AUJOURD'HUI, FUKUSHIMA VIT GRACE A L'ACTIVITE GENEREE PAR LA CATASTROPHE ET APRES ?

La zone évacuée de Fukushima et ses abords tournent autour du nucléaire : 7000 personnes sont employées sur le site de la centrale accidentée, dont un pourcentage de contrats temporaires, des milliers d'employés à la décontamination et les emplois de service qui suivent...

La zone évacuée de Fukushima et ses abords tournent autour du nucléaire : 7000 personnes sont employées sur le site de la centrale accidentée, dont un pourcentage de contrats temporaires en raison du niveau d'irradiation. Les unes travaillent au colmatage des fissures du réacteur et du mur de protection, les autres au pompage et au rejet en mer des eaux polluées, au maintien du soutènement des piscines d'eau fortement radioactives dont l'effondrement serait une nouvelle catastrophe, aux diagnostics, aux mesures et à la recherche. Une nouvelle campagne de plusieurs mois a été lancée pour radiographier le réacteur n° 2 afin de situer l'emplacement des cœurs en fusion qui s'enfoncent progressivement et représentent une menace pour la nappe phréatique. A ce nombre s'ajoutent plusieurs centaines de salariés de la centrale voisine, Fukushima Daï-ni (qui ne redémarrera pas, mais doit être entretenue), ainsi que des milliers d'employés à la décontamination des sols embauchés par les communes. L'intendance qui suit génère des emplois de service pour les repas quotidiens, la construction de logements destinés à héberger les ouvriers, le blanchissage, le suivi et l'assistance médicale... Depuis peu, une usine crée des robots qui résistent à la radioactivité…

Résultat, dans la commune de Nahara par exemple, où le retour des populations est autorisé depuis septembre 2015, on compte 1300 résidents employés de la centrale accidentée, pour 400 habitants de retour, principalement des retraités. Un déséquilibre inquiétant, auquel s'ajoute celui entre les sexes puisqu'il s'agit d'une population presque exclusivement masculine.

 

Perspectives d'avenir : relancer de l'économie

En théorie, le gouvernement prend en charge la démolition et la reconstruction des maisons endommagées par le séisme et le tsunami. Mais dans la pratique, 70 % des demandes n'ont toujours pas abouti. Selon le Japan Times, au 8 janvier 2016, il y avait encore 7670 demandes en attente. A Minami-Sôma, sur 2600 maisons endommagées, 1780 restent à démolir et reconstruire. Or, le retour des habitants y est prévu dès cette année. A Kawamata, 17 % des habitations seulement ont été rasées. Et 6 % à Katsurao. L'autorisation de réinstallation dans les ruines de ces deux communes a été fixée au mois prochain. Pour expliquer les retards, le gouvernement évoque le manque de main-d'œuvre. Les Japonais seraient-ils devenus paresseux ou les candidats à l'irradiation se feraient-ils rares ?

L'obsession de l'actuel gouvernement est la relance de l'économie à tout prix. Première manche : repeupler la région pour fournir de la main-d'œuvre aux dépens de la santé de ses habitants et inviter des entreprises à s'installer : le terrain ne coûte pas cher, affaire à saisir ! Deuxième manche : rouvrir les centrales pour relancer l'activité, car il n'y a pas une autre alternative : "Notre pays, pauvre en ressources, ne peut se passer de l'énergie nucléaire", répète à l'envi le Premier ministre Shinzo Abe, pauvre en intelligence.

 L'entretien avec Yoyoï Hitomi, invitée en France à l'occasion du 5e anniversaire de la catastrophe se trouve dans le même numéro de Silence. (Article précédent sur ce blog.)

 

 

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