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MONIQUE RICCARDI-CUBITT

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Billet de blog 1 juillet 2016

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LA GRANDE-BRETAGNE ET L’EUROPE

Le référendum sur le Brexit : l'opportunité d'un bilan et d'une nouvelle direction

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… Si une seule motte de terre, emportée par la mer, se détache, l’Europe est amoindrie,


Comme si avait disparu un haut lieu.

Les vers de John Donne, le poète métaphysique du XVIIe siècle, semblent particulièrement appropriés à ce moment d’incertitude, quand le Royaume- Uni doit décider de son avenir dans la communauté Européenne par ce référendum qui pourrait annoncer un Brexit. La Grande Betagne est bien un haut lieu, un poste de guet privilégié, d’où loin voit plus haut et plus loin sur les questions européennes.

Son adhésion n’a pas été évidente. Historiquement la Grande Betagne craignait une alliance continentale aux ambitions impériales. L’Empire britannique se désintégrait alors lentement mais les liens de loyauté envers la Couronne, et les échanges commerciaux avec le Commonwealth n’en demeuraient pas moins primordiaux. Le Royaume-Uni, la première nation globalisée restait ouvert au monde extérieur. Il ne partageait pas, comme c’était le cas de la France et de l’Allemagne, le lourd fardeau moral du passif de la Seconde Guerre Mondiale, bien qu’ayant joué avec les Alliés un rôle décisif dans la victoire finale.  En 1955 Churchill reçut le Prix International Charlemagne  d’Aix-la-Chapelle pour son action dans l’unification de l’Europe, après avoir suscité en 1948 à La Haye le Grand Congrés de l’Europe, qui conduisit à la création du Conseil de l’Europe en 1949, et au Traité de Rome sur le Marché Commun en 1957. L’Europe des   Six :  la France, l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, devint une réalité, ‘ … afin d’établir les fondations d’une union de plus en plus étroite entre les peuple européens.’  Churchill avait formulé sa vision dans un Discours à la jeunesse universitaire en 1946, à l’université de Zurich ‘ Il existe un remède qui …rendrait en quelques années toute l’Europe ... libre et ... heureuse. Il s’agitt de recréer la famille européenne, ou autant que ce soit possible de le faire, et de la doter d’une structure qui lui permettrait de vivre en paix, en sécurité et en liberté. Nous devons construire une sorte d’États Unis d’Europe. La structure des États Unis d’Europe, si nous réussissons à la créer de la bonne mamière, sera telle, que la force matérielle des états deviendra moins importante…  Si, au début, tous les États de l’Europe ne veulent pas, ou ne peuvent pas, adhérer à I’Union, nous devons cependant œuvrer à réunir et à rassembler ceux qui le veulent et ceux qui le peuvent.’

Churchill se faisait l’écho d’un concept né après les guerres napoléoniennes,  qu’avait évoqué Napoléon lui-même, en exil à St. Hélène, un rêve que sa soif de gloire personnelle et sa mégalomanie l’avaient empêché de réaliser : ‘L’Europe ainsi divisée en nationalités librement formées et libres de l’intérieur, la paix entre les États deviendrait plus facile : les États Unis d’Europe deviendraient une possibilité…’ Mais la Pax Napoleonica ne règna jamais sur le monde comme l’avait fait la Pax Romana. Pourtant, dans une Europe déchirée par des guerres et des révolutions récurrentes, cet idéal pacifiste et humaniste trouva d’ardents défenseurs tout au long du XIXe siècle.  En 1831, Wojciech Jastrzębowski, le naturaliste polonais, pionier de l’ergonomie, exposa sa vision d’une organization européenne internationale dans un pamphlet :  Sur la paix éternelle entre les nations. Ce concept était aussi celui de Giuseppe Mazzini, comme Napoléon, un Gênois né sous la domination française, un politicien et un journaliste.  Il fut un fervent défenseur du patriotisme dans son action politique pour la création d’un état italien, et le fervent défenseur d’une Europe unie. En 1834 il fonda en Suisse un mouvement visionnaire international, Giovine Europe ( La Jeune Europe).  Son principe fondamental de liberté nationale dénonçait et s’opposait aux décrets du Congrés de Vienne de 1815, qui assuraient la domination de puissants états européens, dont la Russie, la Grande- Bretagne, la Prusse et l’Autriche sur les états plus petits. Mazzini, le révolutionnaire, fut dénommé ‘le prophète de l’Europe’ pour sa vision et son action militante afin de créer une ligue républicaine d’états européens, librement associés, qui partageraient leurs intérêts communs, et seraient réglementés par une assemblée fédérale centralisée. Victor Hugo devint le barde de cette vision prophétique.  Le romancier, poète, politicien et artiste français déclara au Congrés International de la Paix à Paris en 1849  : ‘Un jour viendra où la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne…Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées… Elle s'appellera l'Europe, au xxe siècle, et, aux siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité.’  La vision de VictorHugo était celle d’une paix universelle : l’Europe, y compris le Royaume-Uni, patrie de la démocratie européenne, où, comme Mazzini, il avait vécu en exile, serait l’exemple à suivre et le phare qui éclaire au loin.

Il ne pouvait prévoir ni les ravages de la guerre franco-prussienne de 1870, qu’il vécut dans un Paris assiégié, ni les deux conflits franco-allemands au XXe siècle,  cette horreur des deux Guerres Mondiales, qui embraseraient le monde entier, et le changeraient à jamais. Après la défaite de Sedan et la chute du Second Empire, en 1871 l’Assemblée Nationale avait demandé la création des États Unis d’Europe. En 1929, après les horreurs de la Première Guerre Mondiale, Aristide Briand, Premier Ministre français, Prix Nobel de la Paix en 1926, avait appelé à la création d’une Fédération Européenne à la Ligue des Nations, une vision de l’Europe que partageait aussi Trotsky avant la Révolution Russe. La torche de la paix universelle y brillait encore, Churchill devint son plus fervent porte- flambeau. Il avait très tôt perçu le danger de la montée en puissance d’Hitler, et de la stratégie politique expansionniste agressive Nazie visant à imposer une domination mondiale.  Il déclara au Congrés Européen de la Haye en 1948 : ‘Nous devons nous efforcer par un service loyal et patient de préparer le jour où un gouvernement mondial efficace s’appuyant sur les principaux groupes humains sera devenu une réalité.’ Le destin de l’Europe était de montrer le chemin, et l’Angleterre devait y jouer un rôle majeur. En 1948, à un meeting du Parti Conservateur à Llandudno, au Pays de Galles, Churchill avait souligné la position unique de la Grande Bretagne au centre de ‘trois cercles majestueux’, ‘l’Empire et le Commonwealth’, ‘le monde anglophone’ et ‘ l’Union Européenne’. Pour lui ces trois cercles étaient  ‘co-existents’ and ‘reliés’ en une vision globalisée ‘Nous sommes le seul pays qui ait une large part dans chacun d’eux. Nous nous tenons au point même de leur jonction, et ici dans cette île au centre des routes maritimes, et peut-être aussi aériennes, nous avons l’opportunité de les faire se rassembler.’  En mai 1947, lors d’un meeting à l’Albert Hall de Londres, du United Europe Movement qu’il avait créé et qu’il présidait, il parla de ‘… l’idée d’une Union Européenne dans laquelle notre pays jouera un rôle décisif…’ la France et la Grande Bretagne seraient les ‘…membres fondateurs de ce mouvement’ et  ‘… la Grande Bretagne devra pleinement assumer son rôle de membre de la famille européenne..’

Sa détermination à ce sujet était telle, qu’après l’invasion allemande de la France en mai 1940,  et avec l’accord de son parti et de son Cabinet, il avait annoncé en juin 1940 la Déclaration de l’Union entre la Grande Bretagne et la France :  ‘ Les deux gouvernements déclarent que la France et la Grande Bretagne ne seront désormais plus deux nations distinctes, mais une Union Franco-Britannique … Chaque citoyen français bénéficiera immédiatement de la citoyenneté britannique, chaque Britannique deviendra citoyen français.’   En commémoration de cette union, un timbre anglo-français à l’effigie du roi George VI et du President Albert Lebrun fût conçu.

Illustration 1
Timbre franco-anglias, mai 1940

La montée du Maréchal Pétain et la création du gouvernement collaborateur de Vichy mit abruptement fin à ce projet. C’est dans ce contexte d’une France divisée sur son propre territoire entre Collaborateurs et  Résistants, ces derniers eux-mêmes étant divisés entre Gaullistes and Communistes, que doit être comprise la rebuffade de Churchill à De Gaulle, la veille des débarquements de 1944 sur la côte normande: ‘ Si la Grande Bretagne doit choisir entre l’Europe et le grand large, elle choisira toujours le grand large. Chaque fois que je dois décider entre vous et Roosevelt, je choisirai toujours Roosevelt.’

De Gaulle ne partageait pas la vision exaltée d’une Europe unie comme premisse d’une paix universelle qu’avait Churchill.  Il portait sur l’Allemagne un regard français traditionnaliste ;  sa principale motivation envers l’Europe était la résolution de la rivalité et du conflit ancestral entre, comme il disait : ‘Les Gaulois et les Germains’, pour lui ‘L’Europe c’est la France et l’Allemagne’. En ceci il ne partageait pas non plus les idéaux, et l’action militante, de ses compatriotes français, Jean Monnet et Robert Schuman, envers l’unité de l’Europe. Jean Monnet avait déclaré en 1950 ‘La prospérité de notre communauté européenne est indissolublement liée au développement des échanges internationaux. Notre Communauté contribuera à régler les problèmes d’échange qui se posent dans le monde.’ Il avait clairement défini son idéal humaniste : ‘Nous ne coalisons pas les États, nous rassemblons les hommes.’ Il se plaçait ainsi aux antipodes de la position de De Gaulle. Celui-ci dénonçait violemment les initiatives de Monnet et de Schuman, qui, devant la montée de la Guerre Froide préconisaient une politique européenne commune, avec le soutien des États-Unis, sur le plan économique, politique et militaire.  Ce qui conduisit à la création en 1952 de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), une assemblée consultative de 78 membres, afin de neutraliser toute résurgence de l’ancienne rivalité franco-allemande, puis à la signature du Traité de Rome, et aux préliminaires pour l’entrée de la Grande Bretagne dans la Communauté européenne. Schuman, alors Premier ministre, avait déclaré en 1949  ‘Il ne peut y avoir d’Europe sans la Grande-Bretagne.’

De Gaulle, quant à lui, voyait le Marché Commun dirigé par ‘une commission commune qui ne soit naturellement pas constituée avec des Jean Monnet, des apatrides soi-disant supranationaux, mais avec des fonctionnaires qualifiés.’  Ainsi le Parlement Européen, qui fut au début l’assemblée consultative commune de la CECA, composée de 78 parlementaires sans pouvoir législatif, qui appartenaient aux parlements des états membres, est devenu au cours des ans une structure de dimension excessive, d’une complexité byzantine, sans consensus, où de puissants lobbies exercent de constantes pressions sur les commissions, tout cela sans vision d’avenir, sans projet magistral, sans véritable politique commune. Qui plus est la division du Parlement entre Bruxelles et Strasbourg,  afin de satisfaire aux exigences de la France, représente non seulement une vaste perte de temps, de ressources, et d’énergie, mais constitue un sérieux obstacle au bon fonctionnement de la structure elle-même, qui se résout, plus ou moins, au sabotage du rêve et des idéaux des Pères Fondateurs de l’Union Européenne.  La France a une large part de responsabilité dans les difficultés dans lesquelles se débat l’Union Européenne. Elle a imposé sur cette institution ses propres intérêts nationalistes ancestraux sans songer au bien commun, ainsi que sa lourde machine administrative, et sa bureaucratice tatillonne, qui rappelle la fable d’Ésope, Le Chien qui lâche sa proie pour l'ombr. La Fontaine en reprit la morale dans sa propre fable:

Chacun se trompe ici-bas.

On voit courir après l'ombre


Tant de fous, qu'on n'en sait pas


La plupart du temps le nombre.

De Gaulle s’opposa résolument à l’entrée de la Grande Bretagne dans le Marché Commun en 1961 et 1967, pour les mêmes raisons, il faut le dire, qui avaient fait douter Churchill du bien-fondé de cette adhésion pour la Grande-Bretagne.  Ainsi parla t-il devant le Parlement en 1950, concernant la position du Royaume-Uni ‘ au centre de l’Empire britannique et du Commonwealth’, et ‘ notre association fraternelle avec les États-Unis d’Amérique.’  Mais, poursuivit-il ‘Nous sommes prêts à considérer, et si nous en sommes convaincus,  à accepter l’abrogation de la souveraineté nationale, si nous somes satisfaits avec les conditions et précautions prises …la souveraineté nationale n’est pas inviolabe, et elle peut être résolument diminuée pour le bien des tous les hommes, dans tous les pays qui marchent ensemble vers un but commun.’  L’ancien Premier ministre britannique, Edward Heath, qui négocia avec succès l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté Européenne le 1er janvier 1973, et avait connu Churchill, avec lequel il travailla, publia une tribune dans le Guardian en 1996 : ‘… Je suis sûr que Churchill soutiendrait à l’heure actuelle une politique qui permettrait à la Grande-Bretagne d’être au cœur de l’Union Européenne … Churchill serait le premier à réaliser que dans le monde d’aujourd’hui, où la Grande Bretagne isolée serait éclipsée par cinq grands pouvoirs : les États Unis, la Russie, la Chine, le Japon et l’Union Européenne, que l’entière participation de la Grande Bretagne à l’Union Européenne est vitale, pour la Grande Bretagne et le reste du monde.’

Dans son discours-phare au Congrés de l’Europe en 1948, Churchill avait appelé à la création d’une Charte Européenne et d’une Cour Internationale des Droits de l’Homme. La France, la nation européenne qui, en 1789, avait proclamé la  Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, directement inspirée de la Déclaration d’Indépendance américaine de 1776 :‘Tous les hommes sont nés égaux’ et ils bénéficient du droit ‘ À la Vie, la Liberté et la poursuite du Bonheur’, conçue par Président Jefferson de descendance anglaise,  la France n’était pas après la Seconde Guerre Mondiale à l’avant-garde de cette initiative humaniste visionnaire.  Elle devait confronter et exorciser ses propres démons, qui hantent les Français depuis des siècles. Sans remonter au temps reculés de la Croisade du Nord contre les Cathares du Sud, du combat sanguinaire entre les Armagnacs et les Bourguignons, des Guerres de Religion sans pitié, l’histoire de France est le récit d’un combat violent et continuel entre des valeurs conflictuelles et des factions opposées, entrecoupé, de façon intermittente, de périodes de rémission. C’est un pays à jamais divisé en lui-même, et l’ombre d’une psychose nationale s’est assombrie et alourdie au cours des siècles, et plus particulièrement à l’époque morderne. Malgré toutes ses déclarations et revendiquations faites au nom de la Raison au temps des Lumières, la France n’a jamais adéquatement affronté et exorcisé le traumatisme moral de la Révolution de  1789,  son régicide, et les horreurs et atrocités de la guerre civile perprétrées durant la Terreur. Pendant un temps, Bonaparte fit régner à nouveau le calme et la prospérité sous le Consulat et le Premier Empire, mais au prix de guerres interminables qui dévastèrent l’Europe et n’établirent pas de façon permanente une cohésion politique nationale.  Tout au long du XIXe siècle, le pendule oscilla entre les Monarchistes et les Républicains, entre les socialistes radicalisés récolutionnaires de la société urbaine et la large population conservatrice catholique des campagnes de la France rurale. La situation explosa en 1871 avec la Commune socialiste de Paris, qui régna sur la ville pendant 3 mois, entraînant sa répression durant ‘La Semaine sanglante’, et la formation de la Troisième République par Thiers.  Bien que les Français soient habituellement unis contre un ennemi commun, il n’en fut rien en 1940, et à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la France a dû faire face à l’héritage nocif et néfaste du gouvernement de Vichy et de la Collaboration.  Ce n’était pas une mince affaire, même Schuman, né en Alsace, l’un des Pères Fondateurs de l’Europe avait, à un moment donné, participé au gouvernement de Vichy, avant d’être rétabli dans la vie poiitique par De Gaulle en 1945. Bien entendu il s’agissait aussi de degré d’implication et des circonstances. Ainsi Maurice Papon, l’ancien préfet de police de Bordeaux, qui durant l’occupation avait activement collaboré avec les Nazis et envoyé des milliers de Français d’origine juive en camps de concentration, avait retourné sa veste après la guerre devenant gaulliste et occupant des fonctions officielles importantes. Il joua un rôle décisif durant la Guerre d’Algérie, ordonnant la torture contre les prisonniers, et en 1961 le massacre des manifestants FLN à Paris, dont les corps en nombre resté inconnu furent jetés dans la Seine. De Gaulle, rappelé au pouvoir pour régler la crise algériennee dans l’espoit de conserver cette ancienne colonie, le décora de la Légion d’Honneur la même année. La justice ne rattrapa Papon qu’en 1998, il fut alors jugé et condamné pour crimes contre l’humanité. Mitterand, qui en tant que Président abolit la peine de mort en 1981, avait lui-même envoyé 45 membres du FLN à la guillotine en  1956-57, alors qu’il était Garde des Sceaux pendant la Guerre d’Algérie. Mitterand lui-même fut fortement soupçonné de collaboration pendant les années de sa présidence, la décade 1981 et 1995, pour son action au sein du gouvernement de Vichy, et l’amitié durable qui le liait à René Bousquet, l’ancien chef de police de Vichy qui envoya des milliers de Français d’origine juive à leur mort. Il était, entre autres, responsable de la tristement célèbre rafle du Vel’ d’Hiv’en 1942.  Il fut assassiné en 1993 avant que son procès en justice pour crimes contre l’humanité n’ait pu démarrer.

En considérant objectivement ce contexte empoisonné, il est aisé de voir que les relations de la France envers la Communauté Européenne n’ont jamais été, dès le début, ni simples ni faciles, mais fortement teintées d’ambivalence, et assombries par les spectres du passé. Il est aussi aisé de comprendre les réserves et les hésitations occasionnelles de Churchill à propos de l’adhésion britannique à l’Union Européenne. Cependant, cette adhésion sous certains aspects, peut être considérée comme apportant un élement de stabilité et d’équilibre nécessaire entre les deux protagonistes principaux, la France et l’Allemagne.Cette précieuse voix extérieure, et indépendante, doit être conservée, quand bien même et pour cette raison même, elle est de temps en temps dissonnante. Ce qui est le cas avec ce référendum qui met en relief les déficiences d’une institution vieille de presque 60 ans, qui a grandi de façon désordonnée, jusqu’à assumer des dimensions exaggérées, et qui se retrouve encombrée de fonctionalités superflues. La structure même de la Communauté Européenne doit être revue à la lumière des réalités d’un monde transformé par la globalisation, par l’immigration, les crises financières récurrentes, les menaces que pose à l’environnement un monde industriel en constante expansion, la menace à la paix en Europe et dans le monde des groupes extrémistes radicalisés, qu’ils soient d’origine terroriste ou issus des mouvements populistes de droite, la montée de Daesh au Moyen-Orient. Le référendum britannique peut agir comme une mouche de coche, un mal nécessaire, pour susciter un bilan salutaire de l’état présent de l’Europe et de son statut, afin d’en redéfinir ses buts, son rôle et sa position dans ses propres frontières et dans le monde.

Il est aussi temps de revoir la politique européenne envers la solidarité et l’humanitaire, tout autant que la protection et la défense de ses frontières. Les pyas du Nord, plus riches que ceux du Sud, ne peuvent s’attendre à ce que ces derniers, telles la Grèce, l’Espagne et l’Italie, fassent seuls face au ras-de-marée humain des émigrés qui quittent leur pays chassés par des guerres dévastatrices comme au Proche et au Moyen-Orient, ou de désastres économiques comme en Afrique. C’est souvent le résultat de l’interventionnisme occidental dans les politiques de ces pays, ou de l’exploitation à outrance de leurs ressources naturelles, au profit de larges internationales.De nombreuses voix s’élévent, parlant de racines et valeurs chrétiennes. Ces groupes ou personnes feraient bien de se souvenir que ‘Caritas’  est une vertu chrétienne cardinale.  Elle n’est ni ‘condescendante’, comme l’avait déclaré Margaret Thatcher questionnée à propos de la compassion, ni charité gratuite. Elle est fondée sur les principes de fraternité et de solidarité. C’est une valeur fondamentale que les Pères Fondateurs de l’Europe ont prônée pour tous, quelque soient la race, la croyance ou la religion. Leur vision s’inscrivait dans la politique des Chrétiens Démocrates, qui concevaient la paix, l’harmonie entre les peuples, et la prospérité pour tous dans la reconnaissance et le respect de la dignité de l’homme dans sa dimension spirituelle, pour tous les hommes et toutes les religions, un pluralisme religieux reconnu par le Jésuite belge, Jacques Dupuis. L’égalité fondamentale de tous les hommes est un principe de base de la Chrétienté. L’être humain, en tant qu’être spirituel, jouit d’un droit inaliénable qui ne dépend en rien de l’État. Ce droit doit être reconnu et pris en compte, car tous les hommes sont reliés entre eux et solidaires dans l’œuvre commune pour le plus grand bien de la société.   

Cette équalité entre les hommes n’a rien à voir avec le socialisme radical qui explosa en France au XIXe siècle.  Karl Marx, qui avait vécu la Commune à Paris en 1871, qui lui inspira un livre, voyait ce conflit comme source d’inspiration dans ‘la dictature du prolétariat…, la disparition de l’État…, le signe avant-coureur d’une société nouvelle’ Mazzini, ‘ le prophète de l’Europe’ condamna ses excès, denonça le matérialisme socialiste et communiste, et la  ‘lutte des classes’, prônant au contraire ‘la collaboration des classes’.  Il dénonça aussi les effets néfastes du rationalisme et de l’athéisme, rejetant le concept révolutionnaire de ‘Droits’ intrinsèques dûs à l’homme, source pour lui de l’individualisme, pour celui de ‘Devoirs’  de l’homme, par lesquels celui-ci gagne ses‘Droits’, acquis par la discipline d’une vie vertueuse. L’homme contribue ainsi à la société par son travail assidu et son abnégation, qui lui permettent de grandir en spiritualité, en altruisme, en tolérance et en humanité, faisant ainsi régner la paix et l’harmonie entre les peuples et les nations.

L’éthique de Mazzini, inspirée par son éducation Janséniste, est semblable à celle des Chrétiens Démocrates. Elle est aussi proche de l’éducation Méthodiste de Thatcher, insistant sur l’importance d’une vie vertueuse, de l’éducation et du travail. Cependant, si lorsque élue Premier Ministre elle a cité St. François d’Assise en entrant au 10 Downing Street, son action politique n’en resta pas pour le moins loin de cet idéal. Le néo-libéralisme de type américan inspiré par Raegan, qu’elle imposa en Grande-Bretagne, et que   Tony Blair, selon elle son ‘plus fidèle disciple’ poursuivit, est responsable de la domination mondiale incontrôlée de puissantes institutions financières, qui précipita la crise financière de 2008, provoquant une misère sans nom pour des millions dans le monde entier. Ses effets néfastes doivent être pris en compte dans les maux qui affligent présentement le Royaume-Uni, qui ne sont pas tous causés par les insuffisances de l’Union Européenne.  Dans une société équitable l’économie et le capitalisme doivent être au service de tous, pour leur bénéfice et leur bien-être. La majorité des hommes ne doit pas être esclave du système pour le profit et le bénéfice d’une minorité. Le respect de l’autre irait alors de pair avec le respect de son environnement, et l’espace naturel serait alors respecté en tant que patrimoine commun, qui doit être protégé et géré avec conscience, et avec le soin à apporter aux ressources naturelles à disposition, afin d’en assurer le développement durable.  C’est là une notion chrétienne-démocrate. Tout comme l’est la décentralisation des pouvoirs administratifs de l’État qui doivent filtrer au niveau des différents groupes sociaux, permettant ainsi un meilleur respect des libertés individuelles, ce qui inclut la liberté de culte et l’enseignement religieux des différentes obédiences, avec toutes les implications que cela entraîne pour une unification de l’Europe dans la diversité.

La situation présente en Europe ne reflète guère ce premier idéal. Particulièrement en France, où par exemple, sous le prétexte de laïcité - qui devrait être tolérance de toutes les religions, mais qui en fait est la répression de toute forme de symboles religieux en faveur d’une sécularisation qui est aussi un athéisme socialiste - de constants et virulents débats sont tenus sur la question du port du voile pour les femmes mulsulmanes. La Grande-Bretagne qui peut s’enorgueillir d’avoir le permier maire d’une capitale européeene à Londres, apporte une note apaisante à cette clameur européenne sur la discrimnination raciale et religieuse. Le Royaume-Uni par ses traditions ancestrales, la Common Law établie par le Normand Guillaume le Conquérant, la Magna Carta, la Grande Charte, le Parlement, son monarque consacré selon les rites de l’ancienne cérémonie du couronnement des rois de France, les traditions et les peuples hérités de l’Empire et du Commonwealth, jouit d’une unique continuité historique, jusque dans la survie d’anciennes coutumes saxonnes. C’est là la source jaillissante de la fierté nationale et de la confiance en soi du peuple britannique, qui a permis à la nation de faire face et de surmonter les aléas de la vie et du passage du temps. Est-il nécessaire de rappeler que les devises de l’Angleterre sont écrites en français : Dieu et mon Droit et Honni soit qui mal y pense ?  La France, la plus ancienne nation eurpéenne avec l’Angleterre, est tristement divorcée d’une large partie de son passé historique, et se retrouve être sans cesse la proie de commotions sociales dans une quête incessante et fiévreuse, incapable comme elle l’est de bâtir solidement sur des fondations rendues instables par ses pulsions autodestructrices. Les deux dernières présidences sont témoins du lamentable déclin de la France, tant au niveau national qu’au niveau international. Le gouvernement du pays assume désormais la superficialité et l’artificialité d’un spectacle médiatique, où nulle réelle autorité, vision et direction ne sont exercées. Le pays sombre de plus en plus dans le chaos social, la violence entre les différents groupes sociaux et éthniques et la police s’accroit de jour en jour. Les droits et libertés démocratiques sont érodés au nom de la sécurité par un gouvernement autoritaire anti-démocratique socialiste, qui cherche à cacher son incompétence inhérente, et son incohérence, en assumant une posture qui est une imposture. Les deux événements internationaux tenus à Paris, la COP21 pour le climat et le récent sommet sur la Palestine, sont deux exemples pathétiques de l’incapacité de la France à influencer les affaires internationales à cause de ses propres contradictions et idiosyncrasies. Autrefois le pays européen agricole le plus important, la France est devenue le pays le plus grand consommateur d’engrais chimiques, polluant le sol, l’eau et l’air. La France vend aussi de vastes étendues de terres agricoles des plus fertiles aux Chinois. Ces derniers inondent le marché européen de leurs produits, le plus souvent chargés de produits chimiques hautement toxiques, produisant dans leur tranport une énorme quantité de CO2. Les Chinois colonisent aussi le paysage urbain, rachetant tous les petites brasseries et cafés locaux que les Français eux-mêmes ne peuvent plus se permettre de tenir à cause des tracasseries mesquines de la bureaucratie administrative. Il est laissé à Angela Merkel le soin de dénoncer l’agressivité des méthodes commerciales chinoises et le dumping de l’acier sur le marché européen. Par peur d’une autre grève et de troubles sociaux, le vaste réseau de canaux et voies fluviales en France reste largement sous exploité pour le transport du fret, la consommation d’essence des poids lourds continuant à polluer l’atmosphère avec du CO2. Si Sarkozy est une fois de plus élu, l’extraction du gaz de shiste détruirait à jamais le visage harmonieux du paysage français, une ancienne terre façonnée en un jardin au charme bucolique par la main de l’homme depuis des millers d’années, et les nappes phréatiques seraient à jamais empoisonnées. La position de la France au Moyen-Orient a été totalement discréditée par le gouvernement incohérent de Sarkozy et sa relation perverse et corrompue avec la Libye et la Syrie. Le gouvernement de Hollande orgnise un sommet sur la politique internationale en Palestine, cependant les Français qui préconisent le boycott économique des produits israëliens pour entraver la colonisation par les communautés juives des terres arabes en Palestine, sont pénalisés.  La culpabilité de la France envers la persécution des Juifs durant la Shoah de la Seconde Guerre Mondiale exerce encore une puissante emprise sur la politique intérieure et étrangère du pays, et ne permet aucune objectivité et aucune constanee dans son attitude envers la situation politique de la région. Malgré ses anciens mandats et colonies dans les pays arabophones,  la France n’a jamais institué une structure équivalente à celle du Middle East Centre of Arabic Studies, (MECAS) britannique, créé après la guerre par Sir Bertram Thomas à Jérusalem, dans le but de former un corps d’élite arabisant au Ministère des Affaires Étrangères. Les Services de Renseignements français n’ont pas même dans leurs rangs des agents parlant l’arabe et doivent se fier à des traducteurs engagés de l’extérieur pour détecter les terroristes potentiels sur le territoire.

Mazzini avaient prôné la vertue de faire suivre la pensée par l’action, dénonçant les dangers de l’intellectualisme du rationalisme per se, une faute française s’il en est une, que refléte la gestion et l’administration de l’Union Européenne. Pourtant la médiatisation à outrance de toute action humaine fait que, désormais, ce n’est guère la pensée qui est concernée, mais plutôt les mots. Il semble que les mots soient délivrés sans pensée rationnelle et raisonnable préalable, sous le coup de l’émotion et de l’impulsion du moment, sans aucune sincérité ni conviction. Si ils ne sont pas sciemment utilisés pour délibérément embrouiller, dans le jeu pervers de la désinformation de la propagande politique. À ce triste moment de faiblesse de la France en Europe  et dans le monde, la Grande-Bretange doit représenter la fermeté et la détermination afin de donner une nouvelle direction à la Communauté Européenne. Elle doit s’efforcer du mieux qu’elle le peut, de réformer l’Union Européenne en s’appuyant sur son unique position. Il faut espérer que la Royaume-Uni, par ce référendum, ne renoncera pas à ce statut privilégié et laissera passer cette opportunité. L’Europe en serait apauvrie et amoindrie, son avenir, et celui du monde entier, assombri.

Que reste t-il désormais à ajouter sinon les vers de Shakespeare ?  Ce sont les mots du roi anglais, Édouard II, un Plantagenet né à Bordeaux. Il est dépeint sur le Wilton Dyptich à la National Gallery de Londres, agenouillé à la Cour de la Vierge, entouré des saints royaux anglais, Édouard le Confesseur, et Edmond le Martyr, portant sur son manteau le badge royal, un cerf blanc. Ses mots résonnent en moi à chaque fois, quand décidant de délaisser la vitesse et la modernité de l’Eurostar, pour traverser la Manche par le ferry, je vois les blanches falaises de Douvres se profiler au loin, et lentement envahir l’horizon liquide gris argenté. Mon cœur est alors submergé d’une intense émotion, la gorge serrée, je sens les larmes me monter aux yeux. Ces mots, je les ai appris adolescente, en étudiant Shakespeare. À l’âge de 10 ans, en lisant The Hound of the Baskerville de Sir Conan Doyle, et David Copperfield de Dickens, j’ai eu la prescience que, pour vivre dans la modernité, je devais devenir anglophile.  De fait, j’ai vécu à l’intérieur des ‘trois cercles majestueux’ de Churchill, ‘l’Empire et le Commonwealth’, ‘le monde anglophone’ et ‘ l’Union Européenne’.  Ma vie en a été, et en demeure, d’autant plus riche, plus belle et plus accomplie.

…Ce trône royal de souverains, cette île de pouvoir,

Cette terre de majesté, ce siège de Mars,

Cet autre Eden, ce paradis terrestre,

Cette forterresse construite par la Nature même,

Contre la contagion et la main de la guerre,

Cette heureuse race d’hommes, ce petit monde,

Cette pierre précieuse sertie dans la mer d’argent,

Qui la protège en lui servant de rampart,

Comme une douve défend une maison,

Contre l’envie de terres moins fortunées…

Ce lieu béni, cette terre, ce royaume, cette Angleterre.

MONIQUE RICCARDI-CUBITT

Paris, 18 juin 2016

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