Prison, après la sortie

Tandis qu’un ex-président vient d’être condamné à une peine qu’il ne purgera évidemment pas en prison, il nous a paru intéressant de revenir sur celles et ceux qui n’ont pas eu cette chance, et qui en demeurent marqués, même après la sortie: « Je suis dehors depuis bientôt deux ans et l’angoisse que l’on découvre un jour mes séjours en prison me fait toujours trembler de peur, et ce malgré moi».

Pendant de longs mois, j’étais transie de peur à l’idée de croiser le regard de l’autre. Lorsque je rencontrais quelqu’un et qu’il s’arrêtait pour me parler, je le regardais et l’observais intensément. Je cherchais alors le moment où je serais dévoilée. Le signe qui allait me démasquer. L’échange des mots restait alors anodin, hermétique. Les promesses de se revoir, se téléphoner, de se fréquenter à nouveau (comme par le passé) était prononcées mais rien n’était maintenu, tout restait stérile.

La prison m’a fait perdre mes amis, quelques membres de ma famille, elle continue de toucher ma vie sociale : la solitude affective, le vide semble me signifier que « je ne suis plus fréquentable », comme si je n’étais plus rien.

La punition ne prend pas fin lors de la libération -à la sortie de détention.

Non, la libération mentale ne suit malheureusement pas la libération physique. L’enfermement nous marque pendant des mois, parfois même des années. Il me poursuit, comme calqué à ma peau. C’est un peu comme une étiquette indélébile qui serait gravée sur mon front et ne s’effacerait pas. Même après avoir payé la note, elle me suit, et me consume. C’est comme un signe distinctif invisible, un stigmate puissant qui agit sur notre personnalité sociale. Un attribut qui définit notre différence à partir d’un discrédit social -qui serait celui-ci : « attention, personne appartenant à une catégorie d’individu ayant une identité morale à part, potentiel criminel ».

N’en pouvant plus, je fini par me poser la question suivante :  dois-je m’esseuler, m’enfermer dans ma maison avec mon abonnement Netflix, mon frigo, mes livres ? Ma réponse avec le temps est, non. Si je fais cela c’est comme si je rentrais une nouvelle fois dans ma cellule, dans un cercueil, terne, étroit, angoissant, ce serait comme un cercle vicieux (adopter une habitude dont je ne pourrais jamais ressortir). Je décide de vivre. Je prends mon courage à deux mains, et je me débarrasse de la crainte du jugement des autres vis-à-vis de moi, qu’ils savent ou ne savent pas, ça ne doit plus constituer mon problème.

Je reprends ma vie, je veux vivre, je me motive pour le faire.

Je visite des lieux, je n’ai pas besoin de gens pour apprécier de beaux moments, comme une bonne pièce de théâtre, un bon film, de beaux paysages. Les animaux eux, ça leur passe au-dessus que la main qui les caresse ait séjourné en prison. Au lieu d’en faire un handicap, j’en fais une force. J’ai accepté ces séjours, désormais ils font partie de ma vie et j’ai fini par vivre avec. Sans cette expérience je n’aurais sans doute jamais rencontré toutes ces personnes incroyables que la détention maintient de force. Ces personnes avec des façons de penser incroyables, cet honneur, ce respect, tous ces gens extrêmement dignes qui malgré les coups tiennent bon.

Je dois leur rendre un hommage ! Et aussi aux intervenants extérieurs, ces personnes, bénévoles et aumôniers, qui témoignent de leur engagement en venant nous rendre visite dans ces infâmes maison d’arrêt. Elles nous amènent des moments à part, de fraîcheurs, de bonheur, prennent le temps de nous écouter sans jamais nous juger. Elles nous apportent de l’air pur. Ce lien humain, qui nous manque trop dans ces lieux, c’est aussi cela qui nous permet de continuer, de nous redonner du courage pour qu’on puisse avoir la force de s’accrocher dans cette expérience difficile que constitue la détention.

Un grand merci aux visiteurs de prison, continuez à venir ! les prisonniers ont besoin de vous, vous leur faites du bien, vous les valorisez, même si c’est un cours moment, ce petit moment est tellement important.

Par F.R.

Retrouvez notre rubrique « entre les barreaux » tous les mois dans Mouais, le mensuel dubitatif : https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-reconnaissance-des-medias-alternatifs-arma/paiements/abonnement-mouais

 

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