Tu as réussi, Pavlos!

«Ο Παύλος τα κατάφερε... Γιε μου» Ce sont ces mots qu'a crié Magda Fyssas, la mère de Pavlos Fyssas après l'annonce du verdict qualifiant l'Aube Dorée d'organisation criminelle. Pavlos Fyssas a été assassiné le 18 septembre 2013 par Georges Roupiakas, membre du parti Aube Dorée. Ce dernier a été reconnu coupable de meurtre, hier, par la justice grecque.

Magda Fyssas, mère de Pavlos Fyssas, rappeur assassiné par l'Aube Dorée en 2013 © Louisa Gouliamaki - AFP Magda Fyssas, mère de Pavlos Fyssas, rappeur assassiné par l'Aube Dorée en 2013 © Louisa Gouliamaki - AFP
C'est un jour de janvier 2020 et je me trouve dans un appartement au centre d'Athènes. Il est midi et je bois du thé en discutant avec une amie grecque, lorsqu'on sonne chez moi. Je n'attends personne, mais je réponds par l'interphone. Une voix d'homme m'annonce : contrôle de police! Je ne le prends pas au sérieux et remets l'interphone en place. A peine ai-je eu le temps de raconter l'incident à mon amie qu'on sonne à la porte, cette fois, celle de l'appartement, accompagnés de coups de poing qui tambourinent sur la porte. Des coups qui résonnent fort, intimident. Je regarde par l'œilleton et je vois trois hommes, jeunes, baraqués, crânes rasés, habillés en civil. Je suis ébahie. Mon amie me rejoint à la porte se met à leur parler à travers la porte, toujours sans ouvrir. Ils répètent la même chose sur un ton plus menaçant. C'est un contrôle de police. Mais pour quel motif ? Routine, dit l'un d'eux, car il y a des noms "étrangers" sur la sonnette et il prononce les noms écrits sur la sonnette, le mien et celui de mon conjoint, tous deux à consonance clairement extra européenne. Ils continuent à nous sommer d'ouvrir. Avez-vous un mandat de perquisition, demande l'amie grecque qui me tient compagnie. L'homme dit que non et nous montre un badge qu'il est impossible de déchiffrer à travers l'œilleton. On réplique qu'on ne les croit pas, qu'on n'ouvrira pas la porte et on décide d'appeler le numéro d'urgence de la police. Les trois hommes nous entendent parler à l'agent police et disparaissent comme ils étaient apparus.

Au terme d'une déclaration téléphonique à la police, on me dit qu'une patrouille de police serait envoyée chez moi, laquelle n'arrive jamais. J'appelle aussi l'ambassade de France pour les alerter. Ma déposition est prise et l'incident prend ainsi fin. Je ne saurai jamais qui étaient ces hommes et je n'y pense plus, même s'il faut avouer que ce n'est pas un fait banal, même s'il s'agit d'une plaisanterie de mauvais goût, de faire semblant de procéder à un contrôle policier de votre domicile juste à cause de la consonance "étrangère" de votre nom !

Hier, en voyant le visage de Magda Fyssas à la sortie du tribunal, cet incident m'est revenu à l'esprit et j'ai repensé à tous les victimes de ce groupe et à tous mes amis "anti-fa" et à ce qu'ils devaient ressentir à ce moment précis. Même si la gravité du petit incident que j'ai relaté est sans comparaison avec celle des faits reprochés aux membres de l'Aube Dorée par la justice grecque.

Pavlos Fyssas, rappant sous le pseudo "Killah P" avait 34 ans au moment où il a été poignardé par Georges Roupiakas, membre de l'Aube Dorée.

Le pêcheur égyptien qui déclare devant le tribunal, avoir aujourd'hui encore, peur de marcher dans les rues, depuis que des membres de l'Aube Dorée ont tenté de l'assassiner, s'appelle Abouzid Embarak.

La liste de toutes les personnes traumatisées par les agissements des membres de l'Aube Dorée est longue à dresser.

La justice grecque vient de crever un l'abcès en rendant ce verdict historique, mais la plaie qui ronge la société grecque depuis la formation de l'Aube Dorée mettra du temps à se refermer.

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