SIC TRANSIT GLORIA MUNDI. VANITAS, VANITATUM ET OMNIA VANITAS (Ecclésiaste )

‘Je suis le chef, je fais ce que je veux’, ainsi parle le petit roi Macron. Il promet trois milliards aux chanteurs Bono et Rihanna pour l’éducation dans le monde, en France il déduit cinq euros de l’allocation logement de ‘ceux qui ne sont rien’, supprime l’impôt sur la fortune de ‘ceux qui réussissent’, et sacre la reine mère qui aura sa cassette financée par les deniers de l’État.

 

Sic transit gloria mundi. Vanitas, vanitatum et omnia vanitas (Ecclésiaste ). Ainsi passe la gloire de ce monde. vanité des vanités, tout est vanité (Ecclésiaste )

 ‘Je suis le chef, je fais ce que je veux’, ainsi parle le petit roi Macron. Il promet trois milliards aux chanteurs Bono et Rihanna pour l’éducation dans le monde, en France il déduit cinq euros de l’allocation logement de ‘ceux qui ne sont rien’, supprime l’impôt sur la fortune de ‘ceux qui réussissent’, et sacre la reine mère qui aura sa cassette financée par les deniers de l’État.

In ictu oculi, En in clin d’œil, vanité de Juan de Valdés Leal, Hermandad della Santa Caridad, Sevilla, 1670-2. Chapelle de la Confraternité de la Charité qui oeuvrait aux secours des plus pauvres et nécessiteux. In ictu oculi, En in clin d’œil, vanité de Juan de Valdés Leal, Hermandad della Santa Caridad, Sevilla, 1670-2. Chapelle de la Confraternité de la Charité qui oeuvrait aux secours des plus pauvres et nécessiteux.

 In ictu oculi, En in clin d’œil, vanité de Juan de Valdés Leal, Hermandad della Santa Caridad, Sevilla, 1670-2. Chapelle de la Confraternité de la Charité qui oeuvrait aux secours des plus pauvres et nécessiteux.

 

Finis Gloriae Mundi, Fin de la Gloire du Monde, Juan de Valdés Leal, Chapelle de la Hermandad della Santa Caridad, Sevilla, 1670-2. Cycle des Hiéroglyphes de la mort, accompagnant les Sept Œuvres de Miséricorde et l’éloge de l’Humilité. Finis Gloriae Mundi, Fin de la Gloire du Monde, Juan de Valdés Leal, Chapelle de la Hermandad della Santa Caridad, Sevilla, 1670-2. Cycle des Hiéroglyphes de la mort, accompagnant les Sept Œuvres de Miséricorde et l’éloge de l’Humilité.

 
Finis Gloriae Mundi, Fin de la Gloire du Monde, Juan de Valdés Leal, Chapelle de la Hermandad della Santa Caridad, Sevilla, 1670-2. Cycle des Hiéroglyphes de la mort, accompagnant les Sept Œuvres de Miséricorde et l’éloge de l’Humilité.
L’hermétiste et alchimiste Fulcanelli utilisa ce tableau dans son dernier volume éponyme, sur La décadence de notre civilisation et la déchéance des sociétés humaines.

‘Ouuuuh, ça va messieurs-dames ! Si à 18, 19 ans, 20 ans, 24 ans, vous commencez à pleurer parce qu'on vous enlève 5 euros... Qu'est-ce que vous allez faire de votre vie ?’ Mme Claire O'Petit, députée LREM de l’Eure, dans un entretien avec le Huff’Post du 24 juillet à l'Assemblée a ainsi harangué les étudiants qui protestaient contre la baisse des APL. Elle récidive le 25 juillet sur RMC au micro des "Grandes Gueules. ‘Les étudiants, aujourd’hui [fin juillet], sont chez papa-maman ou ils travaillent parce qu’il n’y a plus de cours. Excusez-moi, je ne pleure pas !’ Mme O’Petit a raison, après tout que fait-on avec cinq euros en poche si on est un étudiant/étudiante impécunieux, que l’on travaille pour payer ses études, et que peut-être il n’y a pas papa-maman pour vous accueillir ? Avec cinq euros, on ne va pas prendre un capuccino à la terrasse d’une brasserie chic, ou un cocktail durant les Happy Hours, on ne peut même pas s’offrir le poison gastronomique d’un MacDo/frites. Avec cinq euros certes on ne dîne pas d’huîtres et de bouquets d’asperges à La Rotonde, comme Macron vainqueur au premier tour, la reine mère et leur cour. On ne festoie pas non plus au prestigieux Jules Verne, au sommet de la Tour Eiffel, de caviar et de homard cru, comme le petit roi Macron et la reine mère en compagnie de Melania et de Donald Trump, que ‘l’on aime beaucoup en France !’, dixit Macron. Nos cinq euros ne suffiraient pas à payer le vestiaire. Alors Mme O’Petit avec cinq euros on redresse la tête avec fierté et dignité, mieux avec la ferveur gidienne au cœur, ‘Nathanaël, je t’enseignerai la ferveur’ disait Ménalque. On fait la fête entre amis, entre gens de cœur et d’esprit, entre ‘belles âmes ‘, dont ‘on se fout un peu’, selon le Premier Ministre, parce qu’ils ‘ne sont rien’ selon le Président de la République. On fait la fête pour ne pas sombrer dans le désespoir, pour ne pas hurler d’indignation, pour ne pas verser des larmes de sang devant l’obscénité, l’indécence, la vulgarité, l’ignorance, l’incompétence, la bassesse de cœur et d’esprit, l’hypocrisie du présent gouvernement.

On fait une spaghettata à l’italienne, on achète au supermarché un paquet de spaghetti, un pot de sauce tomate que l’on aromatise avec quelques gousses d’ail et de basilic sec que l’on a déjà, un bouquet frais coûte trop cher, un euro. Ou bien on fait une sauce maison avec un oignon, quelques gousses d’ail, du basilic et une boîte de tomates concassées dans de l’huile de tournesol, l’huile d’olive est devenue une denrée de luxe. On y ajoute un peu de parmesan râpé au moment de servir, avec cela on nourrit 4/6 personnes. Et puis on chine une barquette de fruits un peu trop mûrs chez le marchand de primeurs, un euro, des pêches en cette saison. On les coupe en tranches, on les saupoudre de cannelle, un petit peu de cassonade, elles sont déjà bien sucrées, et on verse dessus un peu de ce Bordeaux ordinaire vendu environ 2 euros chez les grandes enseignes pour un dessert de pêches au vin délectable selon la recette de ma grand-mère, aussi valable pour les fraises et les poires. La crème fraîche ou la glace à la vanille avec des tuiles aux amandes pour l’accompagner seraient un autre luxe inabordable. Quoiqu’il en soit, on est pourtant prêt à accueillir les amis à qui on a demandé de participer et d’investir sur leurs cinq euros dans une même bouteille de Bordeaux ou de Sauvignon. Ou si on préfère les pommes de terre, on fait une frittata, avec des œufs que l’on casse en omelette sur des pommes de terres sautées aromatisées d’ail et de thym, et on l’accompagne avec une salade de tomates au basilic, chinées elles aussi en barquette d’un euro.  

Durant ce festin, on parle, on plaisante, on rit, on chante, on danse la beauté, l’amour, la ferveur de la vie et du monde. Si par hasard un invité arrive accompagné d’un visiteur inattendu, on lui fait place, on l’accueille avec joie, et on l’invite à notre table, à partager ce que l’on a à donner, Les Nourritures Terrestres, et celles de l’âme et de l’esprit. Car on perpétue la belle tradition d’hospitalité et de générosité de notre terroir Français. Celle qui, au Val de Loire, faisait dresser par ma bonne grand-mère la place du pauvre, ou du mendiant à la table de chaque repas, une tradition que je retrouvai en Égypte, chez une cousine du roi Farouk, qui tenait table ouverte au moment du déjeuner, dans son hôtel particulier du Caire, malgré la perte de sa fortune, avant de se retirer dans ses appartements pour méditer sur le Coran avec le sheikh. Les hommes et femmes de cœur ne connaissent ni classe, ni race, ni pays, ils se ressemblent tous : la main, le cœur, les bras ouverts tendus aux autres. ‘Rompre le pain avec quelqu’un crée un lien’, disait mon mari arabisant, expert du Proche et du Moyen Orient. Lui qui, enfant, ramenait à la maison les clochards des rues de Kensington à Londres pour leur donner un repas chaud, au grand dam de sa mère qui me relatait ses élans de compassion cinquante ans plus tard, avec l’indignation horrifiée des petit-bourgeois bien-pensants. Durant notre mariage, notre maison londonienne vibrait de la chaleur de cette hospitalité orientale, d’ouverture, de partage, de générosité, que je dispensais avec joie et amour, même aux plus noirs moments, dans un savoir-faire bien de chez nous, une table à la française, simple mais raffinée, savoureuse et chaleureuse. Voilà comment on vit ‘la ferveur’ au jour le jour quand ‘on n’est rien’ , M. le Président.

Le petit Macron et sa reine mère peuvent continuer leurs singeries sur la Place de la Concorde au 14 juillet, avec force embrassades, regards appuyés pleins de compassion pour les Pupilles de la Nation de la part de la reine mère, accolades et tapes paternalistes sur le cou et la joue des hommes de son auguste Majesté. Jupiter aime beaucoup l’imposition des mains sur ses sujets masculins et jouit de ce moment de mâle complicité. Ils peuvent tous deux serrer dans leurs bras le potentat Trump qui ostracise les étrangers, surtout Musulmans, qui bâtit des murs pour protéger l’Amérique et ses milliards de la pollution des émigrants échappant à la pauvreté et la misère causées dans leurs pays d’origine par les manigances politiques et financières de la CIA. ‘On est ici entre amis’, susurre le couple français à leurs homologues américains. Certes les Français l’ont bien compris, selon la ‘pensée complexe’ jupitérienne, Trump est acceptable, désirable, à courtiser et à cultiver, il appartient à cette race suprême de ‘ceux qui réussissent’. Le peuple de ‘ceux qui ne sont rien’ ne s’y trompe pas, même s’il ne peut prétendre pouvoir comprendre ‘la pensée complexe’ de son auguste souverain jupitérien, il a suffisamment d’intelligence, de bon sens, de probité et d’honnêteté pour reconnaître la manipulation, le cabotinage, l’imposture.

Mais on l’excuse toujours le petit monarque, et aussi sa cour de ministres et de députés aux propos et au comportement outranciers. Ils sont achetés, asservis et assermentés à la protection et au bonheur du Jupiter adoubé par la haute finance et leur souveraine au FMI, Christine Lagarde, qui sait elle aussi si bien appauvrir les nécessiteux des pays sous-développés afin d’enrichir encore plus les banques et les multinationales. ‘Errare humanum est (l'erreur est humaine)’, déclare Joachim Son-Forget, député LREM des Français de l’étranger en guise d’excuse. Mme O’Petit ne fait qu’exprimer avec faconde les idées des chefs d’État successifs durant la dernière décade en France. Se faisant l’écho de Sarkozy en 2011, elle dénonce les Roms : ‘lI y a malheureusement une culture chez eux qui n’est pas la nôtre, ils vivent d’une façon qui n’est pas la nôtre et ne font aucun effort pour s’y intégrer, et ça c’est extrêmement pénible’. En 2015, elle récidive : ‘Si nos lois étaient appliquées, je n'aurais pas peur d'un homme en djellaba’. Voilà la Révolution de la France de Macron : mépris et discrimination pour ‘ceux qui ne sont rien’ en bas de l’échelle sociale, xénophobie, intolérance, racisme, un discours en tout point similaire au pire de ceux de Sarkozy, de Marine Le Pen, et de leurs cliques respectives. Macron lui-même en est le meilleur avocat. Sur l’Afrique il peut dire avec aplomb au G20 à Hambourg : ‘Dans les pays qui font encore sept enfants par femme, vous pouvez dépenser des milliards d'euros, vous ne stabilisez rien’, évoquant un défi ‘civilisationnel’ avec ce continent. A propos de Mayotte il peut parler des réfugiés des Iles Comores comme une marchandise, en ces termes méprisants : ‘ Mais le kwassa-kwassa pèche peu, il amène du Comorien, c'est différent’.

Et durant la campagne présidentielle face à un gréviste, il se sent obligé de montrer son autorité, lui qui n’en a aucune naturellement mais n’est que vent et esbroufe, comme il le fait ensuite avec le Général de Villiers. En situation de confrontation, sa réaction immédiate et instinctive est la panique, l’hystérie, démontrant son incapacité à communiquer de façon mature et réfléchie, digne et posée, en accord avec le statut et la haute fonction qu’il occupe. Son comportement n’a que deux facettes : l’agressivité brutale et immédiate dans un mépris écrasant de l’adversaire , ‘Vous ne me faites pas peur avec vos t-shirts, la meilleure façon de se payer un costard est de travailler.’ La réponse est tout aussi cinglante : ‘Mais je rêve de travailler monsieur Macron ... Tous les chômeurs ont envie de travailler’. Ou bien la séduction intempérée, comme avec les militaires qu’il visite à Gao au Mali après son élection, posant en protecteur des armées, leur déclarant façon De Gaulle, ‘Je vous ai compris’. Il les regarde droit dans les yeux de ce regard fixe qu’il veut magnétique et enjôleur, tel celui d’une péripatéticienne devant un client à séduire, une posture de petit coq de village voulant marquer son dominion. La caméra a ainsi capturé au hasard d’un éclair ce regard reptilien et hypnotique devant sa proie qu’il plante dans les yeux de Melania Trump sur la Place de la Concorde le 14 juillet en guise de salutation. Il n’y avait pas d’admiration ou d’émotion devant une belle femme, ni de sensuel ou de sexuel, ce regard dominateur, dur et froid, qui se veut envoûtant, mais qui dit  ‘Je suis le chef ici, ne me fais pas d’ombre, reste à ta place!’ 

C’est un être malfaisant dont la malveillance est habilement cachée sous un vernis de charme de représentant de commerce faisant l’article, il en a tout le vocabulaire et le bagout, lui qui prône des techniques de gouvernement manageuriales. Le vernis craque vite sous pression, il le sait, et étant aussi lâche et veule, tout son physique et ses réactions hystériques le révèlent ainsi, il a instauré un système qui le protège de toute déclaration spontanée qui pourrait trahir la noirceur de son âme, et amener à une confrontation directe qu’il redoute. Son entourage, ses soutiens, la reine mère, tous le savent, et s’évertuent à créer autour de lui un cordon sanitaire pour le protéger de lui-même. D’où le refus d’interviews et de questions des médias qui pourrait le presser, le déstabiliser et l’acculer dans un coin inconfortable, sans le secours d’une oreillette pour lui souffler ses répliques, ou de la présence réconfortante de la reine mère, qui est là pour créer diversion : ‘c’est mon équilibre’, dit-il.

 C’est surtout son alter ego, doté d’une même ambition implacable et démesurée sous un vernis de charme de pacotille, superficiel et virant à la vulgarité de l’Essex girl décrite par le Financial Times. Ce genre féminin britannique bien défini est souvent visible chez les épouses de footballeurs, dont elles dépensent allègrement la fortune en s’affichant dans des tenues camp, ultra sexy et affectées. Tout comme elles, la reine mère Macron perchée sur ses hauts talons se jette au coup des hommes avec élan dans ses jeans ultra slim, elle se colle contre eux dans des démonstrations d’affection excessives teintées de sexualité, comme elle l’a fait en public le 14 juillet sur la Place de la Concorde avec la garde rapprochée de son mari au gouvernement. C’est un numéro de duo bien rodé entre les deux complices, elle projette une féminité agressive et provocatrice sur leur entourage pour les mieux contrôler, et ainsi les asservir au service de son mari. Elle leur décline la danse des sept voiles de Salomé pour les enjôler et divertir leur attention de certains abus et dérives qui pourraient ébranler leur soutien indéfectible envers le chef souverain. Tous deux sont des vampires émotionnels, ils ont besoin de la constante admiration et approbation de leur entourage. Leurs photos dans la pose affectée du soit disant bonheur conjugal parfait, posant main dans la main, le montrent : deux egos surdimensionnés se repaissant de l’attention qu’on leur porte, un sourire de circonstance plaqué sur leur visage devant l’objectif des caméras, tels des automates que l’on a remontés, tout est artifice, millimétré et contrôlé. Une fois l’attention détournée, le masque retombe, comme au concert du G20 à Hambourg, où le petit Mozart, et sa muse s’endorment… ‘Chasser le naturel il revient au galop’, dit Horace, le poète latin, et réplique notre philosophe Blaise Pascal ‘Qui veut faire l’ange fait la bête !’.

Cette femme est redoutable de manipulation et d’intrigue. Sous des couverts de culture, de littérature, telle une mante religieuse, elle a attiré un adolescent inexpérimenté dans ses rets, où elle l’a adroitement séduit, émasculé, décapité psychiquement, afin de le mieux soumettre à sa volonté. La relation entre les deux est une interdépendance malsaine de pouvoir et de domination, non d’amour véritable qui est de vouloir le bonheur de l’autre au point de s’oublier soi-même. Elle joue la mère poule pour garder son poussin dans ce rôle d’asservissement et d’infantilisme. C’est le pouvoir que tous deux aiment et désirent plus que tout au monde, ainsi que l’argent, qui, selon eux, le procure. Dans leur ignorance, ils ne savent pas ni l’un ni l’autre que l’argent n’est pas tout, que le vrai pouvoir est celui que l’on exerce d’abord sur soi-même avant de l’exercer sur les autres.

J’ai baisé ta bouche, Iokanaan. J’ai baisé ta bouche. Aubrey Beardsley, 1892, pour la Salomé, d’Oscar Wilde, pièce de théâtre écrite en français, 1891 J’ai baisé ta bouche, Iokanaan. J’ai baisé ta bouche. Aubrey Beardsley, 1892, pour la Salomé, d’Oscar Wilde, pièce de théâtre écrite en français, 1891

 J’ai baisé ta bouche, Iokanaan. J’ai baisé ta bouche. Aubrey Beardsley, 1892, pour la Salomé, d’Oscar Wilde, pièce de théâtre écrite en français, 1891

Ainsi tous deux, malgré cette ascension fulgurante à marche forcée, sous les exigences et les pressions du temps et des commanditaires qui les ont fait élire, n’ont pas une emprise réelle sur ce pouvoir qui leur a été dévolu par un concours de circonstances propices et truquées, sous l’influence de la finance internationale et des médias. Ce ne sont que des fantoches, jouant un rôle pour lequel ils ne sont pas faits, nageant dans le vide existentiel d’habits trop grands pour eux, empruntés à l’imposture du moment, dans un contexte qui les dépasse, et où ils n’ont, et n’auraient jamais dû, avoir leur place. Comme l’avait dit Claude Chabrol à propos de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni : ‘Ce sont de pauvres gens’.

Mais l’habile manipulatrice avait de secrets desseins inavoués : prendre et exercer elle-même le pouvoir. La reine mère veut elle aussi commander comme elle le fit si bien dans ces vidéos de campagne présidentielle, où elle donne des leçons de diction à son mari obéissant, lunettes perchées sur le nez comme si elle était de retour dans la salle de classe. Elle l’infantilise constamment et lui se laisse infantiliser : cette semaine passée a vu les premiers pas de la reine mère vers le pouvoir absolu. C’est elle désormais qui reçoit les visiteurs à l’Élysée, seule sur le perron, sourire triomphant aux lèvres devant les caméras du monde entier, elle serre la main de Rihanna. Bientôt dans la charte voulue par le roi Macron, la reine mère le remplacera dans des apparitions officielles, ne doutons pas qu’elle aura alors son fauteuil au Conseil des Ministres, et ses désirs seront des ordres, sa cassette personnelle fournie par l’État lui permettra de les satisfaire en toute impunité. Pour bien marquer qui des deux a le plus de pouvoir dans la relation d’équilibre pervers de ce couple, si la reine mère porte des toilettes de Haute Couture à plus de 2 000 euros, le petit roi lui doit se contenter de médiocres costumes de prêt-à-porter mal taillés, aux pantalons en tire-bouchons, comme ceux de Hollande, qu’elle se procure pour lui à 450 euros. Vouloir faire dans l’austérité après l’affaire Fillon est un bon prétexte pour que le paon qui fait la plus belle roue dans le couple, ce soit elle…

Car la reine mère aime le show-biz : ses amis ne sont pas des intellectuels. La culture, la littérature, tout cela n’est qu’un vernis utile. C’est une pose pour impressionner le peuple en truffant de citations littéraires les discours du petit roi, qui ce faisant ressemblent plus à des exposés de classes terminales passablement verbeux, pédants et donc médiocres, qu’aux discours d’un chef d’État. Non, ses amis intimes sont des chanteurs, des présentateurs, des acteurs : Johnny Halliday, Stéphane Berne, maintenant Bono et Rihanna, après Arnold Schwarzenegger, qui il faut le dire à été élu gouverneur de la Californie. Sans oublier bien sûr Line Renaud, la seule personne civile à être présentée à Donald Trump lors du défilé du 14 juillet…Toutes ces paillettes, ces projecteurs, ces feux de la rampe, sont enivrants pour la petite provinciale professeur de français, qui rêvait sans doute d’un monde plus palpitant que les salles de cours des lycées, même peuplées d’adolescents admiratifs à la gueule d’ange.

Alors certes il n’est pas question en ce jour de visite de la star Rihanna pour le couple royal de s’intéresser à la conférence sur le SIDA, aux sinistrés des incendies dans le Var, aux conditions de travail de la Police sous pression dans un état d’urgence permanent. De songer à l’Éducation Nationale en déclin constant, aux écoles fermées dans les villages et les petites villes pour faute de moyens, aggravant encore la désertification de nos belles campagnes françaises dépourvues de tous services : gare, banque, poste, épicerie, hôpital, école, contribuant à un exode forcé vers les zones urbaines surpeuplées. Non, en ce jour marqué d’une étoile, le petit roi Macron et la reine mère brillent de tout leur éclat, et offrent, royalement, trois milliards d’euros à la pop star pour soutenir l’éducation dans le monde. Le présent gouvernement français est entré à jamais dans le monde de Ubu-Roi d’Alfred Jarry, celui du grotesque et de l’absurde !

Castor et Pollux, Les Dioscures, les deux fils jumeaux de Jupiter, symbole de la complicité masculine. Antoine Coysevox, 1712, d’après une statue antique de la collection de la reine Christine de Suède, puis du roi d’Espagne. Jardins de Versailles Castor et Pollux, Les Dioscures, les deux fils jumeaux de Jupiter, symbole de la complicité masculine. Antoine Coysevox, 1712, d’après une statue antique de la collection de la reine Christine de Suède, puis du roi d’Espagne. Jardins de Versailles

Castor et Pollux, Les Dioscures, les deux fils jumeaux de Zeus (Jupiter), symbole de la complicité masculine. Antoine Coysevox, 1712, d’après une statue antique de la collection de la reine Christine de Suède, puis du roi d’Espagne. Jardins de Versailles

Qu’importe tous ces sujets fâcheux, le petit roi doit être heureux, il nous l’a dit : ‘Je dis ce que je fait, et je fais ce que je veux’. Au bon peuple français de comprendre ‘sa pensée complexe’. Il nous a offert ces symboles du parcours de sa vie : Le Rouge et le Noir, son ascension sociale grâce à une femme plus âgée, les Mémoires du Général de Gaulle, le pouvoir enfin conquis. Et maintenant au tour des Nourritures Terrestres, et en reprenant aux Anglais la devise royale que nous leur avons prêté, Honni soit qui mal y pense ! Le roi s’amuse. Un jour, il est James Bond, 007 Licensed to kill at the service of Her Majesty, hélitreuillé à bord du sous-marin ‘Le Terrible’. Puis il est Tom Cruise dans le fim Top Gun, chaloupant sa démarche d’une manière martiale, moulé dans une combinaison de pilote de chasse à Istres, pour le plaisir des yeux des militaires dont il venait publiquement d’humilier le chef d’État- Major, le Général de Villiers. Alors il faut bien que la reine mère s’amuse elle aussi. Et bientôt, sans que personne n’y prenne garde, elle assumera la fonction de la présidence en éminence grise derrière, et puis devant et enfin sur le trône, pour que son poulain puisse jouir en paix de ces Nourritures Terrestres tant convoitées, elle fera l’ouvrage, elle veillera au grain, il peut s’amuser. C’est écrit dans le texte d’une formule lapidaire : ‘Une femme tournait la meule. Deux beaux garçons, pieds nus, récoltaient le grain’. Les Nourritures Terrestres, Livre 1. Après tout la France et les Français doivent le comprendre, Jupiter l’a bien mérité, travaux herculéens, il a sauvé à lui seul l’Europe, et bientôt la planète Terre toute entière, à lui désormais le repos du guerrier… 

Les Nourritures Terrestres on les lit à 15 ans et on s’exalte. À 40 ans si on ne l’a pas déjà fait, on médite sur les sources qui les ont inspirées : on lit les poèmes de Hafiz, de Omar Khayyam, de Rumi et d’Ibn’el Arabi, on en saisit la métaphore, et on grandit en stature et en esprit hors de l’hédonisme facile et de l’égocentricité de la jeunesse pour accéder à l’humanisme et à la sapience.     

Monique RICCARDI-CUBITT, Paris, le 30 juillet 2017

 

 

 

 

 

 

 

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