QUI VEUT COMMANDER DOIT SERVIR

OU NOBLESSE OBLIGE

QUI VEUT COMMANDER DOIT SERVIR

OU NOBLESSE OBLIGE

Chaque année depuis treize ans, le 8 juin, en l’église de Ste Elizabeth de Hongrie au Temple, chapelle conventuelle des Chevaliers de l’Ordre de Malte, une Messe de Requiem est célébrée à la mémoire de Louis XVII, l’enfant-roi mort au Temple en 1795, persécuté et martyrisé, victime de la violence et de la cruauté indicible des hommes. Cette tache sur l’honneur de la France, qui contribue à l’ombre qui pèse sur la mémoire collective, est désormais associée au sort de tous les enfants persécutés dans un monde contemporain retourné aux temps barbares. Pourtant depuis 1048 et la création à Jérusalem d’un hôpital pour les pèlerins par des commerçants venus d’Amalfi en Italie, l’Ordre hospitalier de Malte, héritier des Templiers après la dissolution de leur Ordre en 1312, poursuit son œuvre caritative dans le monde entier.

L’homélie cette année associa les enfants du Proche et du Moyen-Orient à ceux de l’Afrique, à tous ceux qui n’ont jamais connu dans leur courte existence autre que la guerre, la mort, la violence, la destruction, ceux qui sont nés ou sont parqués dans des camps de réfugiés au Liban, en Jordanie, en Turquie, à Calais ou ailleurs, ceux qui n’ont plus de racines, plus d’histoire, dont on a détruit les traditions, ceux qui n’ont pas d’avenir. Il faut y ajouter les enfants de l’Inde, du Pakistan, de l’Asie, forcés à l’esclavage de travaux épuisants et polluants afin de contribuer aux demandes sans cesse croissantes d’une technologie dévoreuse de ressources naturelles, pilier de la société de consommation à laquelle ils ne participeront jamais, des travaux qui les détruisent dans leurs jeunes corps tout autant que l’esclavage sexuel les détruisent dans leurs âmes et leurs esprits.

Louis XVII (1785-95) Dessin anonyme, Musée Carnavalet, Paris Louis XVII (1785-95) Dessin anonyme, Musée Carnavalet, Paris
 ‘…I bambini, umiliati, sono soli davanti alla meraviglia dell’universo

E sono soli davanti alla sua distruzione. (meravirgliarsi)

Les enfants, humiliés, sont seuls face à la merveille de l’univers

Et ils sont seuls face à sa destruction’ (s’ émerveiller)’ , écrit le poète italien Eugenio de Signoribus dans le volume Aucun lieu n’est élémentaire, récente publication bilingue des Cahiers de l’Hôtel de Gallifet, l’Institut Italien à Paris. Dans ce monde voué à l’adoration du Veau d’Or et de Mammon, où l’innocence du cœur est méprisée, déridée et bannie, quelle place reste t-il pour les enfants et l’avenir d’un monde détruit par la cupidité et la rapine de l’homme ? Comment après les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, des guerres du Vietnam, de la Palestine, de l’Irak, de l’Afghanistan, d’Afrique, de Syrie et d’ailleurs, la communauté internationale, les Nations Unies, l’UNICEF n’ont-ils pas réussi à établir un monde meilleur pour les enfants des hommes ? L’humanité est en régression dans sa folle course au profit des marchés, des banques et des multinationales, au profit d’un soit-disant progrès, et d’une technologie qui vise à remplacer le travail humain, son ingéniosité, son génie inventif, par l’intelligence artificielle et les robots, et ce faisant détruit la planète. Dans cette course folle et suicidaire que mènent des êtres humains dans le sanctuaire de leurs laboratoires, tout absorbés par leurs froides élucubrations intellectuelles dénuées de toute humanité et humanisme, il n’y a plus de place pour les faibles et les démunis : les enfants sont les premières victimes de l’inhumanité des hommes.  

Protéger la veuve et l’orphelin faisait partie du code de la chevalerie dans le monde médiéval européen où la violence et la guerre étaient pourtant monnaie courante. L’élite gouvernante avait un code d’honneur, une éthique morale et religieuse : Noblesse oblige, que je traduisis en réponse à l’une des mes étudiantes à Londres : ‘Qui a le plus reçu, doit le plus donner’. Ainsi est-il exprimé dans L’hymne à Saint Louis, chanté à la Messe de Requiem en ce 8 juin 2017, ‘Qui veut commander doit servir’ . Louis IX, roi et saint, exhortait son fils dans son Enseignement : …’ Cher fils, je t'enseigne que tu aies le coeur compatissant envers les pauvres et envers tous ceux que tu considéreras comme souffrants ou de coeur ou de corps ; et selon ton pouvoir soulage-les volontiers ou de soutien moral ou d'aumônes…Cher fils, s'il advient que tu deviennes roi, prends soin d'avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c'est-à-dire que tu sois si juste que, quoi qu'il arrive, tu ne t'écartes de la justice. Et s'il advient qu'il y ait querelle entre un pauvre et un riche, soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu'à ce que tu saches la vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice…’

Bossuet (1627-1704) en 1659, dans son discours sur ‘L’éminente dignité des pauvres’, fustige ‘l’étrange inégalité’ d’une société où les riches ‘s’imaginent que tout leur est dû’ où ils ‘foulent aux pieds les pauvres’, sans songer que ‘Si vous ne portez le fardeau des pauvres, le poids de vos richesses mal dispensées vous fera tomber dans l’abîme.’ Montesquieu (1689-1755) le confirme dans L’esprit des Lois, VII, 4 : ‘Les richesses particulières n’ont augmenté que parce qu’elles ont ôté à une partie des citoyens le nécessaire physique ; il faut donc qu’il leur soit rendu.’ Le cadre de cette justice est politique : ce qui est dû aux pauvres (des secours) ou aux travailleurs (une juste rétribution), leur est dû en tant que citoyens, en membres de la communauté politique .

Ainsi l’affirmait Paul Ricoeur dans des propos adressés en 1991 à Michel Rocard : ‘Ce qu’il faut commencer aujourd’hui et sans tarder, c’est la critique du capitalisme en tant que système de distribution qui identifie la totalité des biens à des biens marchands’, rapporte la philosophe Myriam Revault d’Allonnes, Membre du conseil scientifique du Fonds Ricoeur, qui fut l’élève et l’amie du philosophe, dont se recommande il semble erronément le nouveau président Macron qui se pose en philosophe. Le jeune étudiant correcteur d’épreuves n’a certes pas retenu la leçon du maître, celle de la ‘dette’ envers nos aînés, qui nous ont nourris physiquement et métaphysiquement ‘ plus qu’on ne paiera en retour’. L’amour pour la philosophie auto proclamé par Macron ne semble pas avoir été d’une telle intensité à laisser un souvenir durable sur son professeur à Nanterre, Étiénne Balibar, maintenant professeur à Columbia University USA et Kingston University, UK, qui n’a aucune mémoire de son travail... Si Macron évoque pêle-mêle en citations pédantes tout le panthéon politique et littéraire de l’histoire de France, ce n’est pas pour lui rendre hommage et s’inscrire humblement dans les pas de ses aînés en servant l’humain, selon l’expression de Simone Veil, dans la continuité de l’histoire, mais pour gonfler son ego et faire valoir l’unique qualité de son destin et le soit disant génie de sa pensée, dont il a une opinion aussi démesurée que son ambition. Le nouveau monarque républicain est semble t-il sorti tout armé de la cuisse de Jupiter, il ne doit rien à personne, il n’a aucun compte à rendre, ni aucune dette envers personne : ‘il savait tout mieux que les profs’, nous dit son ancienne professeur, désormais sa femme, pâmée d’admiration et sycophante du culte du jeune prodige qui en sixième connaissait déjà ‘les racines grecques et latines de la langue française’. Ce pseudo intellectuel et philosophe pille allégrement les écrits des auteurs du passé et les réflexions de ses aînés pour présenter leurs idées et leurs démarches intellectuelles comme dans un supermarché. Sur les étagères de son esprit fumeux et embrouillé de notions contradictoires, il place tour à tour des denrées à consommer au gré des occasions, des goûts et des appétits de ses interlocuteurs du moment. Alors bien sûr il n’est pas question d’être clair et précis dans ses déclarations, il en est incapable, car il est toujours en situation réactionnelle : comment séduire, enfumer et manipuler l’autre afin de nourrir son narcissisme vorace et exigeant, et comment parvenir à ses fins personnelles sans en dévoiler le potentiel danger de leur égocentricité.

L’amateur invétéré de citations savantes, une pratique qui cache si bien la pauvreté de sa pensée et son absence de vision originale, ferait bien de se souvenir de l’adage de Boileau, que nous répétait notre professeur de philosophie à Sainte Marie, le collège où fut éduquée Simone de Beauvoir : ‘Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément’. Les discours de Macron virent souvent au surréalisme dans leur emploi du jargon franglais et leur fil décousu. L’irrationalité égocentrique de ses propos fait qu’ils tiennent de l’absurde. Ils relèvent de l’automatisme issu de l’inconscient utilisé par les membres du mouvement Dada des années 30, dans l’énonciation de mots sans liens ni suite entre eux, voir le florilège des meilleurs extraits sur le blog de Mediapart , Macron : le phare de la pensée complexe du 30 juin 2017 par Marugil : https://blogs.mediapart.fr/marugil/blog/300617/macron-le-phare-de-la-pensee-complexe

Et l’inconscient de cet auto proclamé monarque, élu par défaut par 15% seulement de la population française, et discrédité dans sa légitimité par un record d’abstention au vote des Législatives de 57% est bien trouble. Ainsi le démontre l’analyse du psychiatre et psychothérapeute italien, Adriano Segatori P.H.D en sciences sociales et en la symbolique de la communication, membre de la Sezione Scientifica Psicologia Giuridica e Psichiatria Forense ( Département de Psychologie juridique et Psychiatrie Médico-légale de l’Académie Italienne de la Science médico-légale). Voir la transcription de son analyse dans mon billet de blog Mediapart du 5 juin 2017 : L’inquiétant M. Macron https://blogs.mediapart.fr/monique-riccardi-cubitt/blog/050617/l-inquietant-m-macron

Aussi sa Cour à l’Élysée dit qu’il ne peut communiquer avec la presse dans l’interview traditionnelle du 14 juillet, car confie t-on au Monde, la ‘pensée complexe’ de Macron se prête mal au jeu des questions-réponses avec les journalistes. Mais, assure t-on avec toute l’hypocrisie, la mauvaise foi, et l’insolente arrogance de Macron et de sa suite, ‘Le président ne peut pas rester sur son Aventin. Il ne peut pas s’occuper exclusivement de l’international et du régalien. Il souhaitait s’adresser aux Français avant la trêve estivale’. Pour cela ce monarque absolu a choisi d’adresser son discours à la nation, qui doit se montrer reconnaissante puisqu’il condescend à descendre de son Olympe armé de ce beau cadeau avant les vacances, qui vise à les éclairer de sa sagesse divine dispensée des sommets altiers et symboliques du palais de Versailles. Il est là à son aise, il est chez lui. Moyennant la modeste dépense d’un demi million d’euros, la France lui doit bien cela. Après tout il est l’homme providentiel, le sauveur de la démocratie devant la menace du Front National, le défenseur de l’Europe afin que la City de Londres d’après le Brexit vienne se reloger à la Défense et fasse de Paris la place européenne financière, ce pourquoi il œuvre afin de défendre les intérêts de ceux qui l’ont fait élire, et qui tirent les ficelles d’une stratégie politique qu’il ne doit surtout pas révéler. À lui les beaux discours sur l’Europe, sur l’humanité de l’accueil des migrants, sur l’égalité des chances dans la société civile. À lui les envolées lyriques pseudo mystiques truffées de beaux mots qui appartiennent aux autres, à ceux qui ont eu une vision et un idéal, et qui n’ont pas failli en tombant dans la facilité, la médiocrité et la compromission. Ces mots ne l’engagent en rien, à la fin de son discours il peut toujours se vanter avec fanfaronnade, comme après la rencontre avec les syndicats sur le Code du Travail le 23 mai 2017, ‘Je ne leur ai rien dit !’, car il est pleinement conscient du jeu pervers et destructeur qu’il utilise pour parvenir à ses fins. Et à Versailles il ne sera pas interpellé par des journalistes incultes incapables de percevoir la hauteur de ses idées, et surtout il n’aura pas à rendre compte à ces être inférieurs, du sublime de ses hautes réflexions philosophiques, ce qui engendrait chez cet être exceptionnel des crises d’angoisse existentielle et d’hystérie d’avoir à s’abaisser à de telles indignités !

Comment la France en est-elle arrivée à un tel niveau de bassesse d'esprit, de perversité morale, de malhonnêteté intellectuelle, de médiocrité du gouvernement où la communication remplace l’art de gouverner, où la diplomatie n’est que parade et échanges vides de sens, où les mots, les concepts, les idéaux sont à ce point dénaturés à devenir pernicieux dans leur inversion ? Sarkozy avait préparé le terrain, il salue désormais son successeur, ‘Macron, c’est moi en mieux’, ce qui n’est pas peu dire, et Hollande renchérit. L’héritage néo-libéral de Tony Blaur et sa clique est à l’origine de ce déclin français des décades après son avènement en Grande-Bretagne. Il fractura la société britannique en exacerbant les injustices sociales, ce qui entraîna la montée du populisme et le Brexit. Loin d’être le défenseur de la démocratie, Macron va obtenir le résultat même qu’il était supposé contrecarrer : la montée du populisme dans une société fracturée et déboussolée par une mondialisation qui ne prend plus en compte l’humain chez les citoyens. La France n’a pas besoin de jeunes qui aspirent à devenir milliardaires, comme le veut Macron, la France a besoin de jeunes qui aspirent à un monde plus humain, plus égalitaire, plus respectueux de leurs droits qui sont bafoués dans un État de plus en plus autoritaire qui, tel Big Brother, cherche à tout contrôler les privant de leurs droits les plus légitimes et de leur dignité.

Quant aux plus pauvres et aux plus démunis, ceux qui fuyant la guerre et la famine ont dû tout quitter, hommes, femmes et enfants, il semble que malgré ses belles paroles Macron ne soit pas particulièrement concerné par le sort des réfugiés sur le sol de France à qui, par décret gouvernemental, il est maintenant interdit de donner de l’eau et de la nourriture à Calais. En Sicile lors du G7 il n’a pas eu une seule pensée pour les migrants qui s’entassent dans des camps que ni l’Italie, ni la Grèce, ne peuvent plus continuer à assumer sans la reconnaissance de cette catastrophe humanitaire par les pays de l’Europe du Nord et de la communauté internationale, et de leur soutien moral et financier. Une catastrophe qui est engendrée par l’avidité de l’Occident pour les ressources naturelles des pays du Moyen Orient et de l’Afrique : le pétrole, les minéraux rares nécessaires à la croissance de cette technologie coûteuse qui permet à certains de vivre dans le luxe d’un monde virtuel irréel, et qui affame d’autres les forçant à l’exil, migrants fuyant la guerre, la désolation et la famine.  

Et si l’Europe verse des milliards d’euros au régime dictatorial d’Erdogan en Turquie pour se protéger des flux migratoires, elle n’est pourtant pas prête à soulager la Grèce du fardeau de sa dette, qui pousse le pays à une ruine totale. L’amour de Macron le philosophe pour les racines grecques et latines de la culture française ne semble pas suffisamment puissant pour lui permettre de prendre en considération et de soulager le sort funeste de ces deux pays méditerranéens. L’Italie et la Grèce portent seuls le fardeau de la responsabilité des actions passées de ces institutions financières et multinationales qui pourraient, par un effort généreux de philanthropie, apporter en solidarité un soutien inestimable à ces deux pays berceau de notre culture européenne et de notre civilisation occidentale. La culture du nouveau président semble plutôt être une décoration à afficher à la boutonnière pour se faire valoir et se pavaner, comme celle de la Légion d’Honneur qu’il n’a rien fait pour mériter, qu’une réalité humaine et humaniste ancrée dans une terre baignée par la Mare Nostrum, notre mère nourricière à tous matériellement et spirituellement.

Emmanuel Macron posant en Président de la République Française  Palais de l’Élysée, le 29 juin 2017 Emmanuel Macron posant en Président de la République Française Palais de l’Élysée, le 29 juin 2017

 Ainsi le montre Le Maître des horloges, qui s’affiche décoré dans son portrait officiel où il se fait représenter avec l’horloge du Conseil de Ministres à l’arrière du bureau en acajou devant lequel il se tient, les mains agrippées à son bord. Pour quiconque un tant soit peu cultivé et sophistiqué, au regard aigu et avisé capable de décrypter les pièges grossiers de son instigateur, c’est une photo surfaite, artificielle, un portrait révélateur des failles et écueils de l’ego surdimensionné du sujet. Celui-ci a eu la naïveté et l’imprudence de faire diffuser par son service de communication la vidéo de la mise en scène élaborée qui le montre ouvrant un livre à une page choisie, déposant avec précautions ses deux IPhones sur le bureau pour effet maximum. La composition de la photo est malheureuse, trop verticale elle donne l’impression d’un huis clos étouffant malgré la fenêtre ouverte sur le parc ou les arbres eux-mêmes semblent se resserrer pour créer une sorte de piège dont les mâchoires enserreraient la tête du Président. C’est là un présage de mauvaise augure considérant le choix des livres posés avec tant d’ostentation sur le bureau, dont Le Rouge et le Noir de Stendhal. Un choix qui illustre à merveille le parcours personnel de Macron dans son ambition, sa duplicité, son hypocrisie et ses machinations, mais qui n’en reste pas moins malheureux si on considère la fin du héro, Julien Sorel, qui meurt déshonoré, emprisonné et décapité…Les trois livres que nous propose le Président peuvent se lire ainsi : le parcours initiatique de l’ascension sociale du sujet, Le Rouge et le Noir, l’apogée de ses ambitions dans l’accès au poste suprême, les Mémoires de Charles de Gaulle, sa jouissance hédoniste et égocentrique dans l’exercice du pouvoir, Les Nourritures Terrestres de Gide.

La pose est figée, le corps raide, les mains crispées, cet homme n’est pas aussi sûr de lui qu’il le laisse paraître, en fait la prise qu’il a sur le pouvoir n’est pas assurée, elle est précaire ce que reflète le regard, à la fois distant et froid, mais où plane l’ombre de l’incertitude. Son type physique est celui du Nerveux selon les Quatre Tempéraments d’Hippocrate, Robespierre aussi appartenait à ce type. Froid, sec, cérébral, manquant d'énergie vitale, il participe de l’élément Terre, placé sous le signe de Saturne, il représente la vieillesse, ce que corrobore son électorat majoritairement composé de personnes de la génération de sa femme, celle de ses parents. C’est un Mélancolique, qui ne possède en aucune façon le feu sacré, la sensualité et la ferveur exaltée évoquées par Gide dans son ode à l’amour de la vie, qui suggère chaleur solaire, expansion et empathie. Le regard fixe, troublant, et la pose figée créent un magnétisme reptilien métallique hypnotique, que confirme le sourire asymétrique ambigu et sardonique d’un Méphistophélès. Cet homme est vieux en esprit avant l’âge, il règne dans l’obscurité, il participe de forces chtoniennes qu’il ne maîtrise pas entièrement, qu’il craint en secret car il pressent qu’elles peuvent le détruire à travers les failles de sa personnalité. C’est un homme dangereux pour les autres autant que pour lui-même car il ne sait pas qui il est, il est sans cesse sur scène s’essayant à jouer un rôle, adoptant des postures et des attitudes, Le roi s’amuse dirait Victor Hugo avec les résultats calamiteux que l’on sait. Il en est encore au stade de la recherche de soi, celui de l’adolescence qu’il n’a pas vécue, et il n’est pas à l’aise devant les responsabilités de la maturité et du pouvoir, malgré l’image contrôlée qu’il veut donner au monde. C’est la raison de son obsession pour le contrôle absolu et névrotique de son environnement et des autres, que dénote la présence de l’horloge et des deux téléphones portables qu’il utilise pour des SMS intrusifs et abusifs à toute heure du jour et de la nuit. Il parle de ‘libérer des potentialités’ parce que les siennes ne l’ont pas été, elles ont été captées à son insu et mises au services d’ambitions suggérées et encouragées par la femme qui fut sa séductrice, son initiatrice, son guide et mentor en la matière, et ces ambitions lui seront fatal, comme elles le furent pour Robespierre.

Dans l'attente de celle qui doit être obéie...Emmanuel Macron à l'Hotel de ville, à Paris, le 14 mai 2017. Photo © CHARLES PLATIAU, AFP Dans l'attente de celle qui doit être obéie...Emmanuel Macron à l'Hotel de ville, à Paris, le 14 mai 2017. Photo © CHARLES PLATIAU, AFP

Brigitte Macron a accompli son oeuvre, comme Cécilia Sarkozy et Valérie Trierweiler avant elle, elle a hissé son homme au sommet de l’État dont elle peut désormais jouir des largesses à son égard. Sacrée Première Dame de France par son ‘royal’ époux, elle va occuper son temps, nous dit-elle, à une action dans les domaines de ‘l’éducation, de la culture et du handicap’ . Une charte établie par des juristes va régulariser le statut de celle dont le cabinet compte désormais dix employés, un directeur de cabinet et son adjoint, sous prétexte du large volume de correspondance qui lui est dit-on adressé. L’opinion publique est ainsi préparée de jour en jour à la main mise dans ces domaines d’une femme dont le candidat disait que sa présence et ses activités à l’Élysée ‘n’était pas négociable’ et ne coûteraient rien au contribuable. Son sacre va lui permettre de suivre son chérubin de mari dans ses déplacements officiels et d’y prendre une part active, de le protéger comme elle le faisait durant la campagne contre des contacts et influences contraires qui pourrait perturber son délicat psychisme et le faire sombrer dans des crises d’angoisse ou d’hystérie. Maman-poule pourra alors nourrir la presse populaire de ses commentaires dithyrambiques et s’exprimer à la place du Président, ajoutant au lustre de son image de ‘Jeune homme si parfait’. Avec son nouveau statut, gageons qu’elle sera bientôt présente au Conseil des Ministres comme elle le fit lors des réunions au Ministère des Finances, afin de donner son avis sur les affaires en cours et agir sur la politique du gouvernement. Elle aura vite fait de supplanter les Ministres féminins en charge des secteurs qui attirent sa convoitise. Au sein du cocoon douillet à ambiance de harem que Macron a tissé autour de lui dans son Cabinet, afin que son ego sensible soit en toute heure tendrement massé et valorisé, la favorite aura tôt fait de s’imposer sans que ses rivales ne puisse manifester aucune protestation. Le roi aura parlé et la reine mère règnera suprême...

Son action pour la France serait beaucoup plus crédible si au lieu de régner sur une petite cour mise à son service, elle s’employait à faire don de sa personne, de son temps et de son talent d’éducatrice en enseignant le Français aux plus démunis : les enfants défavorisés des banlieues, les enfants Roms parqués dans des camps, les enfants réfugiés abandonnés dans les centres d’accueil ou dans les rues. Elle pourrait utiliser ses talents dans l’art dramatique pour monter des spectacles avec les enfants malades dans les hôpitaux. Elle pourrait aussi, en attendant le soir le retour de son ‘royal’ époux qui parcourt le monde pour fanfaronner et donner aux journalistes étrangers les fruits de sa pensée ‘complexe’ et profonde sur l’Europe et le changement climatique alors qu’il refuse de parler à la presse en France, rejoindre les équipes d’Emmaüs et autres organisations caritatives, les accompagner dans leurs rondes de nuit et apporter des vivres et des couvertures au SDF qui hantent les rues de la capitale. Et le jour, quand elle ne reçoit pas les grands de ce monde dans les salons dorés où elle veut paraître et briller, elle pourrait servir comme bénévole à la Banque Alimentaire et aux Restos du Cœur. Ainsi elle pourrait côtoyer la détresse humaine afin d’en informer son mari qui vit dans l’Olympe de ses illusions et de ses ambitions où elle l’a placé, et lui ouvrir les yeux à la réalité du monde des marginaux, des oubliés, des sans espoirs, des laissés pour compte, ceux dont il est son devoir de prendre en compte, de secourir et de protéger.

Noblesse oblige. Qui veut commander doit servir. À cette seule condition pourrait –elle alors légitimement aspirer au titre de Première Dame de France. Pourrait-elle alors participer du respect dont jouissaient princesses royales et aristocrates qui, au fil des siècles, créèrent et financèrent les havres des abbayes, hospices et hôpitaux pour accueillir les démunis et les nécessiteux, des orphelinats pour secourir les enfants abandonnés des hommes, où elles servirent leur prochain avec amour et dévotion. Elles en dotèrent la France, ils demeurent parmi ses plus beaux fleurons, témoignages de l’amour des autre, d’humanisme et d’humanité.

MONIQUE RICCARDI-CUBITT

Paris, le 1er juillet 2017

ADDENDUM

  1. M. Le Maire, ministre des Finances et de l’Économie pense t-il sérieusement impressionner favorablement son auditoire américain le 29 juin 2017 à New York en se laissant aller à de telles envolées lyriques grotesques et ridicules: ‘Les temps ont changé. Je sais que certains d'entre vous doutent de la France, certains restent sceptiques, à propos de ces changements. 'Nous attendons, nous verrons', disent-ils. Ils verront. Emmanuel Macron est Jupiter. Je suis Hermès, le messager.’ Comment pense t-il redorer le blason de la France et lui redonner sa crédibilité à l’étranger ? Comment se peut-il qu’un homme qui semble raisonnablement intelligent, équilibré et sain d’esprit soit à ce point aveuglé et touché par la psychose ambiante qu’il entre dans le jeu pervers, retors et malsain d’un adolescent attardé en mal de reconnaissance narcissique ? Si on danse avec le diable, on danse sur sa musique, voilà Le Maire lui aussi contaminé par la folie collective qui a gagné ce pays, afin de participer au pouvoir. Et comment peut-il se livrer à des confidences aussi fausses qu’absurdes comme il l’a fait dans le livre de Gaël Tchakaloff dans son livre Divine comédie :La politique, ça attire les névrotiques. On l'est tous. Ce n'est pas la politique qui rend névrotique, on l'est avant, on s'y retrouve. Les deux névroses les plus courantes en politique, c'est le narcissisme, évidemment, et la haine de soi. Le pouvoir, c'est la guérison de la haine de soi.’ La France est vraiment tombée bien bas depuis que la vie publique a été contaminée et traumatisée par le règne de Sarkozy qui l’a empoisonnée pendant plus d’une décade d’une putride corruption, telle qu’elle a éclaboussé et reflété défavorablement sur tous les politiques, qu’ils soient de son parti ou non. Soit ils ont dû se plier à ses pratiques violentes, agressives et maffieuses, imiter sa vulgarité narcissique et son comportement psychotique hyperactif, soit ils ont dû résister et se sont trouvés en butte à ses attaques vicieuses, et ainsi marginalisés. Mais comment Le Maire peut-il penser que tous les politiques agissent sous l’effet d’une névrose ? A t-il oublié celui qui fut son guide et mentor dans la vie politique, un homme d’honneur et de principes au service de la France, de la paix et du bien général, d’une intelligence et d’une vision supérieure à ses pairs, un homme respectable et respecté dans le monde entier ? A t-il oublié qu’il existe des hommes et des femmes d’honneur qui entrent dans la politique par idéal et agissent selon des principes moraux ? Des hommes et des femmes qui ne sont pas des névrosés souffrant de troubles de la personnalité , qui ne recherchent pas la drogue du pouvoir personnel absolu pour pallier à leurs déficiences intellectuelles, psychologiques et émotionnelles et servir leurs intérêts, mais qui sont déterminés à agir pour le bien de la Nation et des citoyens ? A t-il oublié qu’il existe des professeurs qui agissent selon une éthique morale et professionnelle, qui ne séduisent pas leurs élèves de l’âge de leurs enfants, avec lesquels ils prétendent filer le parfait amour avec impunité, et qui veulent se montrer en exemple en disant représenter le meilleur de la France? A t-il oublié que la France vaut mieux que cette psychanalyse de bas étage qui réduit son élite à des pensionnaires d’un asile psychiatrique, ce que certes le gouvernement auquel il a fait allégeance à réussir à accomplir et dont il ne devrait pas se vanter ?

À ce stade de contamination des esprits et de corruption mentale, il n’y a qu’une seule voie, celle de la RÉSISTANCE, par tous les moyens.

AUX ARMES CITOYENS POUR L’HONNEUR DE LA FRANCE !

MONIQUE RICCARDI-CUBITT

Paris, le 2 juillet 2017

 

 

 

 

 

 

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