Jack Ralite. Debout, résistons et construisons poétiquement

C'est avec une profonde tristesse que je reçois l'annonce du décès de Jack Ralite, j'ai eu l'honneur de le connaître et de travailler quelque peu avec lui parmi tant d'autres : un Grand Homme Communiste jusqu'à son dernier souffle ...salut camarade et profond respect.

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Au second tour de l’élection présidentielle de 2017, l’Humanité avait publié ce texte de Jack Ralite, qui appelait sans ambiguïté à battre Marine Le Pen. Un plaidoyer pour « sauvegarder l’espace public républicain ».

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ? » (Albert Camus). Nous devons bien nommer les choses, dire que madame Le Pen est une véritable armoire aux masques, voulant cacher qu’avec ou sans son père elle est une ouvrière pour que notre société perde l’élément où l’esprit respire. « Laisser aller le cours des choses, voilà la catastrophe » (Walter Benjamin).

La catastrophe est là. La création artistique, la liberté d’expression, le pluralisme, l’universalisme, l’option d’autrui, l’atout d’un large public sont totalement ignorés par madame Le Pen, héritière de la funeste tradition xénophobe et antisémite. « Méfie-toi de ceux qui se déclarent satisfaits car ils pactisent » (René Char).

Des personnes se satisfont de la fausse laïcité de madame Le Pen, qui empêche que soit soulevée la bâche de sa baraque où elle dégrade les âmes. « Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve » (Hölderlin). Les artistes et leurs institutions, organisations et mouvements – j’y ajoute les états généraux de la culture – multiplient paroles et actes de hauteur, refusant de se laisser anéantir par le lepénisme. « L’histoire est ce qu’on y fait, l’histoire est une chose qu’on agit et non pas qu’on subit » (Pierre Boulez).

Il n’y a jamais de victoire même petite quand on renonce à son pouvoir d’agir, face à la mise en cause de notre civilisation des Lumières par madame Le Pen. Prenons en main nos propres affaires, soyons un facteur générateur de pensées. « Les hommes et les femmes peuvent se retrouver une tête au-dessus d’eux-mêmes » (Vygotski).

Il est urgent de garantir les libertés de pensée, de création et d’expression, de traiter nouvellement, en les agrandissant, les libertés au travail qui épaulent l’action contre les ségrégations culturelles. Ce n’est pas de l’ordre de l’impossible, mais des explorations effectuées pour échapper à la règle du « chacun pour soi », en lui substituant celle du « singulier collectif ». C’est un saut de pensée qui rejoint l’histoire précieuse de notre pays pour l’humanité. C’est tout le contraire de la politique de madame Le Pen.

C’est pourquoi nous appelons à voter monsieur Macron pour sauvegarder l’espace public républicain. Ce n’est pas un soutien à sa politique. Nos votes ne lui appartiennent pas.

Ceux de nos amis qui s’apprêtent en toute conscience à s’abstenir ou à voter blanc éludent l’obstacle et ne voient pas qu’il y a un coup d’après, les élections législatives, où nous construirons en toute indépendance, notamment en « civilisant les nouveaux mondes issus de l’œuvre civilisatrice » (Georges Balandier), les garanties des conditions nationales européennes et internationales de la liberté de création, de l’élargissement du territoire des attentes et des rêves de chacun. Madame Le Pen avilit la pensée jusqu’à citer des textes sans dire leur auteur, nous si, les poètes ne sont jamais banalisateurs.

« Une citation n’est pas un extrait. La citation est une cigale. Une fois accrochée dans l’air elle ne nous lâche plus » (Mandelstam). « L’occupation économique de la pensée s’accompagne d’une sensure » (notez bien le s) “généralisée”, source de “castration mentale”. » (Bernard Noël, Berlin, novembre 1991.) « Quelque chose est dû à l’être humain du fait qu’il est humain » (Paul Ricœur).

Nous sommes à un carrefour. Nous vivons une faillite à l’époque où nous devrions vivre une renaissance.

Soyons debout poétiquement et politiquement avec vitalité, même si elle est désespérée, dirait Pasolini. N’ayons pas de retard d’avenir.

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Jack Ralite : « L' Humanité, la culture et moi, c’est une mêlée sympathique»

En juin dernier, lors d’une soirée de partage culturel en soutien au journal l’Humanité à l’espace Niemeyer, place du colonel Fabien à Paris, Jack Ralite avait exprimé ses souvenirs et son soutien indéfectible au quotidien fondé par Jaurès.

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Être ou avoir...

« Le progrès social, c'est celui qu'on se paie soi-même. » Emmanuel Macron, en répondant avec arrogance à une dame qui l'interpellait, a résumé sa philosophie. Adieu l'ambition de civilisation, l'avenir en commun ! Aux yeux du président, la politique n'est plus. Reste la débrouille individuelle, la passion du lucre, avoir tout pour ne pas être rien... L'avenir des jeunes ? Il faut qu'ils « aient envie de devenir milliardaires ! » lançait-il quand il était ministre de l'Économie, et la suite a montré que, en effet, mieux valait être richissime pour bénéficier de ses attentions. Les phrases ronflantes devant le congrès et les postures étudiées se résument à un cliquetis de monnaie, « la gloire en gros sous », écrivait Victor Hugo.

Rien ne serait pire que de détourner le regard de la scène publique, de baisser les bras devant des politiques conduites envers et contre la majorité, de se réfugier dans l'espace minuscule « qu'on se paie soi-même ». Emmanuel Macron en rêve, avec peut-être une réminiscence de Machiavel : « Gouverner, c'est mettre vos sujets hors d'état de vous nuire et même d'y penser. » À l'avant-veille du 16 novembre et des mobilisations syndicales contre les ordonnances qui menacent le Code du travail, les conseillers élyséens espèrent en une contagion du sentiment de lassitude, voire du fatalisme.

Une trajectoire tout autre, incandescente et parfois brûlée, généreuse et exigeante, est rappelée à la mort de Jack Ralite. Il avait du progrès une haute conception, alliant la création artistique et son partage avec tous, la recherche médicale de pointe et le droit aux soins de qualité, la responsabilité de l'homme d'État et l'engagement du militant. Et le goût des autres si fort pour cet élu d'une banlieue populaire qu'il n'aurait jamais pu penser que quiconque était « rien », ce passionné de théâtre jugeant sans doute avec Brecht que « l'avenir de l'humanité n'a d'intérêt que vu d'en bas ». Jusqu'à ces derniers jours, il jugeait qu'il avait à faire, à penser, à donner plutôt qu'à prendre. Être plutôt qu'avoir...

Patrick Apel-Muller (Journal L’Humanité)

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Hommage. Jack Ralite, le politique et le poétique

Marie-José Sirach-Lundi, 13 Novembre, 2017-L'Humanité

Ancien ministre, ancien maire d’Aubervilliers, fondateur des états généraux de la culture, Jack Ralite est mort dimanche à l’âge de 89 ans. Homme politique, homme de culture, il a tutoyé l’Histoire et les poètes. Toute sa vie, il est resté fidèle à ses convictions et épris de liberté....

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Jack Ralite : « Jack était un passeur d'idées, de mots. Nous prenons avec fierté le passage de témoin qu'il nous a transmis »

"Chacun est un être singulier, le rêve c'est que ce singulier soit imbibé du collectif, ce collectif étant lui-même imbibé de tous les singuliers". Jack Ralite

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