La chance perdue de Mélenchon

Il aurait pu être le « Mujica » français, à l’instar de l’ancien président de l’Uruguay, le rassembleur, l’homme de la gauche, la vraie, celle de la justice sociale, du respect de l’autre, de la solidarité. Il en a toutes les qualités : le talent, la culture, l’intelligence, la présence. Avec deux défauts : la suffisance et l’arrogance.

Jean-Luc Mélenchon s’est autodétruit. Certains rappelleront son admiration pour François Mitterrand, d’autres son passé trotskyste, sa complicité amicale avec Lionel Jospin. Ceci explique peut être cela. Pourtant, l’explication première n’est-elle pas dans l’égo démesuré du personnage et son anticommunisme camouflé, selon les circonstances, et revenant régulièrement à la surface ? L’inverse de Mujica.

Un micro caché l’avait surpris à la fin d’une émission de radio déclarant que les communistes « il en a rien à foutre ». Puis, des amabilités à l’égard des cocos parisiens, des « pleutres », selon lui. Et récemment d’affirmer concernant les récentes élections législatives en Espagne : « Du moins suis-je débarrassé des parallèles à propos de l’alliance avec les communistes qui semble avoir coûté si cher à Podemos. » Cerise sur le gâteau, une perle : « L’Europe, on la change ou on la quitte », à la manière de Sarkozy « La France tu l’aimes ou tu la quittes ». Il y a entre ces deux hommes d’étranges convergences. Dans la forme, s’entend.

Dommage. J’en connais plus d’un qui, comme moi, sur la base d’objectifs discutés et partagés n’auraient pas hésité à travailler pour le succès de la candidature Mélenchon dans le cadre d’un front de gauche élargi. Trop tard. L’homme s’est dévoilé.

José Fort

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Le projet de loi travail viole le pacte des Nations unies !

« Le projet de loi travail est hors la loi », accuse la CGT dans son intervention qui a été lue hier lors de sa rencontre avec le premier ministre.

M. le premier ministre, votre texte est illégal...

« Monsieur le premier ministre, Madame la ministre du Travail, vous connaissez aussi nos propositions en faveur d'un Code du travail du XXIe siècle, à même de protéger les salariés contre les effets de la course au moins-disant social sur fond de précarisation du travail et de ceux qui l'exercent. Je vais donc concentrer mon propos sur ce que, peut-être, vous ignorez encore : avant même son éventuelle adoption, la loi dite travail que porte votre gouvernement viole de façon magistrale les conventions fondamentales de l'OIT.

En effet, en 2012, le comité de la liberté syndicale de l'OIT a jugé une affaire très similaire concernant un projet de réforme du gouvernement grec de l'époque organisant la décentralisation de la négociation collective au niveau des entreprises. (...) Les conclusions du comité ne laissent aucun doute possible quant à l'infraction que constitue ce type de réforme par rapport aux conventions de l'OIT. Je me permets de vous en citer un court extrait qui résonne comme un avertissement : « Le comité souligne que la mise en place de procédures favorisant systématiquement la négociation décentralisée de dispositions dérogatoires dans un sens moins favorable que les dispositions de niveau supérieur peut conduire à déstabiliser globalement les mécanismes de négociation collective ainsi que les organisations d'employeurs et de travailleurs et constitue en ce sens un affaiblissement de la liberté syndicale et de la négociation collective à l'encontre des principes des conventions 87 et 98 » Pour la CGT, la signification de cette jurisprudence est claire.

Elle transforme en avorton l'article 2 du projet de loi dit travail. Si le gouvernement s'entêtait à le maintenir, il est clair qu'il exposerait la France à une violation grave et immédiate des conventions fondamentales 87 et 98 de l'OIT qui, je vous le rappelle, protègent les libertés syndicales et la négociation collective dans le monde. Il serait irresponsable de demander la semaine prochaine aux députés d'adopter une loi bafouant aussi clairement le droit international du travail, et encore davantage d'utiliser une nouvelle fois le 49-3 à cette fin. Nous prendrions alors immédiatement nos responsabilités en alertant l'opinion publique sur ces violations et en portant plainte devant les instances habilitées de l'OIT. Et croyez-moi, nous trouverons une majorité des organisations syndicales de ce pays pour le faire (...) le projet de loi "travail" est hors la loi internationale. Il l'est doublement : devant (l'OIT) et devant les Nations unies. Vous n'avez pas d'autre option que de le retirer. Sans quoi, nous n'aurons pas d'autre choix que de poursuivre la mobilisation contre un projet injuste et illégal. »

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT

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voir la vidéo de "La-bas si j'y suis" - 4' : la ministre du Travail à France-Inter

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Jacques Delors : l’homme des firmes

Avec ses amis les patrons, Jacques Delors a fait le ménage au PS. Quand, en 1983, il faut choisir entre socialisme, même modéré, et le marché commun, le terrain était tout prêt....

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Le billet de Maurice Ulrich En fait, les peuples,c’est embêtant.

En fait, les peuples,c’est embêtant. On est tellement mieux entre soi, disons entre gens du même monde. Surtout quand on est commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, comme Pierre Moscovici. « Je ne fuis pas le débat démocratique », a-t-il dit, dimanche, sur RTL, « non, non, non, mais je dis : attention au référendum » , et de mettre illico tout le monde dans le même sac, Le Pen, Fillon, Macron, Mélenchon « qui se jettent sur le référendum comme des morts de faim » , car « le référendum, ça blesse, ça brûle, ça divise ». Ce pourquoi, et au cas où, il souhaite pour la France « un référendum qui soit pour une vision partagée et pas un référendum qui divise et qui ébranle ». Chat échaudé craint l’eau froide. Sinon, écrivait Pierre Moscovici en 2004, et avant le « non » de 2005, « s’il y a un sujet qui mérite et même exige le référendum, c’est celui-là. Le peuple doit être consulté, faute de quoi on donnerait l’impression de faire l’Europe dans son dos » . Seulement l’impression ?

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