États-unis. « La gauche est en train de gagner »

Bruno Guigue : La Fable du libéralisme --Les débats organisés dans le cadre de la primaire du Parti démocrate ont consacré la victoire idéologique de l’axe Sanders-Warren. Mais l’argument du vote utile pourrait tout de même conduire à une nomination du centriste Joe Biden.--Donald Trump parfait son image de champion du nationalisme blanc-- EN PLUS DU MUR, TRUMP EXTERNALISE SES FRONTIÈRES --

Bruno Guigue : La Fable du libéralisme (qui sauve le monde)

 « LA PAUVRETÉ aurait été vaincue grâce aux recettes libérales ? Dans l’imagination des libéraux, certainement. Dans les faits, la réussite économique de la Chine doit davantage à la main de fer de l’État qu’à la main invisible du marché. Cette économie mixte pilotée par le parti communiste chinois a porté ses fruits. En trente ans, le PIB a été multiplié par 17 et 700 millions de personnes ont été extraites de la pauvreté. Comme la réduction de la pauvreté dans le monde dans la même période est due à la politique économique chinoise, il est cocasse d’attribuer au libéralisme les progrès récemment enregistrés par l’humanité. »- voir la vidéo 1h53

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Publié dans l'Huma - Vendredi, 2 Août, 2019 - Christophe Deroubaix

Les « deux Amériques » : l’image peut sembler éculée tant elle a été utilisée. Elle ne relève pourtant plus de la parabole. Elle décrit au plus juste l’état d’un pays tellement divisé que l’un des protagonistes du Watergate, le journaliste Carl Bernstein, évoque une « guerre civile froide ».

D’un côté, Donald Trump achève la transformation du Parti républicain en outil du nationalisme blanc (lire page 5).

De l’autre, le Parti démocrate est en train de vivre la primaire la plus à gauche de son histoire.

Dans une ambiance de combats de catcheurs dans la boue qu’encourage le président des États-Unis, ce fait majeur de la vie politique a pu être relégué au second plan. La deux­ième série de débats opposant la multitude de prétendants à la nomination du parti de l’âne vient opportunément de le replacer à l’avant-scène.

Organisées en deux soirées consécutives, mardi et mercredi, ces joutes ont confirmé ce qui se dessinait : le centre de gravité du Parti démocrate a clairement évolué vers la gauche, l’axe Warren-Sanders impose le tempo idéologique, mais l’establishment résiste et tente, avec Joe Biden, de garder la main.

Seulement la confrontation de mercredi soir a quasiment viré au tabassage politique pour l’ancien vice-président de Barack Obama. Au cours des deux heures d’échanges, il n’a cessé d’être pris à partie sur ses prises de position passées. C’est d’une bonne guerre tactique puisqu’il ­demeure celui qui fait la course en tête dans les sondages.

Cela relève aussi d’une implacable logique : Joe Biden, élu sénateur en 1973, incarne ce parti centriste auquel une frange grandissante (et sans doute majoritaire) des électeurs démocrates – notamment les plus jeunes – veut tourner le dos. En quatre décennies de vie washingtonienne, il a miné les actions des droits civiques (dans les années 1970), soutenu les politiques de libre-échange et les lois répressives conduisant à l’incarcération de masse (sous Clinton), avant d’assister, muet, aux expulsions sans précédent des immigrés sans papiers sous Obama.

Sanders, le sénateur du Vermont, a imposé sa « patte » idéologique

Ce rejet de la conversion néolibérale et répressive du parti qui fut celui du New Deal et des droits civiques a, en 2016, nourri l’émergence politique de Bernie Sanders. Défait dans les urnes par Hillary Clinton, malgré 43 % des suffrages recueillis, le sénateur du Vermont a imposé sa « patte » idéologique.

Ses propositions « radicales » de 2016 sont désormais ­soutenues par une majorité d’électeurs – démocrates, républicains et « indépendants » confondus : salaire minimum à 15 dollars, gratuité des études universitaires publiques, système de santé Medicare (programme fédéral créé dans les années 1960 offrant une couverture maladie universelle aux plus de 65 ans) pour tous.

Le début du cycle 2020 s’ouvre par une accentuation de ce virage progressiste.

Les propositions les plus audacieuses émergent tous azimuts : impôt sur la fortune, suppression des assurances privées de santé, décriminalisation de l’immigration illégale, couverture santé gratuite pour les sans-papiers, loi de réparation pour les ­Africains-Américains, suppression du collège électoral, plans d’investissements multiples (éducation, infrastructures…).

« Les débats montrent que la gauche est en train de gagner », selon le magazine marxiste Jacobin. Plusieurs candidats jugés modérés, tels Kamala Harris, Cory Booker, Pete Buttigieg, ont rejoint, sur le fond programmatique, l’aile progressiste.

La victoire idéologique de Bernie Sanders ne se traduit pas qu’en mots. La Chambre des représentants a récemment voté le doublement du salaire minimum, pour le porter à 15 dollars, proposition lancée en 2012 par des salariés de fast-food à New York et reprise par le sénateur socialiste lors de la primaire en 2016. Au Capitole, c’est une « brigade » de choc, féminine et progressiste qui donne le « la » (lire ci-dessous).

« Les thèmes portés par les démocrates sont très populaires »

Pour en revenir aux primaires, seul Joe Biden, parmi les figures dominantes, s’accroche au credo centriste. Son pari : le vote utile.

Il se présente comme le seul capable de bouter Trump hors de la Maison-Blanche. Et c’est un sacré argument pour des électeurs démocrates dont le rejet du président en place atteint des sommets. Particulièrement les Africains-Américains, qui constituent près de la moitié du corps électoral de la primaire du parti de l’âne. Les « liberals » lui opposent un précédent historique : battre Trump sur le « sérieux » et la « modération », c’était le pari d’Hillary Clinton, dont on connaît l’épilogue.

Mark Kesselman, professeur de science politique à l’université Columbia (New York), ajoute un élément central dans l’ensemble du paysage américain : « Il n’y a pas de doute que la vision des démocrates sera la plus forte en termes de votes citoyens. Mais qui recueillera le plus de “grands électeurs” dans le collège électoral ? » Joe Biden se targue de pouvoir récupérer des électeurs « perdus » dans les trois États du Midwest remportés par Donald Trump en 2016. Notons que deux d’entre eux (Michigan et Wisconsin) avaient opté, lors de la primaire, pour Bernie Sanders, preuve de la popularité de sa rhétorique dans ces terres de désindustrialisation.

« Les thèmes portés par les démocrates sont très populaires parmi l’opinion publique, confirme Mark Kesselman. Et sur tous ces thèmes, les politiques et actions de Trump sont très impopulaires. Donc il cherche à déplacer le débat sur d’autres thèmes. » Le comble serait que les démocrates – ou tout au moins leur candidat désigné – le suivent sur ce terrain, transformant un combat idéologique en face-à-face entre deux caractères, un choix de société en casting moral.

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Donald Trump parfait son image de champion du nationalisme blanc

Chaque jour, l’occupant de la Maison-Blanche cible une personnalité « non blanche ». Un signe explicite envoyé à sa base, clé de sa réélection en 2020, cimentée par le ressentiment racial et xénophobe.

Dès octobre 2017, Ta-Nehisi Coates avait mis dans le mille. L’auteur du tonitruant essai Une colère noire choisissait un titre apparemment provocateur pour son long papier publié dans The Atlantic : « Donald Trump, le premier président blanc ». Sous-titre : « La fondation de la présidence de Trump est la négation de l’héritage d’Obama ». Explication de texte, si nécessaire : « Trump est un phénomène vraiment nouveau : c’est le premier président dont toute l’existence politique dépend du fait qu’il y a eu un président noir. » La thèse prenait de front l’explication communément admise d’une élection improbable permise par les classes populaires blanches et déclassées.

Les études publiées depuis lui donnent raison tout comme… la stratégie de Trump elle-même. Les premières – au nombre de deux dizaines – montrent qu’il n’y a aucun unificateur socio-économique (chômeurs, peur du déclassement) parmi l’électorat de Trump, mais un ciment idéologique formé par le ressentiment racial, quelle que soit sa classe. D’ailleurs, les indicateurs économiques semblent tous au vert et il ne s’en sert que très peu dans ses discours. Il préfère jouer en permanence la « carte raciale », qu’il pense être son atout, voire sa martingale.

Dans la lignée de Richard Nixon et de sa stratégie sudiste

Depuis dix jours, il a franchi un pas supplémentaire. Cela a commencé avec la « brigade » des élues démocrates progressistes (quatre femmes nouvelles élues) qu’il veut renvoyer dans leur pays. Cela s’est poursuivi par une attaque contre un député (africain-américain) de Baltimore, ville « infestée de vermines (…) où aucun être humain ne voudrait vivre ». Le lendemain, c’est le pasteur et commentateur politique noir Al Sharpton qui était accusé de « haïr les Blancs et les flics ». Puis, Don Lemon, de CNN, s’est vu discerner le trophée de l’homme de télévision le plus stupide. Vous aurez deviné sa couleur de peau...

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Éditorial. Le nom de Trump

Vendredi, 2 Août, 2019 - Maurice Ulrich

Que faire avec Trump ? De prime abord et vu d’ici, pas grand-chose et on peut craindre d’avoir à le supporter quelque temps encore, peut-être pour un second mandat. Ce qui peut nous sembler un paradoxe est aux États-Unis une réalité.

Plus il en rajoute dans le tweet rageur, le dénigrement, la charge contre les médias et les « dérapages » racistes très contrôlés devenant de véritables provocations, plus il répond aux attentes de sa base.

Même chose en termes de politique internationale. Les sanctions contre l’Iran, la guerre froide économique avec la Chine sont largement à usage interne et électoral dans la continuité de son slogan « America First », l’Amérique d’abord.

On peut y ajouter pour ce qui concerne la France sa récente sortie sur la stupidité d’Emmanuel Macron à propos de la taxe sur les Gafa et la supériorité du vin américain.

Qu’on s’en amuse ou que l’on soit sidéré par la grossièreté du personnage devenu le président de la première puissance mondiale, la leçon est à retenir. Qu’on le flatte ou non, Trump n’écoute que lui-même. C’est dire que ce n’est pas en venant sur son terrain ou en se dérobant à une opposition déterminée que ses adversaires peuvent faire face.

La question est à présent posée aux démocrates américains, mais elle va au-delà.

Trump est aujourd’hui l’avant-poste et le nom d’une lame de fond politique qui, dans le monde, passe par le Brésil, l’Italie, l’Europe de l’Est, la Russie, la Grande-Bretagne.

Elle charrie le racisme, l’intolérance, la fermeture à la différence, les régressions sociales et sociétales comme sur l’IVG.

La France, on le sait, n’en est pas indemne quand les électeurs se voient sommés de choisir entre la politique d’Emmanuel Macron et le Rassemblement national.

L’Europe entière est concernée quand les politiques menées le sont contre les peuples. Cette vague se forme au sein du capitalisme mondialisé. Ce qui se passe chez les démocrates américains ne nous est pas étranger.

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ÉTATS-UNIS. EN PLUS DU MUR, TRUMP EXTERNALISE SES FRONTIÈRES (L’HUMANITE - Mardi 30 Juillet 2019 - Cathy Dos Santos)

Convaincu que sa réélection se jouera sur la question migratoire, le président durcit ses politiques, en renvoyant le sort des exilés à ses voisins de l’Amérique centrale.

De la chasse aux sans-papiers dans les grandes villes aux infâmes centres de détention des migrants, Donald Trump cogne fort. Très fort. Dès la présidentielle de 2016, le candidat républicain avait fait du combat contre l’immigration l’un de ses engagements phares, en promettant à ses concitoyens la construction d’un mur sur les 3 200 kilomètres qui séparent les États-Unis du Mexique. Trois ans plus tard, après des mois de blocage au sein de la Chambre des représentants – où les démocrates sont majoritaires –, qui avait d’ailleurs conduit le président à décréter l’« urgence nationale », voilà que la Cour suprême est venue le conforter. Par 5 voix en faveur, contre 4, les juges ont autorisé vendredi le gouvernement à pomper 2,5 milliards de dollars au budget du Pentagone afin de muscler une parcelle de l’édification controversée. « Grande victoire sur le mur », a jubilé Donald Trump dans un tweet enflammé.

« Un mur n’arrange en rien notre système d’immigration, il renforce seulement notre politique délibérément cruelle et barbare de séparation des familles. Il nie le refuge à des innocents demandeurs d’asile », a, pour sa part, critiqué l’organisation Southern Poverty Law Center. De son côté, la puissante Union américaine pour les libertés civiles (Aclu) a décidé de faire appel de la décision afin de « rétablir le blocage permanent de la construction d’un mur frontalier qui utilise des fonds militaires non autorisés ».

Convaincu que son éventuelle réélection en 2020 se joue sur la question migratoire – 27 % des États-Uniens la considèrent comme prioritaire, selon une enquête Gallup –, le locataire de la Maison-Blanche cogne encore plus fort, en externalisant sa politique migratoire. Ce même vendredi, Washington a conclu un accord avec le Guatemala, faisant de la nation centre-américaine un « pays tiers sûr » pour les demandeurs d’asile aux États-Unis. À la mi-juillet déjà, l’administration a annoncé qu’elle nierait le droit d’asile aux migrants qui auraient transité par un pays tiers sans y faire une demande.

Les migrants fuient la misère et les violences du crime organisé

L’accord avec le Guatemala était jusqu’alors suspendu, en raison du veto de la Cour constitutionnelle guatémaltèque. Selon la convention de Genève sur le statut des réfugiés, un État peut refuser l’asile à un demandeur et renvoyer sa requête sur un pays tiers qui se doit, en retour, de respecter des critères très stricts : le non-renvoi du migrant dans son pays d’origine ; les droits à la sécurité sociale, au logement, à l’emploi, ainsi qu’à l’éducation ; le regroupement familial.

Le Guatemala forme avec le Salvador et le Honduras un triangle d’où sont majoritairement originaires les migrants qui frappent à la porte des États-Unis. Ils fuient l’insondable misère, les violences du crime organisé et des nombreux gangs qui pullulent dans la région. Au Guatemala, huit activistes sociaux ont été assassinés depuis le début de l’année. Les organisations des droits de l’homme de ce pays reprochent au président et ancien humoriste Jimmy Morales d’avoir signé un accord hallucinant, en l’absence de conditions d’accueil dignes de ce nom.

L’aide au développement détourné de son objet par les états-unis

L’empressement du chef de l’État, ultracontesté en raison de la corruption endémique, n’est pas étranger aux menaces proférées par Donald Trump. Il a accusé « le Guatemala d’envoyer des grands groupes de personnes, certaines avec des antécédents criminels, aux États-Unis ». « Désormais nous regardons du côté de la prohibition », a-t-il mis en garde. Pour forcer la main de son « partenaire », comme ce fut le cas aussi pour le Mexique, le maître du Bureau ovale souhaitait instaurer des taxes sur les exportations guatémaltèques en direction des États-Unis (qui s’élèvent à 3,9 milliards de dollars par an), ainsi que sur l’envoi d’argent des émigrés à leur famille. L’accord conclu offre de bien maigres consolations au Guatemala, qui ne bénéficiera que d’une augmentation des visas octroyés aux agriculteurs désireux de se rendre aux États-Unis.

Le budget consacré au développement de l’Amérique centrale pourra encore attendre. Il y a une semaine, l’administration états-unienne envisageait de transférer les fonds alloués à l’essor économique de la région aux différentes organisations de l’opposition au… Venezuela.

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Canada : «L’AVENIR, C’EST LE SOCIALISME»: DÉBUT DU DÉBAT SUR LE PROGRAMME MODIFIÉ DU PARTI COMMUNISTE

nos camarades du parti communiste du canada sont en train de préparer leur congrès et nous envoient ce texte en anglais que j’ai traduis rapidement, il témoigne une fois encore de la convergence des préoccupations des partis communistes et de la nécessité de confronter nos expériences et nos perspectives (traduction et note de danielle Bleitrach pour histoire et société)....

Par Liz Rowley - dirigeante du Parti communiste du Canada.

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