du poil de la bête, il a écrit au procureur de la République pour lui demander de mener l’enquête. Et c’est la justice qui a finalement trouvé les preuves et acculé Cahuzac à l’aveu. Ce qui a assuré le triomphe de « Mediapart ». Bravo ! Mais en pareille circonstance, « Le Canard » a préféré n’avancer qu’à pas comptés et à coup sûr. Et accepté d’avoir un coup de retard sur le scoop, pour éviter d’avoir un coup d’avance sur le couac. »

C’est d’ailleurs l’attitude de Mediapart qui a eu un coup de retard sur le scoop du scooter levé par Closer…

On continue de lire Edwy Plenel :

« On a le droit de détester ce journal et ceux qui le font. Mais, dans ce cas là, on en change et on ne passe pas son temps à le débiner auprès des autres lecteurs. Cette attitude ouvre la voie à tous ceux qui veulent nuire à Mediapart, soit pour des intérêts économiques soit pour des intérêts politiques, via un anonymat protégeant les actions d'officines marchandes ou partisanes. En résumé: je m'abonne, et je cogne. Elle est profondément déloyale. »

Je ne déteste absolument pas ce journal ni ceux qui le font. Mais, abonné depuis 2008, avec deux interruptions, je suis navré de constater les nombreuses dérives de ce qui fut un site de référence. Je n’en citerai que deux : le « déconseiller-repli » et la censure à la tête du client. Je ne reviens pas sur le « faites ce que je dis, faites pas ce que je fais », on en a vu un exemple emblématique avec l’affaire de La Fouine que le chantre du droit de dire NON a livré sans même tenter le moindre baroud d’honneur.

Au chapitre « censure à la tête du client » tout le monde peut constater que Géraldine Delacroix vient de se livrer à un « nettoyage » des commentaires postés sur son fil « Une étrange affaire ? » Sauf erreur, près de cent commentaires ont été effacés. Ils violaient tous la charte ? Non. Ils exprimaient des opinions qui n’étaient pas du goût des dirigeants de ce site. Je tiens la version non expurgée à la disposition de qui veut se rendre compte de l’hécatombe et du mal-fondé de cette censure pour délit d’opinion.

Je pastiche Plenel : en résumé : je prends mes ciseaux et je coupe. C’est profondément déloyal. Déloyal à l’encontre de commentateurs qui ont acheté en s’abonnant le droit d’exprimer leurs opinions. La déloyauté n’est pas de mon côté. L’hôpital se moque de la charité.

J’aime Mediapart. Surtout pour son Club où l’on rencontre des gens merveilleux. Mais je suis allergique à la censure, à l’incohérence entre les paroles et les actes, et je rage parce que ce site, au départ du niveau d’un media comme Arte, est en train de muter en hybride de TF1 et de Closer.

Je rage, et je le dis. Avec virulence, excès, répétition, soit. Mais sans mauvaise foi. Ou alors qu’on m’explique précisément pourquoi. Tout ce que je dénonce est vérifiable.

Voilà les vrais motifs de mon exclusion. Je ne dénigre pas. Je rage et je dis pourquoi. Sans insulte, ni diffamation.

Mon éjection, c’est le fait du Prince perpétré sur un site proclamé adepte de « démocratie participative ».

PS - Un parallèle me vient à l’esprit entre Edwy Plenel et Xavier Dugoin. Je combats certaines options du patron de ce site. Ce patron prétend-il incarner à lui seul Mediapart ? On pourrait le penser puisque mes critiques envers Plenel (et envers trois autres journalistes de Mediapart, une qui censure et volontiers traite les gens de demeurés, un qui pique un scoop et un troisième suintant l’insulte tout en annexant une radio de service public pour régler des comptes personnels) sont taxées abusivement par lui de détestation du journal et de tous ceux qui y travaillent. Alors pourquoi Plenel me fait-il penser à Dugoin malgré d’énormes dissemblances ? C’est tout simple : Dugoin fut président du conseil général, de l’Essonne. Son opposition ne le ménageait pas. Un jour, parut au frais du contribuable un numéro spécial du journal d’informations du département ainsi titré : « ON ATTAQUE L’ESSONNE VOTRE DÉPARTEMENT ! » Non, « on » attaquait seulement Dugoin.

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