Pour que Paris reste Paris !

Ce matin, message V. du cinéma Mélies / Pau, avec qui j'ai partagé la terrible soirée du 13 novembre après notre débat autour de Red Rose, doublé du témoignage émouvant d'une spectatrice de ce soir-là...

Ce matin, message V. du cinéma Mélies / Pau, avec qui j'ai partagé la terrible soirée du 13 novembre après notre débat autour de Red Rose, doublé du témoignage émouvant d'une spectatrice de ce soir-là...
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Voilà déjà plus d'une semaine que les terribles événements du 13 novembre se sont produits. Sous le choc, encore. Toujours. Comme tous je crois... Cela fait déjà un petit moment que je voulais vous écrire... Mais il faut parfois du temps pour que les mots sortent. Je me suis sentie les jours qui ont suivi vidée, vide. Comme tétanisée par la peur et la désespérance. Ni rage, ni point de vue, ni idées. Plutôt la léthargie de ceux qui ont envie de baisser les bras. Aucune noblesse dans ce sentiment de repli sur soi. Une paralysie des sens, du cœur et de l'esprit...tout en suspens, au bord de... De quoi au juste ? Du vide, de l'horreur, de l'effroi, du renoncement, de la colère... Et la peur nouée aux tripes. Dégueulasse, laide ! Pas de prise avec elle pourtant. Elle s'invite toujours malgré soi. Quand on n'en voudrait pas. Non, rien de noble pour adoucir la barbarie de ce sinistre vendredi soir...
Cet événement est ironiquement, tragiquement lié à une rencontre forte et belle que le Méliès encore une fois m'avait permis de faire : celle avec la réalisatrice iranienne Sepideh Farsi. Ce soir-là, à 20h30, j'ai vu son film Red Rose, hymne à la jeunesse, à la vie, à l'amour, à la résistance... film aussi sur le prix de cette liberté dans les pays où elle est systématiquement bridée. Brisée... Sur l'écran le huis-clos amoureux d'un appartement à l'abri de la fureur du monde et en même temps aux prises avec lui. Peut-être comme le huis-clos d'une salle de cinéma. Réconfortant pour mieux distiller l'inconfort. Une claque au coeur au chaud dans des fauteuils de velours rouge. Comme toutes les victimes du 13 novembre, nous étions dans le partage, dans la fraternité, dans l'esprit frondeur de l'art. Comme eux... Et puis face à nous ce petit bout de femme d'une grande force et d'un grand courage. Douce et simple aussi. De ces gens qui pourraient nous donner des leçons, eux, mais ne nous en donnent pas. Font juste ce qu'ils ont à faire, ce qu'ils croient juste de faire, avec le courage de perdre ce qu'ils y perdent, et puis nous laissent à voir et à penser. Par nous-mêmes... Sepideh a dû être dévastée quand elle a appris ce soir-là ce qui s'est passé à Paris, sa ville d'exil où jusque là, malgré tout ce que la société a généré de laid, chacun pouvait encore afficher publiquement sa liberté de vivre, de chanter, de danser, de rire, de boire un verre avec des amis, d'aimer...
Pardon pour ce mot qui peut vous paraître vain mais je voulais mettre des mots sur ce moment de tragédie que nous avons partagé vendredi sans le savoir... Et merci au Méliès d'exister, car il m'aide à tenir debout.
V.

Et moi...
Je dirais que bizarrement...
Je me sens plus combative qu'avant le 13 novembre et plus parisienne que jamais !
Lundi 16, justement, nous avons animé, avec Mina (l'actrice du film), un débat de plus d'une heure dans une ambiance électrique après la projection de Red Rose au Chaplin/Denfert.
Paris est la ville dont j'ai foulé le pavé tant de fois et pour des causes aussi diverses que tu peux l'imaginer.
Paris que j'ai aimé et que j'aime aussi pour ça. Cette liberté d'y défendre toutes les causes du monde.
Combien de fois a-t-on évoqué ces derniers temps avec des amis "et si en 2017..." Mais lorsque certains de mes amis français me disent qu'ils quitteraient la France si jamais... en 2017, moi je dis que cette fois, je reste. J'ai quitté mon pays, l'Iran, une fois, parce qu'il ne m'était plus possible d'y vivre. Mais je ne quitterai pas Paris. Je ne partirai pas une deuxième fois. Il faut rester et pas baisser les bras.
Chacun résistera à sa façon, mais il faudra faire en sorte que le dialogue continue, qu'on bouge, qu'on vive... et que Paris reste Paris !

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