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HISTORIENNE D'ART, CONFÉRENCIÈRE, JOURNALISTE, AUTEUR, POÈTE

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Billet de blog 14 février 2011

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LE POUVOIR DE L’ESPRIT. MERCI M. HESSEL

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HOMMAGE À STÉPHANE HESSEL À LA SOIRÉE DE MEDIAPART DU 7 FÉVRIER 2011 AU THÉÂTRE DE LA COLLINE

Il est là ce soir du 7 février 2011 au Théâtre de laColline, au rendez-vous d’Edwy Plenel et de Mediapart, au tournant del’histoire, debout sur le podium, entouré de ses amis. Un homme âgé, frêle,presque fragile, un peu courbé, portant sur ses épaules, tel un Atlas meurtrimais défiant, le poids de toutes les horreurs du vingtième siècle : deuxGuerres Mondiales, la Shoah, Hiroshima, la tragédie de la Palestine, le Libandéchiré, l’Iran oppressé, le 11 septembre, la guerre en Irak eten Afghanistan. Un homme devenu limpide et rayonnant des épreuves surmontéespar le pouvoir de l’esprit et de la volonté de se dresser, de s’indigner, derésister, d’agir contre les forces destructrices qui menacent l’humain dans l’hommeréduit et rétréci à son seul pouvoir de consommation effrénée, motivé parl’appât du gain, la cupidité, la peur de l’autre et du besoin. Un visionnairequi a compris que la démesure qui règne sur les marchés mondiaux menace lasurvie même de la planète, dont l’homme n’est que le reflet dans sacomplexité : leurs destins sont intimement liés. Un homme illuminé, animéd’un feu intérieur qui se répand en ondes tangibles dans l’auditoire vibrant dela même exaltation qui l’habite et qu’il communique.

Les mots sonnent hauts, clairs et justes, venant droit ducœur, de la force de sa conviction. Leur impact se ressent physiquement dans lasalle, dont la tension est palpable, rebondissant vers l’homme qui les prononceen vagues d’amour successives ponctuées d’applaudissements. Un souffled’espérance se lève, annonciateur des prémices d’un renouveau, grandit, remplitl’espace, porté par l’intensité de l’émoi suscité. Au soir d’une vie passée auservice des autres, et de la France, Stéphane Hessel se dresse face au périlqui menace l’humanité, son dernier combat, peut-être le plus périlleux, Indignez-vous,clame t-il. Lui qui a bravé etcombattu l’occupation nazie, l’emprisonnement, qui a confronté la mort dans saplus terrible réalité, défie maintenant un mal plus insidieux et plus sournois,le cancer de la société contemporaine : l’égoïsme de l’indifférence. Telleune sinistre pieuvre, elle attaque l’esprit affaibli et rendu veule par desdécades de prospérité, de jouissance sans limites et irraisonnée, vécues dansun immédiat égoïste et irresponsable, sans souci des lendemains qui maintenantdéchantent.

Au lendemain de la guerre, il a contribué à cettecroissance du bien-être et du bien-vivre de la société, voulant, avec d’autrescompagnons de luttes et de souffrances, par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, un monde plus juste, plus équitable, un monde quine verrait plus se dresser le spectre de la guerre et de la barbarie. N’est-cepas cet idéalàfaire vivre et retransmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujoursactuels de démocratie économique, sociale et culturelle auquel il convit le monde actuel, rappelant les mots de Sartre : Ondevient Homme en s’engageant ? Ille fait avec amour, avec humour, avec la suprême élégance de la légèreté deceux qui ont vécu l’impensable et l’inexprimable. Ceux qui ont survécu grâce àla puissance de leur esprit indomptable parce que, dit-il dans son autobiographie, Danse avecle siècle, il se ressent Favorides Dieux.

Alors ce soir, il est présent au rendez-vous del’histoire, entouré de ses amis Edgar Morin, le philosophe, Claude Alphandéry,l’économiste, eux aussi engagés dans la prise de conscience essentielle à lasurvie de la planète et de l’humanité. Edgar Morin cite à propos de son livre La Voie, le poète allemand FriedrichHölderlin : Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. Et cette foi et cette espérance enl’avenir que portent ces trois hommes d’expérience se trouvent singulièrementconfortées par les remous de l’actualité. Edgar Morin, qui préconise lamétamorphose afin d’éviter l’abîme, avait parlé de Penser la Méditerranée etméditerranéiser la pensée. De cette Mare nostrum féconde et fécondatrice, étaient venusvers le nord de l’Europe la pensée philosophique et la lumière de l’humanismegrec que répandit plus avant le conquérant génie romain. Étaient venus lemysticisme de l’Orient, des mythes égyptiens et persans, le monothéisme desJuifs et des Chrétiens, le raffinement civilisateur des cours arabesqu’émulèrent nos troubadours, toutes pierres d’assise de la cultureoccidentale.

Ce soir,c’est un souffle de renouveau venu d'au delà la Méditerranée, une nouvelleprise de conscience, qui exalte les esprits. De Tunis au Caire, les mots deStéphane Hessel semblent, invisible ferment, avoir exercé leur influence. Indignez-vous !a été entendupuisque l’immolation d’un jeune homme désespéré en Tunisie a suscité cettevague d’indignation, qui tel un raz-de-marée irrésistible, agite désormais toutle monde arabo-musulman et pousse les peuples à se rebeller contre l’injusticeet l’oppression. Alors sur le plateau d’Edwy Plenel, ils sont venus témoignerautour de Stéphane Hessel, porteurs d’un nouvel espoir, celui d’une révolutionpacifique. Moncef Marzouki,Tunisien opposant au régime Ben Ali en exil depuis de nombreuses années. RadhiaNasraoui, avocate persécutée et représentante des victimes de la torture dansles prisons tunisiennes. DarinaAl-Joundi, l’actrice libanaise qui milite pour la liberté dans le monde arabe.Mahmoud Hussein, le pseudonyme sous lequel publient deux écrivains égyptiens,Adel Rifaat et Baghat Elnadi. Elias Sanbar, l’ambassadeur de la Palestineauprès de l’UNESCO. Ils parlent tous de la renaissance politique des peuplesarabes, du courage et de la dignité qui les portent et les arment afind’accomplir ce miracle, une révolution pacifique.

Le public lesécoute dans un silence intense et respectueux, ému, les larmes aux yeux. Puisles applaudissements éclatent, montent, s’amplifient, en hommage à ces hommeset à ces femmes qui montrent la voie dans leur engagement sans faille, leurcombat quotidien, leur cheminement personnel. De longues minutes d’ovation seprolongent, le public debout ne peut se résigner à les voir quitter la scène.Une nouvelle aube s’est levée à l’Orient, et les forces de l’esprit onttriomphé. L’indignation s’est muée en résistance et en action. Rien ni personnene pourra en détourner le cours, l’histoire est désormais en marche.

À Paris, oùtriomphent depuis trop longtemps la mauvaise foi, l’hypocrisie, lesdéclarations mensongères de la communication, les machinations politiques de complaisance et l’injusticesociale, un homme s’est dressé, indigné. Il a brandi haut le flambeau desvaleurs françaises de justice, de liberté et de solidarité. Un homme a lecourage et l’audace de dénoncer l’inacceptable, et les Français lereconnaissent, l’acclament, retrouvent espoir et dignité. À leur tour ilss’indignent, la résistance et l’action ne peuvent qu’en résulter. Merci M.Hessel de montrer la Voie, et d’incarner, une fois de plus, l’honneur de laFrance retrouvé.

MONIQUE RICCARDI-CUBITT

www.arcadiamundi.eu

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