Dilemmes d'une citoyenne binationale

Interdit au Public © Sepideh Farsi Interdit au Public © Sepideh Farsi

Le 23 avril 2017, je suis allée voter, comme beaucoup de français. Vote de cœur, m'étais-je dit, et je l'ai fait. Je ne vous dirai pas pour qui. Je vous laisse deviner... En 2002, j'avais fait de même. D'abord, Jospin, puis Chirac. J'estimais, comme beaucoup de français alors, qu'il fallait le jouer "front républicain". Même si par la suite, je n'avais pas apprécié la gestion post-électorale de candidat vainqueur.                                                          

Or il se trouve qu'en ce mois de mai 2017, je suis aussi appelée à voter en tant qu'iranienne.

Eh oui, élection présidentielle en Iran le 19 mai. Avec 6 candidats, dont le président sortant Rohani (proche du camp réformateur), Raïssi (candidat favori des ultra-conservateurs et probablement du guide suprême, Khamenei, impliqué dans le massacre des dissidents en 1988 et la répression des dissidents en 2009 pendant la "Vague Verte").

"Vague Verte" qui fut la contestation généralisée en réponse au putsch électoral donnant Mahmoud Ahmadinejad pour vainqueur (avec 63% des suffrages) au terme d'une campagne électorale fiévreuse qui avait électrisé le pays pendant plusieurs semaines, contre le candidat réformateur Moussavi, muré en résidence surveillée depuis plus de 7 ans. Ce même Ahmadinejad dont la candidature aux élections de mai 2017 fut disqualifiée par Conseil des Guardiens.

Le QG des candidats réformateurs vient d'ailleurs d'être fermé à Mashad, fief du candidat ultra-conservateurs.

Donc, pour revenir aux urnes...

J'ai plusieurs dilemmes devant moi. Et le choix n'est pas aisé, mais clair, il me semble.

Le 19 mai, je ne participerai pas à l'élection iranienne dans laquelle je sais d'avance que mon vote ne sera même pas comptabilisé, et où par ailleurs, les candidats ne sont pas ceux du peuple iranien, mais ceux désignés d'en haut. En Iran, nous avons raté le moment de faire le bon choix il y a longtemps et nous en payons encore le prix.

Mais en revanche, le 7 mai, je participerai à l'élection française, car ici, nous avons (encore) le choix. Et même si le spectre de ce choix peut ne pas convenir à beaucoup d'entre nous, et à moi la première. Je préfère (plutôt) choisir. Quitte à le faire de façon à pouvoir articuler un tant soit peu sa frustration en tant qu'électeur, comme on le suggère par l'initiative de voter #APRES17H.

Car ne pas voter le 7 mai, est un choix qu'on risque de payer très cher. Mais que cela ne nous empêche pas de passer des nuits debout !

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