23 septembre 1939, FREUD est mort

les 10 ans de "L'Appel des Appels" voir les vidéos - Freud : Après l’Anschluss, le vieil homme et ses proches parviennent à fuir Vienne, en juin 1938. Il s’exile à Londres, et les derniers mois avant son décès sont partagés entre les poussées violentes de son cancer et l’écriture.

« On a tenté de me plonger dans une atmosphère d’optimisme en me disant que le carcinome est en régression, que les symptômes réactionnels ne sont que temporaires. Je n’en crois rien et n’aime pas être trompé », écrit Sigmund Freud le 28 avril 1939 à Marie Bonaparte, figure française de la psychanalyse.

« Une maladie intercurrente qui mettrait rapidement fin à ce processus viendrait fort à propos. » Il a 83 ans. Depuis 1923, le mal et une succession ininterrompue de charcutages de la mâchoire droite lui procurent des douleurs insoutenables. Après trois jours de sédation profonde assurée par son médecin et ami Max Schur, qui a fui in extremis l’Autriche annexée, l’auteur audacieux de l’Interprétation du rêve s’éteint à Londres le 23 septembre 1939, jour de Yom Kippour.

Contre toutes ses attentes, son pays a fini par céder devant la peste brune en février 1938. Il subit à son tour l’antisémitisme, le racket et le chantage institutionnalisés des gangsters nazis. La maison d’édition psychanalytique, dirigée par Martin, le fils aîné, est interdite. Tous les biens de la famille sont sous séquestre. Les comptes bancaires sont gelés. Des administrateurs « aryens » sont nommés. Tout ce qui peut être soutiré l’est à des citoyens devenus otages dans leur propre pays. « Anna (sa fille cadette – NDLR) est convoquée par la Gestapo tous les deux jours. »

Marie ­Bonaparte paie les rançons de sa poche. William Bullitt, ambassadeur américain à Paris – avec qui Freud se pencha sur le cas du président Wilson, coauteur du désastreux traité de Versailles –, se démène. Semaine après semaine, en mai, fils, belles-filles, petits-enfants ou neveux sont arrachés des griffes de la bête immonde. Les quatre « vieilles femmes », comme il appelle ses sœurs, restent prisonnières. Elles mourront dans les camps.

Le 5 juin 1938, l’Orient-Express atteint la gare de l’Est à Paris. Freud, Martha, sa femme, Anna, pionnière de la psychanalyse d’enfants, leur servante Paula Fichtl, en descendent, sans oublier la chienne Jun, chérie par le vieil homme malade. Toute la presse est là.

Ses œuvres mises au bûcher par les nazis

Le lendemain, l’Humanité publie en une un cliché et ce titre en capitales : « Le docteur Freud fuit l’Autriche nazifiée ». « Le grand savant va probablement gagner l’Angleterre où il pourra poursuivre ses travaux en toute liberté. » « Libre » : c’est son mot à son arrivée outre-Manche, digne des plus grandes stars.

La Royal Society de Londres lui fait signer son livre d’or, où figure le nom de Darwin… La BBC l’interviewe. Dali viendra le portraiturer. Le chauffeur qui conduit Anna a fait cette remarque : « Oh ! It’s Dr Freud’s place »(traduire « c’est l’adresse du Dr Freud »). « ​​​​​​​Nous étouffons sous les fleurs », écrit-il à un autre de ses amis et fidèles dans l’organisation et le rayonnement international de la psychanalyse, Max Eitingon, qui a fui le nazisme dès décembre 1933. « Vous pouvez maintenant m’écrire de nouveau et même tout ce que vous voulez ; les lettres ne sont pas ouvertes. »

L’explorateur de l’inconscient, le théoricien de la pulsion de mort – sortie de ses gonds désormais – et du Malaise dans la civilisation, lui, le lauréat du prestigieux prix Goethe – son auteur de chevet avec Shakespeare – en 1930, le combattant lucide de la guerre avec d’autres grands intellectuels tels Thomas Mann, Albert Einstein ou Romain Rolland, a vu ses œuvres livrées avec les leurs au bûcher nazi, parmi 20 000 livres à Berlin, lors des autodafés du 10 mai 1933, aux côtés de ceux de Marx, Kautsky, Zweig, Remarque…

De toutes les disciplines de la psyché, seule la psychanalyse est désignée comme « science juive ». L’Institut psychanalytique de Berlin, à la visée sociale affirmée, fondé en 1920 par Karl Abraham et Eitingon, aménagé par Ernst Freud – le fils architecte lui aussi à Londres –, a été démembré, sous la férule d’un cousin de Göring, et avec la lâche complicité, en 1935, du président de l’Association psychanalytique internationale, Ernest Jones.

Ce sera donc à Amsterdam, au printemps 1939, que paraît l’édition allemande de son ultime grande œuvre, l’Homme Moïse et la religion monothéiste,entamée en 1934, Berggasse 19, à Vienne, conclue à Maresfield Gardens, à Londres (son musée, de nos jours).

Contre la mort à l’œuvre, en lui et en Europe, Freud porte le fer sur son terrain, celui de la pensée. Il y démolit le mythe du « peuple élu », démonte les rouages de l’antisémitisme et défend la portée critique de la figure laïcisée de l’intellectuel juif des Lumières. « Ce n’est pas un lien du sang, un lien naturel, pas même un lien national, c’est un lien culturel qui a la puissance de la vie et qui crée le peuple », résume Jean-Pierre Lefebvre, son dernier traducteur en date (au Seuil) : « La thèse, brandie en pleine célébration du triomphe politique de l’idéologie raciale, auquel l’université allemande avait largement contribué depuis un siècle, affirme la nature essentiellement culturelle de toutes les communautés humaines, qu’elles soient tribales, familiales ou nationales. »

Réfractaire au mensonge, jusqu’au bout.

Publié dans l'Huma - Denys Lebreton

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Ayez confiance les enfants

Sandrine DELOCHE, Pédopsychiatre.

Pratiques n° 86 dossier « Vérités et mensonges »    Juillet 2019

« Le monde est à coup sûr sorti de ses gonds, seuls des mouvements violents peuvent tout réemboîter. Mais il se peut que, parmi les instruments servant à cela, il y en ait un, petit, fragile, qui réclame qu’on le manipule avec légèreté » Bertolt Brecht.

La déconstruction du service public, s’agissant du soin porté à l’enfance, donc de l’éducation, de la santé et de la justice, ne se fait pas n’importe comment.                                                                                             

Un premier cisaillement consiste à couper les vivres drastiquement, selon une politique d’austérité froidement appliquée. Patiemment, le manque de moyens déconstruit les organisations en place. Des institutions, de la territorialité, de la formation des acteurs jusqu’aux acquis sociaux, plus rien ne doit soutenir, à terme, la gratuité, la proximité et la prévention. La valeur locale du terrain, douée de singularités pour répondre au plus près des besoins, et accueillir par quartier, par arrondissement, par commune doit être balayée.

Quand on supprime des classes, des postes d’instituteurs, quand on raye des centres de protection maternelle et infantile, quand on fusionne des services sociaux, quand on fait rayonner des psychologues scolaires sur des dizaines d’écoles, quand on fait disparaître des réseaux d’aide scolaire itinérants, quand on ferme des centres médico-psychologiques dans les quartiers ; alors oui on arrive, en bout de course, à un système déliquescent. Il est alors facile de dénoncer un service public obsolète. Poubelle ! Continuer la lecture de Ayez confiance les enfants

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Roland Gori sur Youtube

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Souffrance et Travail :

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Christophe Dejours :  Sur le harcèlement - 52'

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Conférence de Marie Pezé - Souffrance au travail 1h11

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Vidéos de nos journées de Marseille

Ci-dessous, les liens vers les vidéos de nos journées de Marseille, les 6 et 7 septembre 2019.

DIX ANS APRÈS, L’APPEL DES APPELS ET LES NOUVELLES INSURRECTIONS

Vendredi 6 septembre 2019

Propos introductif de Richard Martin

 Vidéo : https://youtu.be/LbX_1ZzRQF8

"10 ans, quel bilan ?" Quelques-uns de ceux qui rejoignent l'Appel des Appels interpellent ceux qui le lancèrent.

Vidéo : https://youtu.be/XWHCXPu-5YU

Conférence gesticulée de Laurent Rigaud

 Vidéo : https://youtu.be/zToWegQ2x5g

Respiration poétique, la poésie comme expérience de créativité de Myriam Eck

 Vidéo : https://youtu.be/JkGZd1gKKEM

 

Samedi 7 septembre 2019

 De nouvelles insurrections ?

Vidéo : https://youtu.be/nhO04R4JcIA

 Le médico-social et la santé

Vidéo : https://youtu.be/6XrPd2899hk

 Société, climat, et nouvelles technologies

Vidéo : https://youtu.be/lDrRZUyPQSs

 Qu’attendre de l’Appel des Appels ?

Vidéo : https://youtu.be/0nOEvOn5oH8

Restitution, Invitation des collectifs, et prospective

Vidéo : https://youtu.be/fHk6tKcX8HU

 

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