Crapule(s) de luxe !

Le traitement médiatique de l’affaire Ghosn est symptomatique de la complaisance de nos dominants pour cette parfaite incarnation du patron-voyou.-- Le billet de maurice ulrich-- 15 euros par mois c’est un pognon de dingue selon Muriel Pénicaud

Le traitement médiatique de l’affaire Ghosn est symptomatique de la complaisance de nos dominants pour cette parfaite incarnation du patron-voyou.

Il n’est question que de « grande évasion », de « vrai miracle », d’ « audace folle », de « scénario à la James Bond ou à la Largo Winch », d’ « incroyable pari » ( JDD).

Le droit, les douanes, les frontières, les papiers ? c’est bon pour les cons.

Avec Carlos Ghosn, le bourgeois s’encanaille. Et du même coup, il nous redit que le crime et le capital font bon ménage. Au train où c’est parti, il ne serait pas étonnant que Carlos Ghosn reçoive l’an prochain la légion d’honneur.

Gérard Streiff

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Le billet de maurice ulrich. Un bien précieux

Comme il le fait chaque année, le milliardaire et patron du Figaro, Olivier Dassault, soutien d’Emmanuel Macron et proche de Laurent Wauquiez – ben oui, et alors ? – présentait la semaine passée ses vœux aux lecteurs et sa ligne politique à la rédaction, avec un vibrant « Éloge de la confiance », qui doit être placée, selon lui, un peu comme à la Bourse, dans « l’intelligence des Français ».

Elle nous permet de comprendre, par exemple, que le projet de réforme des retraites est « essentiel » et c’est cette intelligence qui fait que « nous avançons, parfois en faisant preuve d’un peu de mauvaise volonté, mais nous progressons ». Malheureusement, « quelle tristesse de voir le droit de grève, ce bien si précieux, ainsi dévoyé et transformé en droit de bloquer un pays tout entier, de prendre ses habitants en otages ! Après tout une grève réussie est une grève qui s’achève ».

C’est surtout qu’une grève réussie, à bien suivre la pensée d’Olivier Dassault, c’est même une grève qui n’a pas lieu.

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15 euros par mois c’est un pognon de dingue selon Muriel Pénicaud

Dimanche, 5 Janvier, 2020 - Gérard Le Puill

La ministre du Travail a déclaré  que l’augmentation de 1,2%  du SMIC au 1er janvier  se traduit par un gain de pouvoir d’achat de « 15 euros net par mois  pour les 2,3 millions  de personnes concernées».

Mais elle  oublie les hausses de prix de ce début d’année et la trop faible revalorisation de certaines prestations comme les allocations familiales et l’APL.

L’ancienne  cadre de Dassault Systèmes- qui fut aussi  DRH de Danone  avant de devenir directrice générale de Business France du temps où Macron était le ministre de l’Economie- semble ainsi dire aux pauvres qu’ils  pourront  se payer de la brioche  s’ils n’ont pas de quoi acheter du pain. 

Suite à l’annonce  de l’augmentation du SMIC de 1,2% en janvier,  la ministre du travail Muriel Pénicaud  s’était empressée de voir  un gain de pouvoir d’achat de « 15 euros net  par mois pour les 2,3 millions de personnes concernées ». Il est vrai qu’avec 15€ de plus dans le mois, il est possible, en théorie de se procurer une quinzaine de baguettes de pain sur 30 jours.

Cela fait une demi-baguette de plus par jour pour être souvent partagée entre trois ou quatre personnes! Il sera néanmoins difficile de chercher à changer l’ordinaire en s’offrant de la brioche de temps en temps. Voilà déjà qui ramène à sa juste dimension le gain de pouvoir d’achat embelli par la nouvelle  Marie-Antoinette qui siège au ministère du travail  et dont on nous dit qu’elle est née au Chesnay, près du château de Versailles.

Cette déclaration  de la ministre précédait de quelques heures la note publiée par l’Institut national de la statistique et des études économiques(INSEE) le 3 janvier sur l’évolution des prix.  Cette note est relativement courte  et se termine par la précision suivante : « Sur un an, l’indice des prix à la consommation  harmonisé accélérerait à +1,6%, après + 1,2% en novembre ». Pour mémoire, le SMIC a été augmenté de 1,5% en 2019,  alors  que l’inflation aura été de 1,6% sur les douze mois de cette même année. De ce fait, un douzième de l’augmentation du SMIC en 2020  a été mangée  d’avance par la hausse des prix en 2019.  

Les prix augmentent davantage pour les pauvres que pour les riches

Quand on regarde les choses dans le détail, les prix sur un an ont augmenté beaucoup plus pour les pauvres que pour les riches.

Quand on est pauvre et payé au SMIC, acheter à manger,  payer son loyer,  mettre du carburant dans la voiture pour aller  travailler font de sorte que la part de budget consacrée aux dépenses difficilement compressibles est plus importante que pour la moyenne des ménages.

Surtout quand les riches -  dont Muriel Pénicaud fait partie avec un patrimoine de 7,5 millions d’euro-  disposent souvent de voitures de fonction  qui ne leur coûtent rien et recourent abondamment aux  notes de frais pour se faire rembourser les repas au restaurant et bien d’autres dépenses.

Or,  sur douze mois en 2019, les prix alimentaires ont augmenté de 2,1% en moyenne  et le prix de l’énergie a progressé de 2,1%.  L’INSEE  écrit prudemment,  qu’en décembre 2019, « cette nette hausse  de l’inflation résulterait  principalement d’un rebond marqué des prix de l’énergie, dans le sillage de ceux des produits pétroliers». Comme l’assassinat d’un officier Iranien  sur ordre de Donald Trump  vient de faire repartir le prix du pétrole à la hausse, nous ne sommes peut-être pas au bout de nos mauvaises surprises dans ce domaine. Du coup, être payé au SMIC  et percevoir sur toute l’année  2020  à peine 180€ de plus  qu’en 2019  ne permettra probablement pas de couvrir la hausse de prix des seuls carburants sur l’année qui vient de débuter pour le smicard utilise sa voiture pour aller au travail.

Seulement 0,3% de hausse pour les allocations  et l’APL

Quand ils sont fumeurs, les hommes et les femmes payés au SMIC consacrent une plus grand part de leur budget  à l’achat de leurs cigarettes quotidiennes que les personnes qui sont payés  deux ou trois fois plus. Or, durant l’année 2019,  le prix du tabac  a augmenté de 15,3% nous rappelle  l’INSEE. Il est prévu que le prix du paquet de cigarettes augmentera en moyenne de 50 centimes  d’euro au mois de mars 2020 et de 40 centimes  au mois de novembre. En attendant, le prix du timbre poste a déjà augmenté  de 10 centimes  au mois de janvier, tandis que certains médicaments sont moins remboursés en 2020 qu’en 2019.

Dans un ménage de smicards  avec deux enfants et plus, on est souvent locataire de son logement tandis  que les allocations familiales et l’Aide Personnalisée au Logement (APL)  constituent une part relativement importante du budget mensuel. Or, en  2019  ces deux prestations n’ont été revalorisées que de 0,3%, soit 5 fois moins que l’inflation durant l’année. Le même traitement  infligé  aux familles pauvres  a été décidé par le gouvernement pour 2020 et voté par les parlementaires « godillots » du groupe LaREM  qui soutient la politique de Macron.

Muriel Pénicaud a augmenté son salaire de 20%  en 2015

Voilà quelques informations dont il convient de disposer avant de porter un jugement sur la « vérité des chiffres » que Muriel Pénicaud  a cru pouvoir faire avaler aux   Français en ce début d’année. La longue biographie que lui consacre Wikipédia nous raconte comment elle est devenue « la première  directrice générale  de Business-France en 2015 ».

Coïncidence troublante, c’était juste  après l’arrivée d’Emmanuel Macron à Bercy, comme ministre de l’Economie. S’agissant  du comportement  de Muriel Pénicaud  à cette époque, Wikipédia  ajoute ceci : « Une de ses premières mesures est alors  d’augmenter de 20% le salaire du directeur financier  et du DRH, ainsi que le sien qui passe à 225.000€ annuels ». Observons que nous avons là une hausse en pourcentage 12 fois plus élevée que celle du SMIC  et que le salaire de la dame atteignait l’équivalent d’une douzaine de fois le SMIC à la même époque.

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