Douter de tout ou tout croire, deux solutions qui nous dispensent de réfléchir

Les complotistes, le succès de Hold-Up en témoigne, sont partout, pas très étonnant quand l'angoisse galope à dos de COVID vers la fin du monde. La gestion actuelle de la crise COVID en laisse beaucoup sceptiques, c'est normal, et si l'on se fie aux médias, ou tu plies sans sourciller, ou t'es comploto bon pour l'asile. Et si la zététique, l'art du doute, pouvait nous aider à sortir de l'impasse ?

Votre voisine est anti-masque, mais pas seulement, elle est aussi persuadée qu'un réseau pédophilique franc-maçonnique dirigé par Bill Gates fomente depuis 500 ans (au moins) la fin de l'humanité en nous injectant, sous forme de vaccins, des nanos particules poisons qui nous feront décéder vers 80 ans d'un cancer (non, ça c'est le vin et les clopes mais bon, quand la voisine délire, on hoche la tête gentiment en se dirigeant lentement mais sûrement vers la porte de l'immeuble).

 Les complotistes sont partout en ce moment, pas très étonnant finalement quand l'angoisse galope à dos de COVID vers la fin du monde. Dans ces cas-là, le déni est une solution infantile fort pratique, d'autant plus quand notre gouvernement n'a de cesse de nous prendre pour des enfants plutôt que de nous laisser être responsables, ce qui est au-dessus de ses forces, nous penser pensants, faudrait quand même pas déconner !

 L'un des biais majeurs de ce complotisme est qu'on en est rapidement soupçonné si l'on ose émettre un doute sur une situation pour le moins douteuse. Le traitement actuel de la crise COVID laisse sceptique tout un pan de la population, sans pour autant qu'elle soit complotiste. Néanmoins, si l'on se fie aux médias et à leurs éditorialistes, ou tu plies sans sourciller, ou t'es bon pour l'asile, en bon taré que tu ne vas pas tarder à devenir de toute façon.

 Or le doute est un Art nous disent les adeptes de la zététique !

 La zététique est enseignée depuis l'Antiquité, mais les étudiants niçois des années 90 devraient se souvenir de celui qui a relancé activement le concept, le fameux Henri Broch, physicien de son état, officiant à l'époque à la faculté des sciences de Valrose. Ce monsieur a popularisé la zététique en offrant, à qui pourrait démontrer l'existence d'un fait paranormal, la coquette prime d'un million de francs (oui on parle d'un temps que... bref ).

 Mais qu'est-ce que donc que cette zététique au nom équivoque et pourtant fort sérieux ? Car il ne tire pas sa racine du nom commun zézette, mais de "zétètikos", nom grec signifiant "qui cherche la raison des choses". La zététique est un concept philosophique qui compte procéder du refus de toute affirmation dogmatique. Dans le Grand Dictionnaire universel du XIXème siècle, Larousse définissait "un scepticisme provisoire" proche de l'idée de Descartes selon laquelle "le doute est un moyen, et non pas une fin". La zététique serait la possibilité de l'esprit critique, un art au sens premier du terme. L'Art du doute, comme le prône Henri Broch, l'auto-défense intellectuelle qu'érige en bannière Noam Chomsky.

 Mais il ne s'agit pas de douter pour douter, à ce jeu-là, la croyance et la superstition gagneraient à tous les coups, sans pour autant faire progresser l'accession au vrai, au tangible, au sarment de la lutte. En ce sens, la zététique nous permet d'échapper au magma paranoïde et d'éclairer de sa lueur les ombres, l'indéfini qu'hébergent bien trop souvent nos terrains militants. Pour nous en défendre, la zététique affûte ses armes protocolaires et scientifiques en partant d'un postulat simple : "l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence". En d'autres termes, si l'on veut démontrer que quelque chose n'existe pas, il faut s'atteler à démontrer l'existant qui en apportera la preuve. Pour exemple, Henri Broch n'a jamais dit que la télékinésie n'existait pas, il a patiemment démonté chaque intervenant qui ne pouvait concrètement le prouver.

 La zététique, c'est le fait versus la croyance, la preuve versus l'émotion, mais, et c'est là tout l'intérêt, c'est une philosophie qui met le doute en place de lanterne : éclairez-vous, bande de gnous, mais pas avec une allumette mouillée tenue à bout de bras chancelant par un gars qui postillonne dans une forêt humide. Prenez vos responsabilités, allez jusqu'au bout des choses, et pour ce faire, prenez en compte deux concepts rasoirs mais fort intéressants.

Rasoir d'Occam et rasoir d'Hanlon

 Le rasoir d'Occam est énoncé ainsi par le franciscain Guillaume d'Occan au XIVème siècle : "Entia non sunt multiplicanda praeter necessitam". En gros : "pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?" Pour exemple (c'est pas de moi, prenez vos responsabilités de zététiciens et vérifiez les sources à la fin de cet article) : je mets un chat et une souris dans une boîte et je secoue le tout, quand j'ouvre la boîte, oh surprise ! Y a plus que le chat ! Hypothèse un : la souris a été enlevée par les illuminatis qui n'ont de cesse, depuis l’Égypte antique, de privilégier les chats (ces dominants feignants et ingrats comme tous les dominants). Hypothèse deux : le chat a mangé la souris (pas parce qu'il avait faim, mais parce que bon... oui le chat est un capitaliste, ceci n'engage que moi). Le rasoir d'Occam, c'est l'idée que choisir l'hypothèse la plus coûteuse cognitivement, n'est pas la meilleure façon de s'éclairer, en tout cas pas forcément celle qui nous mènera vers une vérité.

Le rasoir d'Hanlon nous intéresse encore plus et provient en droite ligne de l'autre rasoir : "Il n'est pas nécessaire d'attribuer à la malice ce que la bêtise suffit à appliquer", alors amis et ennemis complotistes, imprégnez-vous fortement de ce concept, ce que vous ne comprenez pas n'est pas machiavélique, mais juste complètement con ! Une petite liste des personnes à l'origine des règles actuelles qui vous rendent fous devrait suffire à vous convaincre : Macron, Estrosi, Blanquer, Darmanin, Estrosi, Estrosi, Estrosi... oui ok moi aussi ça me fout la gerbe.

Un autre Henri, Poincaré celui-là, a dit un truc pas si con : "Douter de tout ou tout croire, ce sont deux solutions également commodes qui, l'une et l'autre, nous dispensent de réfléchir". Alors si la zététique est l'art de douter, critiquons sans vergogne les amis, mais affûtons nos armes, soyons sérieux dans nos questions, dans notre recherche du vrai. Cherchons, oui, mais prouvons, et avec méthode, car la non-réponse, le fait flou et non établi, sont les écueils de tous ceux que nous critiquons et dont, de fait, nous doutons !

      Un article de notre autrice Staferla,

Sources : Le laboratoire de zététique. Henri Broch / Observatoire zététique - Esprit critique es-tu là? Eric Déguillaume et Nicolas Vivant / Cortecs.org / Rasoirs d'Occam et principe de parcimonie - Denis Caroti et Richard Monvoisin

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