A l'image de Sisyphe, TEPCO condamné à déplacer la radioactivité

À l’image de Sisyphe, TEPCO est condamné à déplacer la radioactivité entre terre et ciel par les voies du feu et de l’eau, sans parvenir à en freiner le développement exponentiel. Exemples récents.

TEPCO envisage d’évaporer l’eau radioactive à raison de 400 m3 par jour en relâchant la vapeur à haute température (autour de 1000 °C). Outre la consommation d’énergie énorme que l’opération nécessite, cela ne détruit pas la radioactivité.

Ce serait tellement simple si on pouvait la brûler !

Faute de trouver des lieux de stockage, le « recyclage » des sols contaminés dans des terrassements routes ou des endiguements a été mis à l’étude. Ainsi, de la même façon qu’on dilue les effluents liquides pour descendre en-dessous des limites autorisées avant leur rejet en mer, on va mêler les déchets solides aux matériaux de construction !

Malheureusement, mélangée ou diluée la quantité de radioactivité reste la même.

Malgré la construction d’un mur sur la berge, 400 tonnes d’eau polluée s’écoulent chaque jour dans la mer, c’est ce que TEPCO vient de confirmer à la presse. Ce mur provoque en outre une montée importante d’eau de mer dans les réacteurs accidentés, ce qui contribue à accélérer la dégradation des appareillages en corrodant les pompes et les filtres.

Il semble donc amplifier les problèmes et non les résoudre.

À Tokyo, les analyses menées sur des boues de deux stations d’épuration le 25 décembre 2015 révèlent la présence d’iode radioactive. La durée de vie de l’iode étant courte, cela confirme que le nuage radioactif retombe toujours sur la capitale, presque 5 ans après le début de la catastrophe. À Minami-Soma, ville soi-disant décontaminée, une association a fait des mesures. Il en ressort qu’on a jusqu’à 50 fois la dose limite officielle actuelle de radioactivité et 1000 fois plus que la norme avant l’accident…Quant à la contamination des eaux souterraines, selon les chiffres communiqués par TEPCO en décembre 2015, elle est passée en un an de 92 000 Bq/l à 390 000 Bq/l…

soit une multiplication par 4000.

On a compté fin septembre 2015 plus de 9 millions de sacs contenant des déchets radioactifs répartis sur 114 700 sites provisoires. Chaque sac fait un mètre cube. Le gouvernement cherche désespérément des lieux de stockages pour les entreposer. Cela nécessite de 16 à 22 millions de m3.

Combien en faudra-t-il dans 30 ans ?

Le directeur de la centrale de Fukushima, Masuda Naohiro, avoue qu’il est incapable d’annoncer un coût pour la gestion de l’accident, ni une date à laquelle seront arrêtées les réactions de fusion des réacteurs accidentés, ni quand cessera l’émission d’un nuage radioactif, ni quand se tariront les écoulements en mer. Il a parlé d’une situation de « zone de guerre »

et de l’incapacité de contrôler ce qui se passe.

À l’image de Sisyphe, TEPCO est condamné à déplacer la radioactivité entre terre et ciel par les voies du feu et de l’eau, sans parvenir à en freiner le développement exponentiel.

Une version chronologique au quotidien depuis le 12 mars 2011 se trouve sur le site de la revue S!lence www.revuesilence.net

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