LE VRAI COUT DU NUCLEAIRE : UNE AFFAIRE D'ETAT

En 2011, vingt-cinq ans après l'accident de Tchernobyl, l'Ukraine, la Biélorussie et la Russie annonçaient avoir dépassé les 1000 milliards de dollars de dépense en réparation et ce n'était pas terminé ! Aucune information plus récente n'a été publiée.

En 2016, cinq ans après l'accident de Fukushima, où en est le Japon ?

Sur les cinq premières années, le budget alloué par le gouvernement à la décontamination et à la reconstruction atteint 118 milliards d'euros. On sait que le gouvernement a prévu un budget sur dix ans de 244 milliards d'euros pour l'aide à la réhabilitation. Par contre, on ne sait pas si les collectivités publiques qui ont déjà estimé leurs opérations de décontamination à plus de 85 milliards d'euros, ont été appelées à contribuer sur leurs propres fonds.

On sait que le nettoyage entrepris ne concerne que les abords des habitations et les voies de circulation, laissant de côté 70 % de la surface des terres essentiellement constituée de forêt.

On ne sait pas quand s'arrêteront les travaux titanesques en cours sur la centrale et ses abords.

Dans le doute, ne retenons que les 244 milliards d'euros annoncés par le gouvernement et poursuivons l'enquête.

 

Comment est calculé le coût de l'électricité nucléaire ?

Simplement, en additionnant le prix de la construction et celui de l'exploitation ! Curieusement, celui du démantèlement des installations qui ont été construites pour 40 ans n'est pas pris en compte. Certains estiment qu'il coûtera aussi cher que la construction. De plus, les frais de stockage et d'enfouissement des déchets qui s'avèrent exorbitants ne sont pas non plus comptabilisés !

 

Pour obtenir le vrai coût, on peut donc déjà multiplier par 3.

Les réacteurs nucléaires construits dans les années 70 à 90 coûtaient environ 5 milliards d'euros l'un. Comme le Japon avait 58 réacteurs avant l'accident de Fukushima, on peut estimer que son programme a coûté dans les 58 x 5 = 290 milliards d'euros + l'enrichissement + le stockage des déchets, soit entre 300 et 350 milliards d'euros. Avec les réparations, la décontamination et la mise aux nouvelles normes suite aux accidents, auxquelles il conviendra d'ajouter le démantèlement, on peut déjà multiplier ce coût par 3.

Pour être encore plus exact, ne faudrait-il pas faire entrer dans ce calcul le coût des accidents, grands et petits ? Ainsi que les dépenses de santé et d'indemnisation des populations déplacées qui en découlent ?

 

On déduit donc aisément que la décision de sous-évaluer de façon aussi artificielle le prix de l'atome est une affaire d'État — au Japon comme dans d'autres pays du monde — et nullement une question de marché. Ce que confirme Sophia Majnoni, de l'association Greenpeace :

"Le nucléaire a besoin du soutien de l'Etat pour exister. Les coûts n'ont jamais été reflétés dans le kilowattheure électrique".

 

Mais alors, s'il s'agit d'un tel gouffre, qu'est-ce qui intéresse l'Etat, outre l'électricité, dans la production nucléaire ?

Monique Douillet. Cette chronique est publiée dans le n° 444 de la revue S!lence (Avril) 

Vous y trouverez aussi un compte-rendu de la conférence de Yayoï Hitomi.

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