L'Iran: l'onde de choc

Samedi, les autorités iraniennes annonçaient enfin que le crash de l'avion ukrainien près de Téhéran avait été causé par des tirs de missiles iraniens. Les iraniens sont descendus dans la rue.

Samedi matin, après trois jours de silence côté pouvoir et émois côté population, les autorités iraniennes annonçaient enfin que le crash de l'avion ukrainien près de Téhéran avait été causé par des tirs de missiles iraniens. Tout en soulignant le jeu dangereux des américains dans la région qui dans un contexte de tension ont mené à cette "erreur humaine". Passons l'absence de tact et les excuses et condoléances de la part du pouvoir iranien qui ont cruellement manqué à cette annonce.

Loin sont déjà les larmes versées sur le cortège de Qassem Soleimani à peine une semaine avant, car entre temps 56 personnes ont trouvé la mort à Kerman la ville natale de Soeimani, écrasées par un échafaudage défectueux, puis 18 autres dans un accident routier et encore 34 autres dans l'incendie d'un tunnel. Et c'est sans oublier les 1500 manifestants victimes des tirs des forces de l'ordre en novembre 2019.

Ce qui secoue les iraniens au-delà du deuil évident après une telle tragédie, c'est la facilité avec laquelle le régime iranien a tenté de dissimuler les faits, c'est ce mensonge d'état.

Les iraniens sont descendus massivement dans les rues depuis samedi après-midi. Et ce, malgré les intimidations des services de renseignement qui ont fait pression sur les personnalités publiques pour retirer leur appel à manifester.

Et cette fois, les slogans visent directement le guide suprême, Khameneï, les Gardiens de la Révolution et les Bassidjis.

Dans une vague de solidarité, un grand nombre d'artistes: photographes, cinéastes et metteurs en scènes de théâtre, ont annoncé leur non participation au festival étatique Fajr qui devrait avoir lieu à Téhéran début février. Et ce n'est pas tout. Des présentateurs de télévision, et le directeur académiques de l'hôpital de l'université, entre autres, ce sont là des personnalités publiques qui se disent choquées par le mensonge d'état et qui quittent le navire.

Les iraniens sont dans la rue et la répression du régime a déjà commencé, en témoignent des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. Mais la nouveauté, c'est la défection des personnalités publiques, ce qui est plutôt sans précédant.

Jusqu'où ira la rage du peuple et quelle sera l'ambleur de la défection d'un système qui semblait jusqu'au là plutôt infaillible, rebondissant à chaque fois en surfant sur le vieux mécanisme de l'unité nationale face à l'ennemi.

L'onde de choc est cette fois bien plus grande.

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