Roya vivra ! Après la tempête, un monde d’entraide

« Ce que nous avons perdu : inutile, ou pas envie, ici, de revenir sur ces aspects... Ce que nous avons gagné : chantiers solidaires, élans autogestionnaires, des gens qui se sont parlés, aidés, une radio, des associations qui se sont créées pour remonter la Roya et tenter de reconstruire à notre image une vallée toujours verte, mais plus durable, accueillante, résiliente, comme on dit ».

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Vendredi 2 octobre 2020, Tempête Alex, dans les vallées de la Vésubie et de la Roya.... Vendredi 15 janvier 2021... Le temps passe dans nos esprits, n'est-ce pas Alex (Alex Servigne, frère de, un de nos compagnons de route dans le haut de la vallée) ? Le ciel et le mont Bégo, directement, nous seraient tombés dessus que ça aurait certainement fait moins de dégâts.

Samedi 3 octobre 2020, au centre de la vallée, au milieu de nulle part, à Saorge, nous sommes sans eau, enfin, sans eau courante dans nos maisons, sans électricité, sans pont, sans route, sans téléphone, sans Internet, sans nouvelles de personne. Le soleil est magnifique ce jour-là. Expérience mystique lorsqu'elle s'impose à nous, subite, soudaine, violente, contrainte ; expérience déroutante, la Marmotte ne l'aura jamais autant été[i].

La veille, nous évoquions encore, tranquilles, confinement, masques, opportunité d'organiser une fête en montagne. La crise sanitaire, la politique, le quotidien, quoi.

Le lendemain, les masques étaient tous tombés, instants suspendus, moment irréel, apparition instantanée de pelles, de balais, d'engins et des dizaines de personnes se relayant pour évacuer des mètres cubes de boue dans la rue principale de notre village, et qui avaient failli, au passage, tuer quelqu'un la nuit précédente. Ailleurs, nous le saurons petit à petit, sidération, désolation, dévastation, rien ne sera plus comme avant.

Vies bouleversées, angoisses de ne pas savoir ce qui s'est passé chez nos amis, dans nos campagnes, sur la route, plus haut, etc. Pendant des jours, sans télévision, sans connexions, nous fûmes ; bien mieux informés que nous et avec des images, vous fûtes, sur l'état du désastre dans notre vallée.

Par la suite, réactions émotionnelles, empathie, désir d'agir, argent, agitation perpétuelle, les dons, le son des hélicoptères, le retour du train de marchandises, une école en plein air, ça part dans tous les sens...

Ce que nous avons perdu : inutile, en tous cas, pas envie, ici, de revenir sur ces aspects...

Ce que nous avons gagné :  nourriture, vêtements, objets divers, certes. Bien plus, nous avons vu (ré)-apparaître, malgré le virus (quel virus?), chantiers solidaires, élans autogestionnaires, des gens qui se sont parlés de fait, qui se sont rencontrés, qui se sont aidés, des textes, une radio, des associations, encore, qui se sont créées pour remonter la Roya et tenter de reconstruire à notre image une vallée toujours verte, mais plus durable, accueillante, résiliente, comme on dit.

Résilient, oui, comme les magnifiques vivants de ce petit bout d'histoire et de géographie, mais plus que jamais riche en humanité et en biodiversité car c'est bien dans des contextes de crise extrême et exceptionnelle, comme explique Pablo Servigne, que l'on apprécie la capacité qui se révèle chez certains, et nous sommes nombreux, à créer, à coopérer, à s'entraider, à imaginer de nouvelles façons de faire, de vivre et de se projeter sur l'avenir de notre territoire.

D'aucuns se sont mis en tête de chiffrer ceux, parmi les habitants, qui sont partis depuis la tempête mais putain, n'est-il pas autrement plus excitant de parler de ceux qui, définitivement sont partis..., pour rester !

Ici coulera toujours une rivière, la Roya. Tout est pardonné. Elle est à nous, nous sommes à elle ;  

Les montagnes ne bougeront pas de sitôt ;

La voie de chemin de fer, malgré quelques fragilités, incarnation de la continuité, symbole de résistance du territoire ;

La route, les routes... A nous de prendre notre part sur leur sens, leur direction, où et comment nous souhaitons les mener et qu'elles nous mènent... 

Un édito de ViaNicoLiber

Note de la rédaction : si nous avons décidé de consacrer un numéro aux conséquences de la tempête Alex dans la Roya, c’est car c’est un endroit que nous connaissons bien, où nous avons nos attaches amicales et associatives. D’autres que nous parleront sans doute mieux de la Vésubie et de la Tinée, également très durement touchées.

Retrouvez notre Mouais sur la Roya en kiosque, en librairie, ou abonnez-vous directement, ça nous arrange, c’est plus simple, c’est pas cher (30 euros par an) et ça nous aide beaucoup : https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-reconnaissance-des-medias-alternatifs-arma/paiements/abonnement-mouais

Au programme : entretiens, reportages, analyses, témoignages d’habitants et d’habitants de la vallée… 

[i] La Marmotte déroutée était une revue autogérée de la Roya, partenaire de Mouais.

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