Le village d’Iitate, classé parmi les plus beaux du Japon en 2010 — et cité comme le plus irradié en 2011 — se trouve à 39 km au nord-ouest de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Le 15 mars 2011, la radioactivité ambiante y était 360 fois plus élevée que la normale. Le 27 mars, Greenpeace s’étant rendu sur les lieux, avait demandé l’évacuation du village. C’était en fait tout un couloir d’orientation nord-ouest, s’étendant sur environ 45 km à partir de la centrale nucléaire qui était affecté. On y trouvait notamment Katsurao, Kawamata et Namie qui ont également été évacuées les jours suivants.

Une étude de Greenpeace. 

Le 3 mars 2017, six ans plus tard, dans la zone de Iitate aujourd’hui considérée comme réhabitable, Greenpeace a présenté un travail de recherche en décrivant des faits précis. La maison de M. Anzai, choisie comme exemple, a été décontaminée par les autorités en 2014-2015. Pour ce faire, elle a été passée au jet d’eau sous pression, les sols proches enlevés sur 5 cm. À certains endroits où le sol ne pouvait pas être enlevé, de la terre saine a été ajoutée sur plusieurs centimètres. Pour les autorités cette maison est maintenant habitable. Sauf que, lorsque Greenpeace est venu faire une cartographie de la contamination, on a découvert que si la maison restait légèrement en dessous des limites, ainsi qu’une mince bande de terrain autour d’elle, la radioactivité montait partout autour bien au-dessus.

Les caniveaux du chemin d’accès sont 2 fois plus contaminés, ainsi que les fossés au bord de la route. Un des champs en contrebas : 4 fois plus, tout comme la forêt située à l’arrière. Vivre dans cette maison exposerait ses habitants à dépasser de 5 fois les limites internationales, a conclu Greenpeace.

La radioactivité fait tache d'huile 

La radioactivité, on le sait, est quasiment indestructible, sinon sur des périodes qui dépassent l’histoire humaine. On ne peut ni la brûler ni la noyer. Lorsqu’elle semble s’évaporer, elle retombe en pluie sur les lieux péniblement décontaminés. Nous l’ingérons par les aliments (les champignons et le thym en sont friands) et par la viande des animaux que nous consommons. Elle circule dans les veines des arbres et de là, dans leurs fruits. Elle se déplace sur de longues distances, soit transportée par les vents, soit par les rivières ou les nappes souterraines et rejoint la mer. Par voie de conséquence elle fait tache d’huile et c’est ainsi qu’on découvre des doses élevées à des centaines de kilomètres du lieu de l’accident. Dans certains quartiers de Tokyo par exemple.

 

Et comment la contamination augmente-t-elle en certains lieux ?

 Il y a d’abord le nuage radioactif qui sort des réacteurs accidentés arrosant les environs à chaque pluie. Bizarrement, aucun chiffrage de ce nuage n'apparait dans les médias.Ensuite, les cœurs des réacteurs qui continuent de brûler en dégageant de la radioactivité dans la terre et dans les nappes d’eau souterraines où ils s’enfoncent. Il faut donc continuer à les refroidir avec de l’eau. Donc de contaminer de l’eau que l’on doit ensuite filtrer pour en extraire des boues. Tepco produit 252 m3 d’eau contaminée par jour pour refroidir les réacteurs. En six ans, la compagnie a pompé 1 730 390 m3 d’eau contaminéedont la partie filtrée produit 597 m3 de boues sèches. C'est ainsi que la contamination augmente en certains lieux.

 Le 11 mars 2017, on a compté que 200 400 m3 de déchets et de débris solides avaient été évacués des réacteurs 1, 2 et 3 par les ouvriers présents sur le site de Fukushima. Cela peut sembler beaucoup, mais ce n’est qu’une goutte d’eau comparé à ce qui reste à faire d’ici à 40 ans, si tout va bien. À ceci s’ajoutent les sols qu’il faut enlever, soit 5 740 858 m3.

Quant aux déchets qui s’accumulent dans des sacs poubelles, on ne sait où les entreposer. Les mairies n’en veulent pas sur leur territoire. Elles en ont assez. Les sacs deviennent poreux au bout de 3 ans, il faut régulièrement les réensacher. On en voit partout, sur les terrains vagues, en bord de mer, le long des routes, dans les villages, dans les jardins des particuliers.

C’est pourquoi les antinucléaires dénoncent l’opération de propagande gouvernementale qui vise à faire croire que l’accident de Fukushima est terminé.


Ces informations, et d'autres, sont communiquées mensuellement dans la revue Silence.

 

 

 

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