Signaux contradictoires du régime iranien

Le régime iranien multiplie encore une fois des signaux contradictoires. La libération de quelques prisonniers politiques cet été, dont quelques figures emblématiques telles que Nasrin Sotoudeh (avocate des droits de l'homme) et Majid Tavakoli (leader étudiant), qui avaient été accueilli avec beaucoup d'espoir par les Iraniens a été suivie de peu par une nouvelle vague d'exécution de prisonniers: 18 exécutions sommaires, en 48 heures !

Le régime iranien multiplie encore une fois des signaux contradictoires. La libération de quelques prisonniers politiques cet été, dont quelques figures emblématiques telles que Nasrin Sotoudeh (avocate des droits de l'homme) et Majid Tavakoli (leader étudiant), qui avaient été accueilli avec beaucoup d'espoir par les Iraniens a été suivie de peu par une nouvelle vague d'exécution de prisonniers: 18 exécutions sommaires, en 48 heures !


Deux prisonniers de conscience, kurdes: Habibollah Golparipour (29 ans) et Reza Esmaïli (34 ans), tous deux condamnés à la peine maximale lors d'un procès sommaire, accusés de collaboration avec le PJAK (parti pour une vie libre au Kurdistan).

Habibollah Golparipour (29 ans) exécuté à Mahabad le 26 Oct. 2013 Habibollah Golparipour (29 ans) exécuté à Mahabad le 26 Oct. 2013

 

 

 

 

 

 

Et 16 prisonniers baloutchs à Zahédan. L'exécution de ces derniers a été annoncé par le procureur de la ville de Zahedan comme "représailles à l'attaque du poste frontière de Seravan par un groupe terroriste" qui avait fait 14 victimes parmi les gardes frontière iraniens. 8 parmi les 16 prisonners baloutchs avaient été accusés d'être des membres du groupe Jondollah (organisation armée baloutch qui se bat pour le droit des sunnites en Iran), et les 8 autres étaient des trafiquant de drogue.

Bien entendu rien ne prouvait que les 16 prisonniers exécutés à Zahédan avaient un lien avec cette attaque frontalière. D'autant plus qu'ils ont été exécuté seulement 10 heures après les faits.

Et dans aucun des cas, les familles et les avocats des prisonniers exécutés n'ont été prévenu.

Hier cependant, six autres familles kurdes ont été avertis que la peine de mort à l'encontre de leurs proches pourrait être exécutée d'ici peu et restent dans l'incertitude totale depuis.

A cela s'ajoute toutes les exécutions qui ont eu lieu depuis le début de l'année. D'après "Human Rights Watch", il y a eu plus de 400 exécutions en Iran en 2013, dont au moins 125 sous la présidence de Hassan Rohani. Ce rapport conclue qu'aucune amélioration n'est à noter sur le dossier des droits de l'homme en Iran.

De plus, les arrestations d'activistes et bogeurs se multiplient (3 arrêtés à Ispahan ce lundi et 1 disparu depuis une semaine) et des actes de répressions à l'encontre de la communauté Bahaï, tel que le meurtre (passé sous silence) de Ataollah Rezvani tué par balle à bout portant chez lui à Bandar Abbas et dont la famille est sous pression pour cesser de communiquer à ce propos, ou bien encore la condamnation de l'actrice Pegah Ahangarani à 18 mois de prison pour ses prises de positions et entretiens donnés aux médias étrangers.

La tombe d'Ataollah Rezvani, citoyen de confession Bahaï, assassiné chez lui La tombe d'Ataollah Rezvani, citoyen de confession Bahaï, assassiné chez lui

Et la liste des exactions est, hélas, loin d'être exhaustive.

Tout cela se passant sous l'égide de M. Pourmohamad, la personne qui a signé l'arrêt de mort de beaucoup de prisonniers politiques dans les années 80. Ce qui n'a pas empêché Hassan Rohani de le nommer comme le nouveau Garde des Sceaux malgré la protestation active des organisations des droits de l'homme.

Doit-on interpréter ces actes comme des signaux du désarroi du régime avant un forfait déclaré à venir sur le dossier nucléaire ou le résultat d'une forte dissension interne entre les différentes factions au pouvoir ou une volonté farouche exercée depuis quasiment 35 ans, d'écraser ces opposants et les activistes civiles coûte que coûte ?
 
En tous les cas rien de tout cela ne présage d'une amélioration, ne fût-ce infime, dans le dossier des Droits de l'Homme en Iran.

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