202 Victimes de la vie à la rue

202, c’est le nombre de personnes décédées au cours des 6 derniers mois dont nous allons lire les noms ce soir et à qui nous allons rendre hommage.

202, c’était des hommes et des femmes isolés ou en familles, des jeunes, des personnes âgées, des personnes handicapées … des êtres humains qui on vécu dans l’indifférence.

202,  ce sont les victimes de la vie dans la rue, ce sont les victimes collatérales d’une société qui ne voit plus l’autre et de dirigeants qui oublient les plus pauvres.

202, c’est hélas un nombre qui ne cessera pas de progresser dès demain, ils seront encore nombreux à mourir au cours des 6 prochains mois.

Le collectif les Morts de la Rue recense les personnes de la rue décédées chaque année depuis plus de 10 ans et nous constatons que rien ne bouge, rien n’évolue, ce nombre de décès est constant.

La lutte contre la mort des personnes à la rue n’est toujours pas une cause nationale, chaque année nous dénonçons plus de 365 décès, personnes ne s’en émeut. Il semble que la mise en place d’une politique pour réduire la mort prématurée des personnes à la rue est « moins prioritaire » que d’autres.

Cette politique répond à un droit fondamental. Elle s’adresse aux plus fragilisés de notre société.

Après avoir affirmé que le logement ou l’hébergement est un droit encore faut il pouvoir l’appliquer regardons l’échec de la loi du Droit au logement opposable : des hommes et des femmes restent, depuis plus de 5 ans, dans des tentes, dans des abris de fortune, dans une voiture, ils attendent encore un logement.

Alors devrons nous assigner en justice un Etat qui ne remplit pas ses obligations, devrons nous demander des comptes pour « atteinte au droit à la vie ». Au final c’est bien ce qui arrive : la mort prématurée lorsque l’on vit dans la rue.

A la veille d’une nouvelle conférence contre l’exclusion nous pouvons être inquiets des résultats ou devrions nous dire de l’absence de volonté à combattre l’exclusion et la grande précarité. Certains vont utiliser l’expression « choc de solidarité » pour mettre en avant une nouvelle politique à l’égard des sans abris et mal logés. L’attente des personnes n’est pas un choc mais simplement le respect des droits fondamentaux ceux de pouvoir vivre comme tous citoyens dans ce pays, avoir un logement, un revenu et l’accès aux besoins tels que la santé et aussi d’un accompagnement, d’un soutien. Alors au lieu de parler de « choc de solidarité » demandons un pacte pour une justice sociale. Un pacte qui engagera chaque acteur, les élus, l’administration, les bailleurs sociaux et d’autres à respecter le droit.

une nouvelle fois nous parlons de l’urgence à agir, de l’urgence à sauver des vies immédiatement.

Nous voulons aussi nous faire le relai de la détresse des travailleurs sociaux.

Ils sont désarmés et n’en peuvent plus de n’avoir rien (ou tout comme) à proposer aux personnes qui vivent dans la rue.

Ils ont de plus en plus le sentiment d’être en réalité les alibis et les complices d’un système social qui fait semblant d’avoir quelque chose à offrir mais finalement ne propose rien de sérieux aux personnes de la rue.

Le fait que les familles soient de plus en plus nombreuses dans la rue rend tout cela encore plus insupportable.

Ce n’est plus l’indignation qui nous mobilise mais la colère celle de constater que chaque soir nous croisons dans la rue des personnes qui vont passer la nuit dehors et le matin elles ne sont plus là ! Nous découvrons plus tard leurs noms parmi les 202 victimes de la vie à la rue.

Nous croyons qu’une société c'est-à-dire nous tous, se juge à la manière dont elle fait place aux plus vulnérables

Hommage le 6 décembre 2012 à 19h place de la Bourse 75002 Paris

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