Pour la libération immédiate de Georges Ibrahim Abdallah

La détention Georges Ibrahim Abdallah, le plus vieux prisonnier d’Europe, n’a que trop duré, il doit être libéré immédiatement après 36 ans dont 20 ans au-delà de sa peine incompressible et ce, au mépris de tout principe de justice d'un État de droit.

Georges Ibrahim Abdallah a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour d’assises spéciale de Lyon en 1987, il était accusé de complicité dans l’assassinat de deux diplomates à Paris en 1982, l’Américain Charles Ray et l’Israélien Yacov Barsimentov. Toutes ses demandes depuis 1999, date depuis laquelle il est libérable, ont été rejetées ou cassées par décision du gouvernement français, exclusivement pour des motivations politiques.

En ce triste anniversaire, le PCF demande à nouveau instamment le respect des décisions de justice qui ont approuvé la libération de Georges Ibrahim Abdallah.

Le gouvernement français doit rompre avec son allégeance aux pressions américaines et israéliennes transformant la justice française en instrument de vengeance, contraire à tout principe de droit dans notre pays.

Fabien Roussel - Député du Nord - Secrétaire national du PCF

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Le Bureau national de l’AFPS (Association France Palestine Solidarité)

Acharnement judiciaire ou acharnement politique ?

Condamné en 1984 pour détention de faux papiers, Georges Ibrahim Abdallah a été renvoyé devant les tribunaux spéciaux en 1987 pour complicité dans les attentats des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises dont il était membre), et condamné à la prison à perpétuité.

Faut-il rappeler que cette condamnation à la plus lourde peine du code pénal français ne repose sur aucune charge directe mais sur une complicité présumée d’homicide volontaire suite à la revendication par les FARL de l’assassinat de deux responsables israélien et américain des services de renseignements en poste dans l’Hexagone et à la découverte d’armes dans un logement loué au nom de Georges Ibrahim Abdallah ?

A ce jour, il est toujours détenu à la prison de Lannemezan.

Il est juridiquement libérable depuis 1999, à l’issue d’une période de sûreté de quinze ans. La juridiction de l’application des peines s’est prononcée deux fois pour sa libération. Alors que la première fois en 2003 la cour d’appel a annulé cette décision, elle l’a validé en 2013. Mais cette décision n’a jamais été appliquée suite à des pressions des USA et d’Israël.

Citons les déclarations d’Yves Bonnet, responsable en 1984 de la sécurité intérieure française (D.S.T), puis député UDF, s’insurgeant dans des déclarations publiques (Interview au "Courrier de l’Atlas" le 17 février 2016) contre le maintien en détention d’un militant politique au motif de complicité dans l’assassinat des deux responsables de services de renseignements étrangers, dans un contexte où les armées israéliennes et américaines étaient considérées comme forces d’occupation au Liban lors de l’invasion du sud - Liban par Israël (fin des années 70 et début des années 80).

« Georges Ibrahim Abdallah n’a plus rien à faire en prison »
(Yves Bonnet en 2016)

Ces faits, ces déclarations, démontrent que ce sont bien des raisons d’État qui condamnent ce prisonnier à une perpétuité réelle : « Nous avons la peine perpétuelle réelle en France avec Georges Ibrahim Abdallah », déclarait même Jean-Claude Urvoas, alors ministre de la Justice, sur les ondes de France Inter le 31 mars 2016.

Les interférences étrangères dans les affaires internes d’un pays, du fonctionnement de sa justice, ne sont certes pas rares.
Mais nous n’acceptons pas l’application en France d’une perpétuité réelle, le refus de fait de toute libération conditionnelle, la seule perspective pour ce résistant politique d’une mort en détention, pour complaire à des États qui ne sont pas les nôtres.

Georges Ibrahim Abdallah ne doit pas mourir en prison.
Liberté pour Georges Ibrahim Abdallah !

Le Bureau national de l’AFPS

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Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais, engagé pour la cause palestinienne, est emprisonné en France depuis 35 ans !

Depuis son arrestation à Lyon, le 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste et anti-impérialiste libanais âgé de 68 ans, n’a jamais quitté l’enceinte d’une prison française. Il entamera, dans quelques semaines, sa trente-sixième année d’incarcération, détenant le triste record de plus ancien prisonnier politique d’Europe !

Lors de la visite de notre journaliste au centre pénitentiaire de Lannemezan, le militant a redit pour les lecteurs de l’Humanité le sens de son combat politique.

Depuis son arrestation à Lyon, le 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste et anti-impérialiste libanais âgé de 68 ans, n’a jamais quitté l’enceinte d’une prison française. Il entamera, dans quelques semaines, sa trente-sixième année d’incarcération, détenant le triste record de plus ancien prisonnier politique d’Europe. 

Depuis juillet 1987, il est condamné à perpétuité sans peine de sûreté pour complicité d’assassinat – il est utile de rappeler le contexte de l’époque au Proche-Orient. Victime « d’une lamentable vengeance d’État », ainsi qualifiée par Yves Bonnet alors directeur de la DST, il est pourtant libérable, selon le droit français, depuis 1999.

Toutes les demandes de remise en liberté (une dizaine) ont été rejetées. Sous pression diplomatique des États-Unis et d’Israël, les gouvernements successifs se sont refusés à prendre un arrêté d’expulsion, comme cela est possible pour les détenus étrangers, alors que les autorités du ­Liban, son pays, sont prêtes à l’accueillir.

Résister à l’enfermement en s’ouvrant au monde

Georges Abdallah est fortement engagé dans la défense des Palestiniens alors que les affrontements et les violences font rage au Liban et que l’armée israélienne envahit le sud du pays en 1978 et 1982. Il participe à la création des Fractions armées révolutionnaires libanaises (Farl), dont il dirige les opérations en France. En 1982, les Farl revendiquent l’assassinat, en France, d’un attaché militaire américain et d’un diplomate israélien, tous deux membres des services secrets respectifs.

Samedi 7 septembre 2019, le journaliste de l’Humanité et deux membres du collectif des Hautes-Pyrénées qui militent pour sa libération, Daniel Larregola et Djelloul Hattab, ont rencontré pendant deux heures Georges Abdallah au parloir du centre pénitentiaire de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). Barbe et cheveux grisonnants, le regard déterminé et doux à la fois, l’homme impressionne par sa droiture, son calme et sa grande culture. 

Résister à l’enfermement en s’ouvrant au monde : ce qui semble à première lecture être un paradoxe a toujours été sa règle de vie. « On ne peut résister en prison qu’en inscrivant notre quotidien dans les luttes et les mouvements du monde.» Dans l’isolement carcéral, il faut veiller à ne jamais laisser les temps inoccupés prendre la main. « Parfois, il me manque même du temps pour mener à bien toutes mes activités.»

« Le rejet de la barbarie passera par le communisme »

Ses journées en prison sont strictement organisées : cinq heures de sommeil par nuit, une heure et demie de sport pour entretenir l’hygiène de vie, puis travailler sans cesse pour écrire et répondre aux nombreux courriers, pour lire, pour approfondir sa réflexion, pour s’informer en lisant la presse dont  l’Humanité et l’Humanité Dimanche, en décortiquant les informations des chaînes de télévision diffusées de plusieurs pays. 

Georges Abdallah ne souhaite guère parler de lui ou très peu. Il tient à remercier toutes celles et tous ceux qui le soutiennent et lui écrivent, qui, à l’exemple de plusieurs municipalités communistes, l’ont fait citoyen d’honneur de leur ville. « Chaque geste ici a un impact direct au Liban ou en Palestine. »

Les discussions avec Georges Abdallah sont avant tout politiques et le prisonnier reste intarissable sur ce point. « Le capitalisme s’est mondialisé et toute opposition en tout lieu du monde est estimable. » Il rappelle que plus de deux milliards d’êtres humains vivent dans la pauvreté, que l’arme nucléaire se démultiplie en autant d’armes conventionnelles, que la tension internationale n’a jamais été aussi vive. « Si on ne voit pas cela et si on ne réagit pas, on ira tous dans le mur et on plongera avec le capitalisme. » 

Dans cette mondialisation capitaliste, le militant anti-­impérialiste ne veut surtout pas laisser à l’écart la responsabilité particulière de ce centre que constituent les pays capitalistes occidentaux. « N’oublions pas que ces pays sont à l’origine des deux dernières guerres mondiales et du colonialisme. »

« La cause palestinienne ne peut que gagner »

Et d’inciter les communistes français à voir ce qui se passe ailleurs, bien au-delà de l’Hexagone. Sans vouloir critiquer les militants et leur parti, Georges Abdallah les invite à militer pour le désarmement, à prendre beaucoup en compte les questions internationales, à aller plus loin que les seuls enjeux humanitaires en soutenant beaucoup plus les mouvements en lutte de par le monde. « Je ne critique pas car je reste convaincu de la nécessité historique des partis communistes. Le rejet de la barbarie et l’avenir du monde passeront par le communisme. »

Toujours avec cette confiance inébranlable. « La cause palestinienne ne peut que gagner. À continuer comme aujourd’hui, l’entité sioniste va droit dans le mur. » Chaque matin, à 8 h 30, moment intime, Georges Abdallah peut téléphoner aux membres de sa famille au Liban et en Palestine. Les yeux rougis par l’émotion, il se dit heureux de la récente visite de ses neveux. « Ils n’étaient pas nés alors que j’étais déjà depuis longtemps en prison. »

Se rassembler pour obtenir le plus vite possible la libération de Georges Abdallah est non seulement une urgence humanitaire, c’est devenu une question politique majeure au moment où les politiques revanchardes et les lois liberticides gagnent les pays européens.

Alain Raynal - Publié dans l'Huma du 9 septembre 2019

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