LETTRE OUVERTE À EMMANUEL MACRON
OU D’HYBRIS, DE MAMMON ET DE NÉMÉSIS
Paris, le 6 mai 2017
Monsieur,
Je vous écris ce jour, avant que, selon toute vraisemblance, vous soyez élu demain, afin à ne pas avoir à vous donner le titre de M. le Président, ce que pour moi vous ne serez jamais. Vous n’avez rien fait pour le mériter, vous serez élu par défaut comme votre mentor François Hollande, avec les mêmes résultats désastreux pour la France que l’on sait. Il n’y a pas là motif à se réjouir mais plutôt à se lamenter que la France ne soit pas plus dignement représentée.
Depuis des mois le public en France, et désormais à l’étranger, est rassasié et saturé des détails revus et corrigés, vernis en technicolor (glossy pour vous qui aimez tant le jargon franglais…), de votre vie intime et de votre amourette, dignes des romans photos des magazines féminins Nous Deux et Bonnes Soirées, ce dernierqui se disait à ses débuts en 1922, Revue hebdomadaire illustrée des romans sensationnels. Et vous n’êtes que cela : sensation. Votre image est savamment concoctée et montée en raison des hyperboles hagiographique de votre ex-professeur de théâtre devenue épouse et Pygmalion, et des photos montages de la presse populaire de bas niveau (people pour vous…) Votre rôle de jeune premier au physique passable dont la seule qualité est la jeunesse, ce qui n’est ni un don ni une vertu mais un état passager dont il faut s’affranchir pour atteindre aux pleins pouvoirs de la maturité, s’apparente aux séries télévisées des années 80 dont vous et votre femme au hâle prononcé sont les héritiers : vous pourriez être le mari de Joan Collins dans Dallas, vous en avez tous les attributs.
Le jeune provincial ambitieux qui s’insinue dans la vie privée d’un couple de notables dont la femme est une riche héritière, et qui finit par l’épouser pour faire son chemin dans le monde politique de la capitale, est l’histoire du Bel Ami de Maupassant. En ce sens vous n’avez pas dévié de votre vocation littéraire première. Vous restez dans le roman et non dans la réalité de la vie qui vous aurait fait dépasser le stade de l’adolescent ébloui par la position et la fortune qui investissaient d’un certain éclat (glamour pour vous) une professeur de français gâtée par la vie qui s’ennuyait de la vie provinciale et rêvait du luxe et du pouvoir à la capitale. Être la muse d’un jeune écrivain n’entrait pas dans ses projets, son sens petit-bourgeois balzacien de l’intérêt et de l’argent se révéla dans le choix de vie qu’elle vous imposa afin de pouvoir satisfaire ses propres ambitions : ‘Apprends un métier sinon tu seras un gigolo’ est la consigne quelle vous donna et que vous nous avez dévoilée vous-même. Quoi de mieux que d’être banquier comme son mari afin de d’accumuler la richesse qui vous permettra de dire à votre mère : ‘Je l’entretiendrai…’ quand vous déclariez vouloir l’épouser. Toutes ces confidences publiques sont très instructives et révélatrices des motivations profondes qui ont gouverné cette histoire que l’on veut nous présenter comme romantique et idyllique. Mais ce n’est qu’une vulgaire histoire d’intérêts et d’ambition, de snobisme provincial lié à la position et à la fortune d’une famille de notables influente, sans aucun doute la raison pour laquelle votre famille ne porta pas plainte pour détournement de mineur, ce qu’elle aurait dû faire dans votre intérêt. Vous auriez alors pu véritablement assumer votre vie et votre vocation au lieu de vous vendre au dieu Mammon.
Malgré toute la légende (spin ou story telling pour vous), que votre femme se sent obligée de colporter car elle se sait coupable de vous avoir dérobé votre vie et votre vocation, vous n’êtes que cela, un vendu à l’ambition d’une femme manipulatrice, et aux banquiers et oligarques qu’elle vous a fait rencontrer et auxquels elle vous veut ressembler. Vous le dites : ‘Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires’ . Elle s’est servi de vos talents et de votre intelligence, dont elle exagère à souhait la dimension pour se faire pardonner, afin d’accéder à une vie plus glamour, se vêtir chez les grands couturiers, côtoyer les grands de ce monde dans les cercles de pouvoir dont elle rêvait à Amiens. Pour ce faire elle vous a instruit dans votre rôle en poursuivant le sien de répétitrice de théâtre. Elle a fait de vous un pantin qui récite des formules creuses, répète les idées des autres, remplit ses discours de citations littéraires et de noms illustres pour s’en approprier le prestige. Vous devriez méditer sur la phase du grand acteur shakespearien Laurence Olivier qui disait :‘To be an actor is to be a whore’, ‘Le métier d’acteur est une prostitution’. Il vous renvoie votre image, dont tel Narcisse vous êtes si enamouré que vous en êtes aveuglé, tant votre femme vous maintient dans ses filets par ses flatteries, ses démonstrations d’affection publiques outrées et déplacées, et les talents de persuasion et de séduction que pratiquent tous pédagogues, ici mis au service de la manipulation d’un être dont la faille psychologique n’est que trop apparente.
Ses paroles le révèlent explicitement : votre candidature à la plus haute fonction de l’État ne fut pas dictée par l’urgente nécessité de redresser la situation catastrophique de la France. Elle n’est pas engendrée par de profondes convictions et un engagement sincère pour des valeurs et des principes qui permettront de redonner à la France la position qui est la sienne dans le monde et de renouveler de l’intérieur un peuple à la dérive. Non, vous deviez vous présenter parce que dit-elle : ‘Il doit y aller maintenant, après il y aura ma gueule… !Ainsi votre candidature dépendait du calendrier esthétique de votre épouse. Jeanne d’Arc et le Général de Gaulle, dont vous vous recommandez, doivent se retourner dans leurs tombes d’incrédulité et de stupéfaction à l’avilissement de tous leurs idéaux empruntés et réduits aux dictats du boudoir et de l’apparence. Cette légèreté, cette frivolité, cette superficialité n’étaient que trop apparentes depuis le début de votre campagne. Elle s’affirma dans ce dernier débat télévisé contre Marine Le Pen le 3 mai sur France 2, où vous avez été incapable de vous élever au-dessus du niveau de l’insulte et de l’invective qu’elle affectionne, rabaissant le débat politique à un vulgaire échange de propos outranciers dignes du caniveau. Ce lamentable spectacle, cette honteuse prestation de deux personnages politiques jouant sur les peurs et les plus bas instincts du pays, a suscité les remarques atterrées de commentateurs politiques chevronnés, tel Serge Moati qui dit : ‘Ce débat de l'entre-deux-tours m'a procuré un grand malaise’, le jugeant ‘inquiétant pour la France’. Quant à Dominique de Montvalon, il l’a trouvé d’un niveau bien inférieur aux débats entre candidats présidentiels précédents.
Ainsi le destin de la France a été pris en otage par les intérêts et les ambitions personnelles d’un couple de petits provinciaux, dont la cupidité et la superficialité dans l’artifice et le factice, l’amour pour l’auto promotion, sont habilement manipulés par les oligarques et les financiers qui en tirent les ficelles. Pour eux la France est devenue une grande horizontale, et vous en êtes le proxénète, un rôle que vous avez déjà joué en vendant l’aéroport de Toulouse à un investisseur chinois, et qui vous est taillé sur mesure considérant votre parcours personnel dont vous repaissez le public sans considérer combien il vous expose et vous condamne.
La France vaut mieux qu’un imposteur de petite envergure qui se gonfle de flatteries et de compliments surfaits ‘c’était Mozart…dit votre femme pour justifier son coup de foudre supposé quand vous travailliez à 16 ans ensemble sur un texte de théâtre. Depuis vous êtes devenu ‘le Mozart des finances, le petit Mozart de l’Élysée’, jamais le musicien au don divin n’a été soumis à un tel déshonneur ! Vous et votre femme êtes tout simplement grotesques et ridicules, et nul ne semble avoir la lucidité et le courage de dire, tel Hans Christian Andersen, ‘L’empereur est nu’ et de vous démasquer. Le Pape François l’a bien ressenti quand il lui fut demandé de se prononcer sur la présidentielle française, ‘Je ne comprends rien à la politique intérieure française.’ Sur les deux candidats ‘… je sais que l’un représente la droite forte, mais l’autre, je ne sais pas d’où il vient …’ D’où venez-vous en effet, homme de paille sans sincérité, sans conviction et sans autre but que le pouvoir et la richesse personnelle ? Celle-ci vous est désormais acquise une fois que vous appartiendrez au club exclusif des anciens présidents, tels Tony Blair et Sarkozy, dont vous vous n’êtes, des décades après eux, que le pâle reflet que vous présentez comme un message nouveau et original.
Monsieur, vous êtes, comme Marine Le Pen, une honte pour la France que vous prétendez représenter, et je suis persuadée que les slogans Ni Le Pen, ni Macron, qui fleurissent partout à Paris et en province n’en resteront pas là. J’ai une trop haute opinion de la France, de son rôle dans le monde, de la valeur de son histoire et de ses traditions pour la laisser s’abaisser encore plus qu’elle ne l’est déjà aux mains de personnages qui l’avilissent un peu plus chaque jour. Vous ne serez jamais un homme d’État, vous n’en avez ni la stature, ni la force, ni le charisme, ni la vision, et vous ne pourrez non plus gouverner, car votre candidature au lieu de rassembler et de pacifier le pays l’a encore plus divisé. Quant à votre carrière littéraire, elle non plus ne sera jamais car vous n’avez pas le feu sacré. En bref, Monsieur, vous serez sans doute le prochain président, mais en termes humains, pour tout votre argent accumulé dans votre carrière de banquier, et celui que vous allez gagner à l’avenir, vous êtes un échec : ‘ Et que sert-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme?’, Marc 8.36.
Et si vous pensez, Monsieur, que je suis bien présomptueuse de dresser de vous un portrait aussi critique, mon parcours de vie exceptionnel et les valeurs et principes qui m’animent m’y autorisent. Comme vous je viens de la province française, mais je viens de ce terroir nourri de valeurs et de traditions dont je suis fière et qui est ma force. Comme vous j’ai épousé un homme de l’âge de mon père, mais au contraire de vous je l’ai fait par amour véritable pour une âme sœur qui partageait mes idéaux et mes aspirations, que j’ai voulu aider à retrouver le rêve qu’il avait abandonné : ‘d’être un pont entre l’Est et l’Ouest’. Je n’ai pas brisé un mariage, sa première union avait été annulée bien avant mon arrivée à cause de sa dépression chronique et d’une épouse imposée par sa famille, qui se montra venimeuse et vindicative après avoir été répudiée. J’apportai à cet homme toute la stabilité et le bonheur qu’il n’ait jamais connu, aucune motivation sordide et vénale n’est entrée dans cette union. Ainsi le prouva un mariage qui dura malgré sa maladie pendant laquelle je le soutins moralement et financièrement. De figure de père, il devint mon fils, et je grandis en moi-même alors que j’assumai avec mes nombreuses responsabilités une nouvelle maturité et autorité. Après son décès, je fus confrontée à de nombreux choix alors que le Tout-Londre et les Home Counties intriguaient à mon insu pour me trouver un nouveau mari. Ma position dans la société londonienne et l’Establishment en attirèrent plus d’un, et certains de mes étudiants se mirent aussi sur les rangs. Mes principes éthiques de pédagogue me protégèrent contre une relation qui ne peut être que fausse et inégale entre un professeur et son élève. J’ai donc sur votre couple une unique clairvoyance qui me permet d’en discerner tous les rouages si habilement cachés.
De plus je n’ai jamais cédé à la voix de sirène des adorateurs de Mammon. J’aurai pu vivre une vie de luxe et de raffinement oriental au Caire avec un diplomate arabe, ou à Beyrouth, sur la Côte d’Azur dans des villas opulentes où les bijoux, la Haute Couture et les chevaux de course étaient mis à mes pieds, ou bien rester à Londres et poursuivre la vie mondaine, artistique et culturelle qui était la mienne. J’aurais alors eu le destin de votre épouse, et serais devenue ce que les Anglais nomment très vertement ‘a fag’s hag’, une femme mûre au service d’hommes plus jeunes. Ce terme est issu du célèbre collège d’Eton où le fag est le nouveau pensionnaire au service d’un aîné, services sexuels inclus, hag étant un mot péjoratif d’origine saxonne signifiant vieille femme. J’ai choisi de suivre l’intégrité de ma vie dans ma vocation de poète et d’écrivain comme je l’avais fait dans l’amour et le mariage, afin de donner le meilleur de moi-même. Et si à Rome, où je vécus après Londres, je fus courtisée par plus d’une quinzaine d’hommes âgés de 27 à 80 ans, ce furent toujours des relations platoniques qui me permirent de grandir en savoir et en stature en côtoyant des hommes aussi divers que des poètes, des philosophes, des diplomates, des producteurs de télévisions, des collectionneurs millionnaires, des aristocrates ou des militaires. La richesse de ma vie est en mesure inverse à ma richesse financière : je vis comme une étudiante sous le seuil de la pauvreté pour ne pas avoir renoncé, dans un choix assumé, à mes idéaux et à mes principes, à ma vocation de poète et d’artiste. Les biens les plus précieux pour un être humain : une intégrité de vie et de convictions, et pour un artiste, la liberté d’expression, sont les miens. Je garde la tête haute devant qui que ce soit, et un regard lucide et éclairé sur le monde et les hommes pour n’avoir jamais été à vendre, et avoir toujours en toute situation agi avec honneur.
Voilà Monsieur ce bien inestimable auquel vous avez renoncé, qui me permet aujourd’hui de vous juger et de vous exposer avec tant d’autorité, et pour lequel vous devrez, j’en suis convaincue, en temps voulu répondre. Ainsi il en va pour tous ceux qui aspirent à la vie publique et ont la prétention de représenter leur pays alors qu’ils n’offrent qu’un malheureux exemple d’imposture et d’amoralité : Némésis intervient toujours pour redresser l’action inconsidérée d’Hybris.
Monique Riccardi-Cubitt
Paris, le 6 mai 2017