VA PENSIERO

Depuis la crise financière, et celle de l’émigration, l’Italie a été et laissée seule, ainsi que la Grèce, à faire face à d’énormes défis en des circonstances exceptionnelles. Maintenant que l’épidémie touche aussi les pays de l’Europe du Nord, la présidente de l’Union Européenne présente ses excuses pour leur cynisme et égoïsme.

TRADUCTION D'UNE LETTRE A MES AMIS ITALIENS POUR LEUR APPORTER TOUT MON SOUTIEN EN LEUR TEMPS DE MALHEUR ET DE SOUFFRANCE

 

Le ciel de Rome, la Ville Éternelle, le 8 avril 2020, la super lune de l'équinoxe  du printemps voilée de larmes sur l'Italie en deuil Le ciel de Rome, la Ville Éternelle, le 8 avril 2020, la super lune de l'équinoxe du printemps voilée de larmes sur l'Italie en deuil

Carissimi amici italiani,

Mon cœur saigne pour vous devant l’ampleur de l ‘épidémie qui frappe l'Italie, de tant de malades, de tant de morts, et je veux vous envoyer à vous tous mes pensées les plus chères et les plus affectueuses en ce moment tragique.  J’espère que vous et vos familles n’avez pas été touchés par ce malheur. Mon ami et associé à Milan, Fabrizio Finzi, a perdu du Covid19 son cousin directeur de l’hôpital de Parme, jusqu’au dernier moment au service des autres, et un jeune ami.  Son père est aussi décédé d’un âge avancé, et en janvier Fabrizio avait déjà perdu d’une mort subite un ami intime, Luigi Gattinara, le photographe de Manifattura Milanese, dont je suis la Art & PR Adviser :  http://www.manifatturamilanese.it

Tant de souffrance personnelle et nationale me bouleverse. L’Italie est chère à mon cœur, je m’y suis toujours sentie chez moi. Quand j’ai vécu à Rome, faisant le deuil de mon mari et de tant d’amis chers disparus en peu de temps, l’Italie et les Italiens m’ont ouvert les bras, et je ne me suis jamais sentie seule. La beauté de votre pays et de son art, son passé antique, votre créativité et votre cœur généreux, votre esprit ouvert au monde et aux autres, comme le disait un ami romain, m’ont toujours été d’un grand réconfort et source de joie.

Aujourd’hui j’ai honte devant vous du manque de solidarité et de fraternité de la France et de l’Union Européenne envers l’Italie. Depuis la crise financière, et celle de l’émigration,  l’Italie a été oubliée et rejetée des autres pays européens, et laissée seule, ainsi que la Grèce, à faire face à d’énormes défis en des circonstances exceptionnelles. Maintenant que l’épidémie touche aussi les pays de l’Europe du Nord, la présidente de l’Union Européenne présente ses excuses pour leur cynisme et égoïsme.

Il me semble que c’est là non seulement au niveau humain une terrible calamité, mais que l’attitude de l’Europe du Nord démontre un mépris intolérable envers l’Italie au niveau culturel. Parler de l’Italie, où ils viennent passer des vacances au soleil, comme d’un pays corrompu de booze and women, reflète sur eux et non sur l’honneur italien. L’arrogance et l’ignorance de ces pays à juger en ces termes un pays frappé d’une catastrophe aussi terrible, un pays qui a tant donné à l’Europe, l’un des pays fondateurs de la première heure de l’Union Européenne, me choquent profondément. Ils semblent oublier bien facilement les temps où la Méditerranée était le centre de l’Europe, le berceau de notre culture et des valeurs qui sont les nôtre, de notre mémoire collective, jusqu’au dix-neuvième siècle et le début du vingtième. Ce n’est pas par hasard que Enrico Letta, un homme politique italien que j’admire énormément, et que j’ai suivi à l’Institut Italien à Paris et à Sciences Po, ait été nommé président de l’Institut Jacques Delors. C’est seulement depuis la Seconde Guerre Mondiale que l’Atlantique, et sa culture économique, ont pris une importance mondiale, encore renforcée par la politique néolibérale anglo-saxonne, qui nous est imposée comme la seule solution au monde moderne contemporain.

Les résultats nocifs en sont désormais visibles, l’humain n’existe plus, seule compte l’économie du marché. Je pense que l’Italie avec toute sa force d’âme, ses ressources intellectuelles, spirituelles et culturelles,  le pays européen le plus touché par l’épidémie, donne une grande leçon au reste du monde. Sa capacité à surmonter la situation catastrophique avec élégance et légèreté devant le danger et la mort, une qualité de l’esprit national né d’un stoïcisme humaniste, sera très précieuse à la renaissance qui suivra la fin du cycle funeste dédié au matérialisme et consumérisme, qui s’achève. L’heure viendra, quand pour pouvoir aller de l’avant, le monde devra remettre l’humain et non plus l’argent au centre de tout. 

Alors je chante moi aussi Va pensiero de Nabucco avec tous mes amis italiens. En France aussi Va pensiero est devenu le symbole de la résistance. En janvier 2020 le chœur de Radio France, et celui de l’Opéra de Lyon, l’ont chanté en contestation de la politique abusive du gouvernement Macron. L’esprit lumineux de l’Italie montre le chemin,  et je poursuis le travail en anticipation de l’avenir. Andra tutto bene, merci de votre exemple de courage et d’humanité devant l’adversité, avec tous mes vœux les plus chers et les plus chaleureux pour de Belles et Bonnes Pâques.

Monique

Paris, le 7 avril 2020

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.