En Iran tout est mis sur pause, sauf la répression des dissidents !

Nasrine Sotoudeh est en grève de la faim depuis le 11 août pour protester contre le refus de traitement aux prisonniers d'opinion malgré le cluster qui s'est mis en place à la prison d'Evine. Sa santé se détériore rapidement.

Nasrin Sotoudeh & sa fille Mehraveh Khandan © Iran Human Rights Nasrin Sotoudeh & sa fille Mehraveh Khandan © Iran Human Rights

Sur la photo, on croit voir une Nasrine Sotoudeh, jeune, et la Nasrine d'aujourd'hui, mais en fait, c'est Mehraveh sa fille de vingt ans qui figure à ses côtés. La ressemblance des deux visages est frappante et celle de leur sort aussi. Alors que Nasrine purge sa lourde peine de prison pour avoir été, entre autres, l'avocate de certains activistes dissidents, Mehraveh sa fille, a été arrêtée il y a quelques jours pour "complot contre le régime". Peu avant que Nasrine entame une grève de la faim illimitée, non pas à cause de l'arrestation de sa fille qui a depuis été libérée moyennant une lourde caution, mais afin de réclamer de meilleures conditions de détention pour les prisonniers politiques et des soins médicaux pour ceux atteints du covid (plusieurs cas de covid déclarés à la prison d'Evine sans aucune prise en charge médicale).

Tout est à l'arrêt en Iran, pour cause de Covid 19, dont la seconde vague fait rage en Iran, et l'arrivée de Moharam, mois de deuil pour les chiites, dont on a passé l'acmé il y a deux jours, avec les cérémonies d'Ashourah célébrées dans tout le pays. Tout, sauf la répression des dissidents au régime et des activistes. Le jour d'Ashoura, 30 août donc précisément (et jour chômé en Iran), une double peine de mort a été prononcée à l'encontre de Navid Afkari, arrêté il y a quelques mois lors d'une protestation. Afkari a déclaré à plusieurs reprises ces derniers jours que les aveux sur la base desquels il a été condamné ont été obtenu sous la torture. Deux de ses frères, Vahid et Habib, sont également en prison (à Shiraz), condamnés à 81 années de prison et des coups de fouets.

Shakila Monfared, activiste iranienne a été arrêtée hier à Téhéran en sortant de chez elle et transféré à un lieu inconnu.

Payam Derafshan, autre cas grave, avocat et défenseur des droits humains actuellement détenu à Evine, son état de santé nécessite une hospitalisation qui lui est refusée par les autorités.

Autre cas, Keyvan Samimi, journaliste dissident, qui a été appelé à purger sa peine de prison le 21 août.

La liste des persécutions est loin d'être exhaustive, et je ne peux pas, ne pas y voir une volonté féroce des autorités iraniennes, et c'est un des cas où la position du gouvernement et de Hassan Rohani (soi-disant réformateur) ne se distingue pas de celle de Ali Khaménéi et de l'appareil judiciaire.

La grève de la faim de Nasrine Sotoudeh (22e jour aujourd'hui), est passé totalement sous silence en Iran et son état de santé se détériore rapidement, car elle n'en est pas à sa première grève de la faim. Une pression internationale, si mobilisation il y a, arriverait-elle à faire fléchir les autorités iraniennes pour lâcher un peu de lest ?

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