L’ART DE BABU :  ÉLÉGANCE, HUMOUR, SATIRE & HUMANISME

Exposition de la vision d’une artiste accomplie qui a réconcilié en son art toutes ses contradictions, qui a atteint à l’harmonie des contraires et des opposés, de l’ombre et de la lumière, en une joyeuse célébration de la Danse de la Vie

L’ART DE BABU :  ÉLÉGANCE, HUMOUR, SATIRE & HUMANISME

 

BABU, Retrouvailles, 2019 BABU, Retrouvailles, 2019

 

J’ai connu Babu à Londres en 1992 quand que je venais de publier à l’internationale mon livre de référence sur les cabinets et l’ébénisterie, elle exposait alors à la Durini Gallery qui appartenait à l’une de mes anciennes étudiantes.

Sur les cymaises des toiles dans le style de Marie Laurencin montraient des femmes élégantes vêtues de robes flottantes aux tons pastels,  gracieuses sous leurs larges capelines telles des fleurs graciles et exotiques ornant les champs de courses à Deauville et Chantilly, ou des femmes du monde sophistiquées qu’immortalisa Kees Van Dongen.

BABU, Aux courses, c.1990 BABU, Aux courses, c.1990

Des portraits de jeunes filles en fleur côtoyaient des chats allongés avec volupté, hautains et mystérieux ou félins facétieux et familiers. Lors de mes visites à Paris je rencontrai ses sept chats, petits dieux pénates malicieux et capricieux, qui hantaient son atelier de la Villa des Ternes, où elle vit et travaille depuis toujours.

Là je découvris avec étonnement et admiration le côté sombre de l’art de Babu. Amie d’un l’éminent magistrat, elle avait fréquenté le Palais de Justice où elle croquait allégrement juges et avocats pleins de superbe et  d’arrogance dans leurs toges noires, insignes de leur fonction. Sur leurs visages vices et vertus s’inscrivaient en traits incisifs dans le dessin, un art noir et mordant qui l’apparente à celui de Daumier, et qui inscrit Babu dans la lignée des artistes satiriques romantiques. Ces dessins couchés sur la toile révèlent chez l’artiste, tel Francis Bacon, la volonté de figureret  celle de ne pas illustrer dans le maniement de la couleur et du pinceau, créant une impression d’inachevé qui participe de l’essence même du sujet.

BABU, Le Conseiller, c.1985 BABU, Le Conseiller, c.1985


 

Elle partage avec les Romantiques et les Symbolistes l’évocation de la mort, dont elle me confia être hantée depuis l’adolescence. Le sombre visage de Thanatos se dessine fantomatique dans l’ombre des nymphettes qu’elle affectionne et qu’elle nommebiches tel Marie Laurencin. Comme l’art d’Ensor l’art de Babu nous interpelle : Memento mori. Ce n’est pas une morbide danse macabre médiévale, c’est une vision totale et humaniste de la vie dans toute sa splendeur et sa déchéance.

bABU, Bouquet de peites vieilles, 2019 bABU, Bouquet de peites vieilles, 2019


 
Son regard, certes incisif,  est aussi joyeux et bienveillant.  L’humour l’emporte  dans un joyeux tourbillon de petites vieilles décrites dans un tableau Bouquet de Petites Vieillesdans l’exposition du 17 au 28 septembre 2019 à la Galerie Mona Lisa, 32 rue de Varenne à Paris. Ces petites vieilles, avec tous leurs vilains traits, leurs défauts et leur sens du burlesque qui s’ignore, elle les affectionne autant que ses nymphettes. Dans une célébration joyeuse des divers visages des rues de Paris elle les représente dans le bus ou le métro, faisant leurs courses, concierge sur le pas de la porte cochère, assises sur un banc commérant, méchamment envieuses de la jolie fille  qui passe tel un rayon de soleil, et qui illumine la rue de sa jeunesse et  de son énergie. Ou bien elles sont assises à l’arrêt de l’autobus, contraste criant devant les affiches publicitaires de l’univers factice d’un grand parfum présenté par un mannequin lourdement photoshoppé.

BABU, Jeune homme devant l'affiche, 2019 BABU, Jeune homme devant l'affiche, 2019

 Babu est pour moi une âme sœur, elle aussi appartient à la race des Voleurs de feu qui créent transportés par cette force que les Anciens nommaient Fureur divine,  une force qui les possède et les propulse vers les cimes. Cette dernière exposition est un miracle et une apothéose. Après une hospitalisation durant l’hiver, elle s’était lancée un défi : celui d’une exposition à la fin de l’été. Je l’ai vue travailler avec acharnement tout l’été dans son atelier durant la canicule, débordante d’énergie, totalement absorbée par l’acte créateur, mue par cette fièvre créatrice, marque du génie, qu’elle dit venir de l’extérieur d’elle, et qu’elle nomme rage. Elle était portée sur les ailes de l’inspiration et m’avouait : Je fais des choses que je n’ai jamais fait avant, ça va être drôle ! Ça l’est, mais c’est aussi grandiose. C’est la vision d’une artiste accomplie qui a réconcilié en son art toutes ses contradictions, qui a atteint à l’harmonie des contraires et des opposés, de l’ombre et de la lumière, en une joyeuse célébration de ce que je ressens, en poète et mystique, être la Danse de la Vie, telle  qu’elle la dépeint d’une palette vigoureuse et colorée.

BABU, Café, 2019 BABU, Café, 2019

 Le vernissage, qui réunissait l’humanité entière depuis les bambins dans leurs poussettes avec leurs mamans, aux nymphettes et petites vieilles dames qu’elle dépeint, et les hommes toujours un peu en coulisse dans son œuvre, se transforma au son du tango d’un ensemble argentin en une fête, la fête de la vie qui transparait dans l’art de Babu. Il ne pouvait être meilleur hommage que celui qui  est offert dans cette galerie renommée au cœur de la capitale, à cette artiste vibrante de gaieté et d’humour, possédée d’un amour de la vie lumineux et généreux, ouvert au monde et aux autres.

BABU

Galerie Mona Lisa

32, rue de Varenne

75007 Paris

Du 17 au 28 septembre 2019

Mardi – samedi de 14h à 18h30

 

Monique RICCARDI-CUBITT

Paris, le 21 septembre 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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